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Les élections départementales :
la fin d’un système politique ou la fin de la gauche ?
par Karine Bechet-Golovko

lundi 23 mars 2015, par Comité Valmy


Les élections départementales :
la fin d’un système politique ou la fin de la gauche ?

Le premier tour des élections départementales nous oblige à réfléchir sur l’organisation de notre système politique français. Le gouvernement arrive bon troisième, et met ainsi fin au bipartisme. Et malgré l’échec patent de sa politique, le Premier ministre lui-même déclarait qu’il resterait en place jusqu’au bout quel que soit le résultat électoral. Bref, la gauche vient de déconnecter la composition des institutions gouvernantes du système électorale, mécanisme qui est au fondement même du principe démocratique depuis la Révolution française.

A la suite du premier tour, la droit arrive en tête avec environ 29%, ensuite le FN avec 25% et la gauche ferme la marche avec 21%. Et là, c’est fantastique, le Premier Ministre, qui vient de recevoir en pleine figure un désaveu historique allume un cigare de soulagement : il s’attendait à pire dit-on, il a donc pu se relâcher. Le FN n’est pas le premier parti de France et finalement les résultats sont très mauvais, mais en hausse par rapport aux élections des municipales et des européennes. C’est une logique imparable, comme ce n’est pas aussi mauvais qu’attendu, c’est très bien. En moins d’un mandat présidentiel, ils réussirent tout à la fois à détruire le bipartisme et à remettre en cause le fonctionnement démocratique des institutions.

Fin du bipartisme droite / gauche ?

Cette question qui semblait tout à fait déplacée dans le cadre politique français il y a encore peu, a aujourd’hui toute sa place dans le débat politique. Car en arrivant en troisième position, la gauche institutionnalise le FN, qui n’est plus un parti marginal, mais une formation politique dominante.

La distinction gauche / droite prend ici même le risque de voler en éclat. Car en appelant au "Front républicain" pour faire barrage au "Front national", les partis "traditionnels" signifient qu’ils ont moins de différences entre eux qu’ils n’en ont avec le Front national. Il est effectivement plus facile de nommer ce rapprochement au nom de la République, qui vient du coup s’opposer à la Nation et créer ainsi un malaise général. Car comment opposer la République à la Nation dans un Etat-Nation ?

Donc la barrière qui oppose la droite et la gauche du FN doit s’analyser au regard d’un autre paradigme, dépassant le simple cadre français et émergeant en Europe en général. La ligne de distinction qui fractionne la vie politique n’est plus celle de la droite et de la gauche. Chaque parti politique, qui a une expérience de la gouvernance, est convaincu que globalement la politique doit être libérale mais avec du souci du social, ce qui garantie le contrat social. La différence entre les formations politiques se faisant sur le degré accordé à chacun des éléments de la balance. Ce contrat social vole en revanche en éclat lors de la mise en oeuvre d’une politique de type néolibérale, sous influence anglo-saxonne et répercutée par les instances européennes, ce dont la Grèce est un exemple.

Dans cette logique, évidemment, beaucoup plus de facteurs réunissent la droite et la gauche entre eux qu’avec le FN. En d’autres termes, la distinction pour le coup est réellement "nationale" contre une vision globaliste ou atlantiste. Et il est plus facile de faire avaler aux électeurs un Front républicain qu’un Front globaliste, même si la véritable différence aujourd’hui se situe à ce niveau. Fraction qui n’est pas encore réellement représentée par la carte électorale nationale, car les divergences de points de vue font jour à l’intérieur même des partis.

Remise en cause des fondements démocratiques

Il est fondamental pour le Gouvernement de minimiser la défaite de la gauche à ces élections. Car dans tout système démocratique, une telle défaite électorale devrait entraîner la démission collective du Gouvernement, qui devrait prendre ses responsabilités.

Le message envoyé est clair : les français ne cautionnent pas la politique menée par le Gouvernement. Le Gouvernement doit donc sauter. Et comme le Premier ministre s’est largement investi dans la campagne électorale, il s’agit également de sa défaite personnelle. Autrement dit, malgré son goût plus que prononcé pour le pouvoir, il devrait en tirer les conséquences et partir. Bref, avoir une stature plus qu’une posture.

Pourtant, la réponse de M. Valls est que le combat contre le FN a été gagné. Comme si le seul enjeu de la gauche avait été de ne pas faire gagner le FN. Réduire les élections départementales à un plébiscite pour ou contre le Front National est un moyen simpliste de dégager toute responsabilité gouvernementale et personnelle quant à la politique désastreuse menée par le Gouvernement tant sur le plan intérieur qu’international. Car ce n’est pas le bilan de la gauche au pouvoir qui est alors en jeu, il n’ont donc pas à répondre. La seule responsabilité qui est martelée par M. Valls et la gauche en général est de faire front contre le FN : "Tous les républicains font face à leurs responsabilités". Pirouette qui voudrait permettre de déresponsabiliser en masse.

L’on parle alors de "score honorable", quand la gauche sera absente de 500 cantons au deuxième tour. Et pour ne donner qu’un exemple, dans le Pas-de-Calais, bastion historique de la gauche, le FN arrive en tête avec 35,6% des voix contre 26% pour le PS.

Et le Premier Ministre affirmait que, quel que soit le résultat, il restera en place. Autrement dit, peu lui importe l’opinion des électeurs, de ces français qu’il gouverne, non pas par la volonté divine ou oligarchique, mais par la volonté de ces mêmes électeurs qu’il snobe. Cette dissociation du principe électif et du principe de gouvernance est une atteinte directe aux fondements démocratiques de notre société. Car quelle est alors la légitimité du Gouvernement, des politiques qu’il met en oeuvre et des actes qu’il adopte ? Sur quoi s’appuie-t-elle ?

Et cette réthorique gouvernementale donne raison à Marine Le Pen lorsqu’elle affirme :

« Que notre score rassure tout le monde, cela montre que notre normalisation est arrivée à un tel point que certains soufflent quand on fait 27 % ».

La seule manière de sauver les apparences serait un remaniement en profondeur du Gouvernement et un changement radical de politique. Mais la gauche en aura-t-elle le courage ? Et, en fait, est-ce à la gauche aujourd’hui en place de mener cette nouvelle politique ?

Karine Bechet-Golovko
lundi 23 mars 2015

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