COMITE VALMY

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L’Atout Caucasien du Kremlin
Alexeï Poloubota

d’Alexeï Poloubota

vendredi 13 mars 2015, par Comité Valmy


Poutine & Pdt Ossète

L’Atout Caucasien du Kremlin.


Article d’Alexeï Poloubota, publié le 12 mars 2015 sur le site du Magazine Svobodnaia Pressa. L’arrivée massive de l’OTAN dans l’environnement proche de la Russie pousserait-elle celle-ci à maximiser les possibilités d’expansion de son aire vitale ? Et dans quel délai ?

La signature de la convention relative à l’alliance entre la Russie et l’Ossétie du Sud, initialement prévue le 11 mars 2015 a été reportée au 18 mars. Il ne semble d’ailleurs pas exclu que cette dernière date soit à nouveau repoussée. Cette décision du Kremlin, écrit « Vzgliad » est inattendue et presque scandaleuse. Elle a pris tout le monde au dépourvu, y compris la délégation de Tskhinvali, déjà arrivée à Moscou, et même les services du protocole du Ministère des Affaires étrangères. Il est impossible de déterminer ce que signifie cette décision. Certains médias ont avancé une explication selon laquelle, malgré qu’elle ait fait l’objet de travaux pendant plus d’une année, la version du texte de l’accord ne serait pas satisfaisante. Et le Kremlin aurait choisi d’attendre que s’apaisent les tensions internes à l’élite Sud-Ossète, au sein de laquelle le projet d’accord ne ferait pas l’unanimité.

Il convient, de plus de garder à l’esprit que s’approche la date anniversaire de la réunion de la Crimée à la Russie. Voici un an, personne ne s’attendait à ce que Vladimir Poutine prenne la tranchante décision de soutenir les habitants de Crimée, qui avaient exprimé leur volonté, et accueille la presqu’île dans le giron de la Russie. On peut dès lors se poser la question suivante : une nouvelle démarche « exceptionnelle » des autorités de Russie ne serait-elle pas imminente, à savoir le rattachement de l’Ossétie du Sud à la Fédération de Russie ?

Je considère cette option comme tout à fait vraisemblable, explique Mikhaïl Alexandrov, expert et dirigeant du Centre d’Études politico-militaires de l’Université de Moscou MGIMO. Sur base des données disponibles, la majorité de la population d’Ossétie du Sud soutient le processus d’intégration au sein de la Russie. Il est possible que dans cette république beaucoup de gens ne souhaitent pas fusionner avec l’Ossétie du Nord, mais préféreraient faire partie de la République Fédérale de Russie, en tant que sujet de la Fédération. Et dès lors, cet accord d’alliance dont la signature semble reportée d’une semaine, ne change rien à l’essence de la situation. Si l’on part du point de vue que l’Ossétie du Sud est un État indépendant, il existe déjà suffisamment d’accords de toutes natures entre la Russie et l’Ossétie du Sud, qui règlent les aspects importants de la coopération. Ainsi, nous sommes face à une alternative. Soit on considère que l’accord n’a guère de signification particulière, et alors, sa signature n’a pas de sens particulier non plus. Il vaut mieux permettre au processus d’intégration de cette république au sein de la Russie de suivre son cours. Soit, on se prépare à proclamer l’entrée de l’Ossétie du Sud dans le giron de la République Fédérale de Russie.

Si ce dernier événement vient à se produire, comment réagira l’Occident ? Notre situation internationale va-t-elle se dégrader ? Ou s’améliorer ?

Je considère que ce serait une démarche extrêmement forte de la part de Poutine. Ces derniers temps, la communauté des patriotes a intensifié les exigences qu’elle adresse au Président. Premièrement du fait de la politique ambiguë vis-à-vis du Donbass, et l’abstention d’envoyer des troupes dans le Sud-est de l’Ukraine après le renversement de Yanoukovitch. Deuxièmement, les deux accords de Minsk ont été reçus négativement par le camp patriote. Leur résultat ressemble à une semi-paix dans le Donbass, susceptible à tout moment de se transformer en guerre. De plus, bon gré mal gré, la Russie a interrompu à deux reprises l’offensive des insurgés, alors qu’ils avaient toutes les chances de vaincre. Comment les événements se dérouleront-ils en cas de « troisième round » ? Personne ne peut le dire.

Dans ces conditions, le rattachement de l’Ossétie du Sud serait une démarche très forte.Elle démontrerait au monde entier que la Russie ne redoute pas les sanctions de l’Occident et mène une politique indépendante sans se soucier de ce qui lui serait permis ou interdit par l’OTAN et l’Occident. Il existe un précédent en Crimée. Le rattachement de l’Ossétie du Sud prouverait seulement la cohérence et la conséquence de la Russie dans la défense de ses intérêts nationaux.

Mais sans doute, comme en Crimée faudrait-il organiser un référendum sur la question ?

Dans cette république, on a déjà organisé deux référendums au cours desquels les habitants se sont prononcés en faveur du rattachement à la Russie. Il m’est difficile de dire s’il faudrait peut-être un troisième référendum, « de confirmation » ou si les deux premiers suffisent. Il s’agit d’une question de subtilité juridique. L’essentiel, à mon avis, réside en ce que le rattachement de l’Ossétie du Sud modifierait grandement la situation internationale globale de la Russie. Aujourd’hui, les États-Unis et l’Europe considèrent que l’Occident a le dessus sur nous, parvient presque à nous pousser dans un coin. Les rumeurs à propos de la santé de Poutine relèvent de la même veine. On dit : ils y sont arrivés… Mais une pareille décision dégriserait l’Occident.

L’entrée d’un État caucasien au sein de la Fédération de Russie améliorerait-elle sa situation stratégique et militaire ?

De ce point de vue, je crois que peu de choses changeraient. Nous y avons des bases militaires et en cas de nécessité, nous pouvons déjà aujourd’hui lancer des opérations militaires dans le Caucase et la Transcaucasie à partir du territoire de l’Ossétie du Sud.

Peut-on imaginer que l’Ossétie du Sud, suite à l’influence de l’un ou l’autre facteur extérieur, se détourne de la Russie et s’oriente vers l’Europe ?

La guerre de 2008, dans le cadre de laquelle, du point de vue politique, l’Europe prit le parti de la Géorgie a pour longtemps détourné Tskhinvali de toute sympathie vis-à-vis de l’Europe. A tout le moins, le retour de la république au sein de la Géorgie est exclu dans un futur plus ou moins proche. Lors du siècle dernier, la cohabitation entre Ossètes et Géorgiens fut chaotique. De plus, les Ossètes qui vivent dans deux républiques, aspirent à la vie dans un État unique. A supposer que pour l’une ou l’autre raison, le pouvoir en Russie perde tout intérêt pour l’Ossétie du Sud, cette république devrait continuer à exister dans une sorte de limbes. Globalement, l’Ossétie du Sud ne peut exister sans la Russie. A la différence de l’Abkhazie, elle ne dispose pas d’accès à la mer.

J’admets parfaitement que l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie entrent dans la Fédération de Russie, dit Pavel Saline, Directeur du Centre d’Études politiques de l’Université des Finances. D’un point de vue technique, cela ne présente guère de difficultés, compte tenu de l’atmosphère pro-russe qui règne dans les républiques. Le fait que cette démarche soit ou non utile au Kremlin, c’est une autre question. Les élections présidentielles sont encore loin. Un atout aussi puissant que le rattachements de nouveaux territoires pourrait être utilisé lors de prochaines élections. D’autant plus lorsqu’on tient compte de la conduite plutôt inconséquente de nos proches voisins, la Biélorussie et le Kazakhstan, et de la probabilité élevée de voir la guerre civile en Ukraine se prolonger des années. Il est toutefois un fait que je ne suis pas convaincu de ce que la popularité actuelle du courant qui soutien le Monde Russe soit encore très prégnante en 2018. Par ailleurs, il faut garder à l’esprit le lien historique très fort entre l’Abkhazie et la Turquie. Ainsi, je n’exclus pas que dans le cadre d’une éventuelle modifications des circonstances qui prévalent aujourd’hui dans les relations internationales, l’Abkhazie se rapproche de façon significative de la Turquie. Mais, bien sûr, après le terrible épanchement de sang en 2008, l’Ossétie du Sud se tournera de toutes façons vers la Russie.

Dans les circonstances actuelles, comment l’Occident réagirait-il à la réunion de l’Ossétie du Sud à la Russie ?

Sur fond de ce qui s’est passé en Ukraine, la réaction de l’Occident serait tempétueuse. Je le répète toutefois : il existe cette dimension selon laquelle un rattachement aujourd’hui rapporterait très peu au pouvoir, en termes électoraux. Il faut aussi admettre que le rattachement de la Crimée, l’an dernier, fut accueilli par la jubilation de toute la nation. Je ne suis pas certain que tous les Russes accueillent avec enthousiasme le rattachement de l’Ossétie du Sud, dans la situation internationale complexe que nous connaissons aujourd’hui.

13 mars 2015

Sources :

Свободная пресса Читайте нас

Russie Sujet Géopolitique

Crédit photo : Alexeï Nikolski/ TASS.


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