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Défaite de Kolomoïsky contre Poroshenko
par Karine Bechet-Golovko

mardi 24 mars 2015, par Comité Valmy


Défaite de Kolomoïsky contre Poroshenko

Depuis jeudi, la crise intérieure en Ukraine entre Kolomoïsky et Poroshenko dévoile les véritables enjeux du conflit : l’argent. Poroshenko a besoin de récupérer le contrôle sur les entreprises à capital mixte qui sont entre les mains des oligarques et ne paient pas de dividendes au budget. Une double action a été mise en place : législative pour juridiquement reprendre le contrôle de la direction des sociétés et par la force pour reprendre le contrôle des armes, dans le sens direct du terme. Kolomoïsky a perdu ce combat, ce qui montre que les Etats Unis ne misent pas sur lui, il se retrouve isolé et doit maintenant limiter les pertes. Voyons plus en détails ce roman-feuilleton autour de l’entreprise Ukranafta.

Le pouvoir des oligarques vient du fait que les compagnies qu’ils considèrent comme privées sont constituées en partie de capitaux publics, mais les règles du droit des affaires permettaient à une minorité (privée) de blocage de garder le contrôle sur ces entreprises. Donc, dans le cas de la société Ukranafta qui nous intéresse, l’Etat qui possédait 50% + 1 action ne pouvait nommer le dirigeant, réunir les actionnaires et prendre des décisions sur le paiement des dividendes, car Kolomoïski, avec 42%, possédait une minorité de blocage qui lui permettait en fait de diriger l’entreprise. Par ailleurs, les fonds de cette entreprises se trouvent non pas dans une banque publique, mais dans une banque dirigée par Kolomoïsky, Privat Bank.

Ce schéma, très utile pour les oligarques en général et pour Kolomoïsky en particulier, commence à être ingérable, surtout quand les caisses de l’Etat sont vides et que les entreprises publiques ne paient pas de dividendes. Donc, le jeudi 19, les députés de la Rada adoptent une loi modifiant les règles du droit des affaires en ce qui concerne la répartition des pouvoirs entre les actionnaires minoritaires et majoritaires. Ce qui va permettre au pouvoir de nommer le dirigeant de l’entreprise et de récupérer 2 millions de Hryvnia de dividendes. Suite à cela, le Conseil de direction de l’entreprise, le jour même, décide de changer le directeur, A. Lazorko, trop impliqué dans les structures du groupe Privat. Ils nomment un dirigeant temporaire, qui tente de déloger Lazorko pour prendre possession des lieux. Kolomoïsky arrive le soir même avec un groupe d’hommes armés pour rétablir la situation à son avantage, mais en vain. A la sortie, l’attendent des journalistes, notamment ce journaliste de Radio Liberté qu’il insulte allègrement. Il finissent tous par quitter le bâtiment, les négociations politiques vont débuter avec Poroshenko.

Sur le plan économique, un compromis est trouvé. L’homme de Poroshenko prend sa place à la direction de Ukranafta, mais il n’engage personnellement pas de vérification de la gestion des fonds par l’homme de Kolomoïsky. Un audit sera effectué par des sociétés américaines, plus tard. Cet épisode est clos, mais il n’est qu’un signal du conflit. Pour sa part, le ministre de l’énergie a ordonné de transférer tous les fonds des entreprises publiques vers des banques publiques, ce qui va être une perte sèche énorme pour Privat Bank de Kolomoïsky d’un point de vue financier, mais également en terme de pouvoir.

Et la tension monte entre les deux hommes. Certains analystes estiment que Kolomoïsky avec l’augmentation rapide de son poids politique et financier a perdu le sens des réalités et a voulu construire un Etat dans l’Etat. Il perd ce combat, mais fait monter la pression, question de survie, dans tous les sens du terme.

Le lendemain des événements, des députés lancent le signal : suite au comportement de Kolomoïsky avec le journaliste, raison formelle, ils demandent sa destitution du poste de gouverneur. De son côté, Kolomoïsky bloque les comptes de Poroshenko, à hauteur de 50 millions de dollars, dans sa banque pour quelques heures, en s’excusant d’un "problème technique". Match nul. Les comptes sont débloqués, Kolomoïsky reste en place.

Par ailleurs, la guerre des bataillons est lancée. Dimanche soir, le 22 mars, des bataillons, notamment Dniepr 1, sont retirés de la zone de combat et envoyés à Kiev défendre les intérêts de Kolomoïsky. Car l’oligarque ne baisse pas les bras. Si la direction de l’entreprise lui a échappé, il positionne des hommes armés autour du bâtiment. Et c’est en analysant la réaction des structures de maintien de l’ordre et du Président Poroshenko que l’on voit la fin des combats.

C’est tout d’abord Poroshenko qui veut remettre Kolomoïsky à sa place en exigeant que soient désarmées toutes les personnes se trouvant dans le bâtiment de Ukranafta, mais les structures du ministère de l’intérieur et des services secrets restent assez amorphes. Hier, le bloc s’est fait autour du Président et Kolomoïsky est politiquement isolé. Avakov, le ministre de l’intérieur ukrainien, déclare que seules les forces de l’ordre ont le droit de porter des armes à feu dans les lieux publics et il donne 24h aux services de protection de Kolomoïsky pour dégager les lieux. Il affirme que cela concerne tous les services privés de sécurité de tous les oligarques. Pour sa part, le directeur du SBU (ex-KGB) est prêt à appuyer par la force la décision présidentielle.

Ainsi, Kolomoïsky vient de perdre sur tous les plans. Ses allégations quant au soutien du Donbass n’ont aucun poids et ne sont pas prises au sérieux sur place. Il deviendrait russophile si son business l’exigeait. Mais il est allé trop loin et le masque retombe. L’ambassadeur américain à Kiev a déclaré publiquement que les temps changent.
Autrement dit, Kolomoïsky et ses bataillons ne sont plus aussi utiles qu’au début du coup d’Etat, le pouvoir veut de toute manière reprendre le contrôle et cela passe par le contrôle des armes. Il ne reste plus à Kolomoïsky que négocier discrètement pour garder la tête haute et même simplement garder la tête sur les épaules. D’autant plus que le Congrès a voté la recommandation visant à livrer des armes létales à l’Ukraine. Le conflit prendrait alors une toute autre tournure.

Karine Bechet-Golovko
mardi 24 mars 2015

Russie politics


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