COMITE VALMY

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Comment Staline répondit aux agressions économiques
Valentin Katasonov

dimanche 22 mars 2015, par Comité Valmy


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Comment Staline répondit aux agressions économiques.


Dans le texte ci-dessous, également extrait du long article paru le 16 mars 2015 sur le site du magazine Zavtra et dont une partie a déjà fait l’objet d’une publication ici, le Professeur Valentin Katasonov, de l’Université MGIMO commente les mesures adoptées par Staline au début des années ’50, en réponse à la tentative de l’internationale de la finance d’ériger un nouvel ordre mondial suite aux mesures arrêtés à Breton-Woods.

La Conférence internationale de Moscou en 1952 fut-elle notre réponse à l’internationale de la finance ?

Les plans de l’internationale de la finance étaient suffisamment bien connus, non seulement de Staline, mais aussi du Président d’Argentine Juan Peron, et de dirigeants d’autres pays qui ne faisaient pas partie du groupe des pays économiquement développés (ce groupe que l’on désigne aujourd’hui sous l’appellation de « milliard d’or »).

Ces dirigeants étaient attirés vers l’URSS, mais le Conseil d’Assistance économique mutuelle [également connu sous la dénomination de Comecon N.d.T.] leur paraissait aussi intéressant. Il existe des indices selon lesquels, certains pays du Tiers Monde frappèrent à la porte de la Comecon, mais Staline écarta délicatement ces demandes. Apparemment, il fut envisagé pour un plus large cercle de pays, une sorte d’union douanière destinée à attirer tous les pays qui s’opposaient au diktat anglosaxon. Dans ce large cercle de pays, l’URSS aurait été le leader informel. A l’automne 1951, les pays membres du Comecon et la Chine déclarèrent qu’était devenue inévitable une étroite collaboration entre tous les pays ne souhaitant pas se soumettre à la dollarisation et aux diktats des structures commerciales et financières proaméricaines. Selon la déclaration, à défaut de cela, « tous ceux qui veulent résister, d’une part seront dressés les uns contre les autres par les nouveaux colonisateurs, et d’autre part seront l’objet de toutes formes d’agression et de discrimination… » Le document mentionne également la convocation d’un forum international autour des questions de la résistance au diktat impérialiste et de la collaboration économique ».

A quel endroit l’URSS déposa-t-elle sa proposition de conférence économique internationale ?

Elle fut déposée par l’entremise des représentants soviétiques à l’ONU, en 1951 et 1952. Elle fut soutenue non seulement par les pays en voie de développement, mais aussi par certains pays occidentaux refusant la « marshallisation » ; la Suède, l’Autriche, la Finlande, l’Irlande, l’Espagne : ils envoyèrent à la conférence leurs ministres du commerce extérieur ou des affaires étrangères.

La conférence précitée se tint à Moscou du 3 au 12 avril 1952. L’URSS et le Comecon proposèrent de former, en contrepoids à l’expansion économique et politique des États-Unis, un marché commun pour les marchandises, services et investissements des pays socialistes et des pays en voie de développement. Participèrent aux travaux de la conférence 49 pays représentés par 680 fonctionnaires, hommes d’affaires, et experts. L4Inde envoya 28 représentants, l’Argentine et l’Indonésie, 15 chacune (ce furent les délégations les plus nombreuses de pays non-socialistes). De nombreux alliés des États-Unis prirent aussi part à ce forum. Ils étaient représentés essentiellement par des hommes d’affaires, des analystes et fonctionnaires de rang intermédiaire, habilités toutefois à signer des documents relatifs au commerce et à la collaboration avec d’autres pays. Ce fut le cas de la Grande Bretagne, de la France, de l’Italie, du Danemark, de la Norvège, du Canada, de la Turquie, de la République Fédérale d’Allemagne, du Japon, du Benelux, du Brésil, de l’Arabie Saoudite et de l’Australie et du Liberia.

Depuis le début des travaux de la conférence jusqu’à la fin avril 1952, furent signés à Moscou plus de 60 accords commerciaux, ou portant sur des investissements, ou encore, scientifico-techniques, supposés être développés sur des durées de trois à cinq ans. Dix neuf de ces accords furent signés par l’URSS. D’autres accords de prospective furent aussi signés, entre pays en développement, entre eux et des pays socialistes, ou encore avec la participation de pays occidentaux, de banques, etc. Les principes de base étaient les suivants : facilités douanières et prix favorables pour les marchandises des pays en développement, régime mutuel le plus favorable en matière commerciale, de crédits, d’investissements en capitaux, coopération scientifique et technique, accords politiques entre partenaires dans les organisations économiques internationales ainsi que sur le marché mondial, possibilité de troc (entre autre en vue d’apurer des dettes), accords mutuels sur les prix, le dollar étant exclu de tout compte.
Bref, en avril 1952, à Moscou, naquit un marché mondial « dédollarisé », réunissant pays socialistes et pays en développement. Les idées de Staline, émises au cours de la conférence, trouvèrent résonance jusqu’en Grande Bretagne. Voici un communiqué de l’époque : « A Londres on vient de créer une entreprise du nom de « société internationale par action, des marchands voulant mettre en œuvre les accords commerciaux conclus par les délégués anglais à la conférence internationale qui s’est tenue à Moscou en avril 1952 ». Le premier président de cette entreprise fut Sir Boyd Orr, qui dirigeait la délégation anglaise à la conférence. Cette société déclara que son objectif était de « stimuler et faciliter l’entrée en vigueur des accords commerciaux conclus lors de la Conférence économique internationale tenue à Moscou en 1952, et de tous les accords du même type qui seront conclus à l’avenir. Tous les revenus et biens de l’entreprise seront consacrés exclusivement à atteindre cet objectif ». Selon certains documents d’archive, à l’automne 1952, Staline réclamait constamment des informations relatives aux plans et projets commerciaux des pays, entreprises et banques étrangers en relation avec l’URSS, le Comecon et la République Populaire de Chine, de même que les publications, livres, commentaires radio des pays occidentaux sur ce thème. Il s’intéressait également à la dynamique et à la gamme des exportations industrielles de l’Occident vers les pays en développement, et à la demande de ceux-ci en matière d’emprunts étrangers, d’investissements et de produits finis.

Après la Conférence économique internationale de 1952, l’URSS a-t-elle promu le projet d’un nouvel ordre économique au niveau régional ?

Effectivement, et Moscou reçut en cela le soutien de tous les pays socialistes, à l’exception de la Yougoslavie, de nombreux pays en voie de développement, et de certains pays occidentaux, en particulier, la Finlande. La dernière action de Staline en ce sens fut la Conférence de la Commission économique de l’ONU pour les pays d’Asie et d’Extrême Orient. Elle se réunit du 23 février au 4 mars 1953 à Manille, aux Philippines. La conférence fut constituée à l’initiative de l’URSS, avec le soutien de la Chine, de la Mongolie, de l’Inde, de l’Iran, de l’Indonésie, de la Birmanie et du Nord-Vietnam. Les propositions de l’URSS reçurent le soutien de la majorité des participants, délégués par 20 pays. Elles consistèrent en la création d’un régime de libre commerce en Asie et dans le bassin de l’Océan Pacifique, déterminé dans les clauses des documents finaux de la conférence. Ainsi, l’idée de l’introduction d’un système d’échanges entre États, basé sur les unités de compte nationales, fut approuvée. Lors de cette conférence de Manille, plus de dix États signèrent des contrats commerciaux et d’investissements avec l’URSS. C’est Staline lui-même qui le 2 mars informa la délégation soviétique des détails de ses succès.

Parmi ceux-ci était planifiée la tenue en 1953, sous l’égide de Moscou, de forums régionaux intergouvernementaux analogues à celui de Manille, dans une série d’autres régions du monde, et plus concrètement, à Téhéran pour le Proche Orient, à Addis Abeba pour l’Afrique, à Buenos Aires pour l’Amérique du Sud et à Helsinki pour l’Europe. Toutefois, la mesure admise ne connu pas de concrétisation. La mort de Staline vint contrarier celle-ci. Après le 5 mars 1953, plus personne au Kremlin ne se souvenait des initiatives de Staline. Après 1953, les dirigeants au pouvoir en URSS et dans la majorité des pays du Comecon sortirent progressivement de l’idéologie en matière de commerce extérieur telle qu’elle fut établie en 1952. A celle-ci on préféra de façon quasi exclusive la collaboration politique et économique fixée par des accords bilatéraux avec les pays en voie de développement. Dans ces accords les facteurs de l’idéologie politique régnaient en maîtres. De plus, à partir du milieu des années ’60, l’URSS commença à fournir à l’Occident énergie et matières premières à bon marché. Concrètement, c’est à ce moment que ce concept fut « déposé aux archives ». Pourtant, l’idée émise lors de la conférence économique de Moscou en 1952, relative à la nécessité d’établir un nouvel ordre économique ainsi que des zones régionales de libres échanges conserve, aujourd’hui encore, toute son importance. (…)

Le mécanisme de coordination des intérêts économiques dans le cadre du Comecon continua à fonctionner jusqu’au milieu des années ’70, c’est à-à-dire, jusqu’à la période qui l’URSS se transformer rapidement, pour les pays du Comecon, en fournisseur de matières premières uniquement, et en particulier de pétrole et de gaz. Staline avait planifié que dans le cadre du Comecon les différents pays se spécialiseraient dans un secteur particulier de la production en fonction de leur expérience historique, de leurs situation géographique, conditions naturelles et exigences en matière de sécurité. Il réservait une place particulière à l’URSS au sein du Comecon, estimant qu’elle devait disposer de la gamme complète des branches de l’économie, et ne pas se cantonner à la seule production de pétrole ou de gaz naturel ou de matière première à destination des autres pays membres du Comecon.

Au cours de la réunion des dirigeants des pays d’Europe orientale, en 1949, à Moscou, lorsque fut créé le Comecon, Staline fit remarquer que « visiblement, la demande de pétrole, de gaz et d’autres matières premières industrielles et énergétiques va croître dans vos pays. Nous vous fournirons évidemment cela à des conditions avantageuses, mais vous disposez aussi de telles ressources, particulièrement en Albanie et en Roumanie. Même si leur importance est moindre qu’en URSS, vous devez les utiliser et les transformer, au maximum. Et prospecter attentivement. La construction de longues canalisations, depuis notre pays jusqu’en Europe orientale, ce sera coûteuse et longue. Et cela conduira sans doute à ce que vous deveniez dépendants de ces livraisons. Vous négligerez vos secteurs de transformation et de prospection de ces matières premières. Et si nous en arrivons à connaître ici des problèmes temporaires de production ou de transport, ou encore si vos besoins explosent, vous vous mettrez probablement à accuser l’URSS d’avoir interrompu la livraison, et vous exigerez des quantités plus importantes. Quoiqu’il en soit, prévoyez de diversifier les moyens de transport de matières premières dans vos pays. Ne vous liez pas à un seul mode de transport, tel que les canalisations. C’est malsain pour plusieurs raisons. Mais les volumes des conteneurs ne doivent pas grandir comme les champignons après la pluie. Calibrez-les selon votre demande. Ainsi, vous dépendrez de votre système de gestion de l’énergie, de votre prospection géologique, et vous utiliserez vos ressources… ».

22 mars 2015

Sources :

http://www.zavtra.ru/content/view/otvet-stalina/

Russie Sujet Géopolitique


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