COMITE VALMY

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Russie :
Les sanctions, à la mode des années ’70 et ’80.
Russie Sujet Géopolitique

vendredi 20 mars 2015, par Comité Valmy


guerre froide

Russie. Les sanctions, à la mode des années ’70 et ’80.


Les sanctions économiques et politiques imposées depuis un an à la Russie sont des armes utilisées dans le cadre de la guerre froide. Dès que l’on prend un tant soit peu de recul, il ressort que cette guerre froide est en cours depuis de nombreuses décennies. Dans le texte ci-dessous, Valentin Katasonov Professeur d’économie à l’Université de Moscou MGIMO nous rappelle les formes prises par cette guerre froide au cours des années ’70 et ’80 du siècle dernier. Cet éclairage permet de comprendre que les sanctions aujourd’hui imposées à la Russie ne sont que variations dans une partition générale bien connue, source de souffrances pour les peuples de Russie, de difficultés énormes pour ses dirigeants. Ce texte est extrait d’un long article paru le 16 mars 2015 sur le site du magazine Zavtra.

Après la mort de Staline, la guerre froide de l’Occident contre l’URSS se prolongea. La guerre économique continua. En plus des méthodes traditionnelles, blocus, embargo, sanctions, l’instrument principal de la guerre économique fut la course aux armements, imposée par l’Occident à l’Union Soviétique et aux autres pays socialistes, membres du Pacte de Varsovie, qui résistaient aux menées agressives du bloc de l’OTAN. L’objectif poursuivi par l’Occident consistait à épuiser économiquement l’URSS. Il est extrêmement difficile d’évaluer les dépenses de l’URSS en matière militaire au cours des années de la guerre froide, particulièrement en équivalent-dollars. Notre attention est retenue par le fait que dans le bloc du Pacte de Varsovie, les dépenses militaires étaient de l’ordre de 90%, et pour l’OTAN, aux États-Unis, de l’ordre de 50%. Dans les années ’60, et jusqu’à la chute de l’URSS, nous sommes parvenus à atteindre et maintenir la parité militaire avec les États-Unis et ses proches alliés. Compte tenu du potentiel économique des deux pays, les dépenses militaires de l’Union Soviétique atteignaient 15 à 20% du PIB, celles des États-Unis, 5 à 7%. L’habituelle course aux armements se doubla de quelques méthodes particulières d’usure économique de l’Union Soviétique. Les services spéciaux occidentaux, et en premier lieu, la CIA, participèrent à la guerre économique contre l’URSS. Ces méthodes étaient courantes sous R. Reagan. Au début 1984, la CIA et le Pentagone lancèrent un vaste programme de désinformation technologique. Ce n’est aujourd’hui un secret pour personne qu’au début des années ’70, l’URSS accusait un retard dans le domaine technico-scientifique.

Les raisons de ce retard furent-elles des raisons internes, liées au fonctionnement des mécanismes économiques de l’URSS ?

Plus précisément, elles étaient liées aux perturbations de son fonctionnement, causées par le fait que celui-ci s’écarta du modèle de l’économie stalinienne. L’URSS commença à miser sur la recherche de nouveaux développements scientifico-techniques (surtout à caractère militaire) en Occident, à l’aide du renseignement (le renseignement scientifico-technique). Les services spéciaux de l’Occident commencèrent à mener en bateau les renseignements soviétiques, lançant ceux-ci sur des idées et des études sans issue. Tout cela provoqua de sérieux dégâts à notre économie. Ce programme que nous venons d’évoquer et qui consistait en l’envoi à l’URSS de données ou informations complètement ou partiellement falsifiées conduisit les spécialistes soviétiques a adopter des décisions technologiques erronées qui avaient pour conséquence d’intensifier les difficultés et insuffisances de l’économie soviétiques. La CIA coordonna ce programme à travers différents canaux chargés de l’envoi des données incomplètes ou fausses. Certaines entreprises masquant des officines de la CIA vendaient tout simplement ces informations altérées aux agents soviétiques, comme ce fut le cas pour les turbines à gaz, mais aussi pour des équipements de forages pétroliers, des schémas informatiques et des composants chimiques. L’information était, comme il convient, seulement à moitié fausse, pour que les ingénieurs soviétiques « avalent l’amorce » et utilisent ces données dans leurs projets.

Ce programme donna-t-il rapidement des résultats ?

En effet, des pertes se chiffrant en de nombreux millions furent essuyées par les entreprises soviétiques des secteurs de la chimie et des machines-outils, qui avaient recours à la technologie occidentale. On envoya en Union Soviétique, en passant il est vrai, par des intermédiaires, comme si on voulait contourner les sanctions, des turbines à gaz contenant des pièces défectueuses, des composants informatiques endommagés, etc. Le Pentagone mena une sérieuse campagne de désinformation. Cela concerna surtout les technologies diminuant la capacité des radars à détecter les vols, ainsi que la thermolocation, l’Initiative de Défense Stratégique, les avions tactiques les plus modernes, etc…

Voici juste quelques exemples d’utilisation des technologies de désinformation, présentées dans un livre de l’éditeur américain Peter Schweitzer. Une usine chimique de Omsk eut recours, pour ses plans d’extension, à des informations fausses. Avant que l’erreur soit détectée, l’usine encourut des pertes à hauteur de 8 à 10 millions de dollars. Une usine de montage de tracteurs, en Ukraine (il s’agit sans doute d’une usine de Kharkov) essaya de produire des pièces sur base de la documentation technique discrètement introduite par la CIA. L’usine fonctionna à la moitié de son régime normal pendant 16 mois, jusqu’au moment où les ingénieurs découvrirent que la documentation technique était falsifiée. Début 1984, on envoya en Union Soviétique des turbines de pompage dans les stations gazières. Les turbines, recelant des défauts, fonctionnèrent quelques temps et puis tombèrent en panne, provoquant du retard dans la mise en service de la conduite gazière.

Dans la luttes qu’ils menèrent contre nous, les opposants à l’URSS utilisèrent pendant la première moitié des années ’80 un projet appelé « Initiative de Défense Stratégique », projet militaire et technique mais développant également une dimension psychologique et informationnelle. Les médias mondiaux ainsi que les services spéciaux nous larguèrent un « canard » consistant en ceci : les États-Unis réalisaient une avancée décisive dans la recherche et le développement, leur permettant d’abandonner la parité miliaro-stratégique entre l’URSS et les États-Unis, via l’utilisation de méthodes spatiales d’interception des missiles balistiques soviétiques. Les dirigeants soviétiques prirent le projet IDS pour argent comptant et orientèrent notre complexe militaro-industriel vers le développement d’une réponse adéquate au défi américain. Des sommes gigantesques furent englouties dans l’élaboration de contre-mesures à l’IDS. Ce fut plus tard seulement qu’il s’avéra que ce projet relevait complètement du bluff. Malheureusement, dans les années ’70 et ’80, la politique militaro-technique de l’URSS consista à réagir aux défis lancés par les Américains, avec l’apparition de nouvelles formes d’armement et de nouvelles techniques dans les arsenaux militaires du Pentagone et de l’OTAN. On accorda peut d’attention aux développements originaux qui auraient pu nous permettre d’accéder à une réponse asymétrique qui aurait fait la différence. Nous aurions soutenu la parité militaro-stratégique sur base de décisions « peu coûteuses » qui auraient neutralisé la politique de l’Occident visant à l’épuisement économique de l’URSS.

On dit pourtant que vis-à-vis de l’URSS, l’Occident a hésité entre politique de convergence et guerre économique ?

Vis-à-vis de l’URSS, l’Occident a réellement essayé de mener une politique flexible, alternant périodes de confrontation dure et périodes de « détente ». C’est ainsi que dans les années ’70, se déployèrent « détente » et normalisation. Cette détente peut en partie être expliquée par l’échec du système de Breton-Woods, alors qu’un nouveau système n’existait pas encore. Pour la finance internationale, ce fut une période difficile, faite de divergences et d’hésitations dans la recherche d’une nouvelle formule d’ordre mondial sur les plans politique, économique et financier.L’Occident sentait qu’il était en train de perdre la compétition avec l’Union Soviétique et le camp socialiste, et cherchait des possibilité de briser cette tendance dangereuse. L’Occident comptait utiliser la détente comme une étreinte destinée à nous étouffer. En langage académique, il tenta d’assurer la « convergence », le rapprochement, des deux systèmes mondiaux, capitaliste et socialiste, pour pouvoir paisiblement engloutir l’URSS et les autres pays socialistes. Mais ensuite, à la fin des années ’70 recommença la course aux armements, qui se prolongea jusqu’au milieu des années ’80.

Le début des années ’80 vit démarrer une nouvelle vague de sanctions commerciales contre l’URSS ?

Ce fut d’autant plus le cas qu’elle reposait sur un prétexte formel : « l’agression » russe contre l’Afghanistan. Washington participa activement au montage des mécanismes du Comité de Coordination pour le contrôle multilatéral des exportations . Premièrement, élargissement des listes « d’interdictions ». Deuxièmement, Washington insista pour que le CoCom (c’est-à-dire les États-Unis) remette l’avis final sur tout contrat impliquant un pays occidental et l’URSS ou les autres pays socialistes, et dont le montant dépassait 100 millions de dollars. La vente à l’Union soviétique de biens de haute technologie chuta fortement. En 1975, dans la liste des biens de nature industrielle vendus par les États-Unis à l’Union Soviétique, le secteur de la haute technologie représentait 32,7%, pour une somme de 219 millions de dollars. En 1983, la vente de technologies contemporaines était retombée à 5,4%, pour un montant de 39 milliards de dollars. Mais les initiatives du CoCom visant l’URSS ne s’affichaient pas ; elles conservaient un caractère secret. L’embargo des céréales fut une autre mesure prise contre l’URSS, et elle obtint une importante résonance auprès des médias dans le monde entier. Suite à des conditions climatiques particulièrement défavorables, le volume de la récolte de céréales fut extrêmement réduit en 1979. En 1978, on avait affiché une récolte record dans le secteur céréalier : 237 millions de tonnes. Mais en 1979, on récolta seulement 179 millions de tonnes, une baisse de 58 millions de tonnes. Les institutions de l’URSS réglant le commerce extérieur entamèrent des négociations avec les États-Unis concernant l’achat d’un volume de 17 millions de tonnes de céréales. Il s’agissait de blé fourrager, de maïs, de blés tendres et de concentré de soja. Les négociations échouèrent à cause de l’envoi de soldats soviétiques en Afghanistan. Ces événements furent l’objet d’une véritable campagne hystérique en Occident, qui voyait dans cette opération militaire la première étape du mouvement de l’URSS vers l’Océan Indien et d’autres pays de l’Asie du Sud, du Moyen et du Proche Orient, etc. Sur cette toile de fond débuta le durcissement de la politique économique et commerciale de l’occident envers la Russie. L’interdiction de l’envoi de céréales des États-Unis en Union Soviétique, déclarée par le Président américain Carter fut une manifestation de ce durcissement. Le 4 janvier 1980, Carter fit donc une déclaration remarquée à propos de l’introduction de l’embargo sur les ventes de céréales à l’URSS. En réaction directe et rapide à la déclaration de Carter, les prix mondiaux du blé fourrager s’écrasèrent de 10 à 15%, ce dont les fermiers américains et canadiens furent les premiers à souffrir. Les espoirs du président de voir d’autres exportateurs de céréales suivre l’exemple des États-Unis furent déçus. A la fin fin 1980, le Ministère du Commerce Extérieur d’URSS signait des contrats d’achat de céréales avec l’Argentine et la France, de maïs avec l’Australie et de soja avec le Brésil. Avec l’arrivée à la Maison Blanche du Président Reagan, en janvier 1981, l’embargo sur les ventes de céréales fut levé. On notera avec intérêt que les importations soviétiques de céréales américaines ne retrouvèrent jamais le niveau qui précédemment fut le leur. Bien qu’en tant qu’homme politique, Reagan se caractérisait par un antisoviétisme aigu, il comprit que la tentative de son prédécesseur était un échec retentissant.

20 mars 2015

Sources :

http://www.zavtra.ru/content/view/otvet-stalina/

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