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C’est de l’Ukraine entière dont la Russie a besoin.
par Boris Djerelievski

mercredi 1er avril 2015, par Comité Valmy


Boris Djerelievski

C’est de l’Ukraine entière dont la Russie a besoin.


Cet article a été publié le 27 mars 2015 sur le portail d’information Segodnia.ru. L’auteur, Boris Djerelievski, vétéran d’Afghanistan et de Tchétchénie, est expert militaire, et analyste au Centre des Libertés Politiques. Il participe activement à l’organisation et l’envoi d’aide humanitaire au Donbass. Son texte empreint d’une grande modération dans son propos, développe une argumentation qui prend le contrepied de celle que nous avons coutume de lire sous la plume de ceux qui soutiennent le Donbass, la Nouvelle-Russie, et la Russie elle-même. Toutefois, l’auteur fait manifestement partie du même groupe. Quoiqu’il en soit, son analyse repose sur une lecture des faits qui pourrait bien éclairer la position qui semble avoir été jusqu’ici celle du Président de la Russie vis-à-vis du cours des événements en Ukraine.

Les multiples déclarations des hauts dirigeants de la Russie en faveur de l’intégrité territoriale de l’Ukraine sont souvent interprétées par certains observateurs comme un « lâchage » de la Nouvelle-Russie par ces dirigeants du pays, effrayés par les sanctions occidentales, ou encore comme un jeu hypocrite. Mais en fait, cela ne recèle aucune intention cachée, ni aucun lâchage.

L’essentiel est que la Russie ne souhaite évidemment pas le démembrement de l’Ukraine. Et pas seulement sur base de son attachement à certains principes, attachement souvent mis en doute par les « partenaires » occidentaux, mais surtout en fonction d’une approche très pragmatique. Et il ne s’agit pas, comme aiment à le clamer certains employés de l’ « Écho de Moscou » ou de médias du même acabit, d’un refus de consacrer de l’argent à la reconstruction du Donbass. Moscou comprend parfaitement que sans sa participation, la Nouvelle-Russie ne pourra se relever.

Le pragmatisme se situe à un autre niveau. Pour l’instant, l’Ukraine donne d’elle-même l’image d’une extrême instabilité, agressive et russophobe. Dans le cas où elle serait séparée du Donbass, cette instabilité ne pourrait que croître, de même son agressivité, et sa disposition anti-Russie se déchaînerait. Notre pays perdrait un très efficace levier d’action sur l’Ukraine, ainsi qu’un espace de manœuvre pour la négociation.

On pourrait établir une analogie avec l’Europe d’après-guerre, lorsque Staline prit catégoriquement position contre la division de l’Allemagne. Il était même prêt à aller jusqu’à accepter que l’Allemagne unie devienne un État capitaliste, en ajoutant seulement la condition que celui-ci adopte une position de neutralité inconditionnelle. Mais les États-Unis et la Grande Bretagne, considérant l’Allemagne comme un avant-poste dans le combat contre l’URSS, refusèrent cette proposition. Ce qui se produit aujourd’hui est une chose semblable. La Russie a besoin d’une Ukraine amicale à son égard, ou, au pire, neutre ; elle serait alors un État réellement neutre. Comme le montre l’expérience de l’entière période post-soviétique, aucune promesse faite par l’Occident n’est tenue.

Il est donc indispensable d’obtenir des garanties très solides. Une telle garantie pourrait être, sans aucun doute, la constitution d’une république populaire pro-Russie faisant partie de l’Ukraine dans le cadre d’une confédération. Une telle architecture permettrait non seulement d’assurer des relations de bon voisinage, mais aussi l’intégration dans l’espace eurasien. Il faut tenir compte du fait que la situation actuelle d’une partie significative de la société ukrainienne résulte de la turbulence de la propagande fasciste. Mais elle va rapidement se dissiper et lorsque cesseront de telles pratiques, la société prendra conscience de ce qu’elle a été cruellement trompée.

On entend que les habitants du Donbass ne veulent et ne peuvent pas vivre dans un État fasciste, dans lequel les héros sont Bandera et Choukhevitch. Et ils ont raison. Mais dans le cas où l’Ukraine deviendrait une confédération, elle ne sera pas un État fasciste. Elle doit devenir un pays complètement différent pour parvenir à un accommodement avec le Donbass. Et les responsables des carnages sanglants doivent se retrouver sur le banc des accusés.

Il est faux de considérer que dans la situation actuelle le peuple de Nouvelle-Russie serait transformé en monnaie d’échange dans le cadre des jeux géopolitiques du Kremlin. On peut être certain qu’elle ne se retrouvera ni sans aide ni protection. Et si la situation devait évoluer de façon telle que les plans évoqués ci-dessus ne pouvaient se réaliser, et que le salut du Donbass passe par la reconnaissance officielle du statut d’États souverains des républiques populaires, Moscou accomplira ce pas.

Mais il s’agira d’une défaite. Les ennemis de notre pays conserveront une tête de pont dans leur lutte contre notre pays. Cette tête de pont sera peuplée de gens désorientés, appauvris, en colère, proies faciles pour les manipulateurs et les provocateurs. A tout le moins on y implantera des missiles et le pays sera transformé en base pour les terroristes.

Par ailleurs, il faut se souvenir de ce que les terres russes historiques englobent la Grande Nouvelle-Russie, jusque et y compris l’oblast d’Odessa. La possibilité de conserver une influence sur elle, après une action directe officielle au Donbass deviendra extrêmement réduite. C’est précisément la raison pour laquelle, en Occident, on a commencé à débattre énergiquement de la possibilité de subdivision, ou pour reprendre l’expression des auteurs d’articles sur ce thème, la « balkanisation » de l’Ukraine, c’est-à-dire, un démembrement du type de celui qui fut infligé à la Yougoslavie. Les récents événements ont montré qu’on ne vaincra pas le Donbass. Et l’Occident a décidé de s’en sortir à moindre frais vis-à-vis de la Russie, en découpant hors de l’Ukraine (toutefois, sans reconnaissance officielle) les républiques populaires, en outre, pas dans leur entièreté, mais seulement les territoires libérés. Ils n’en sont pas affligés, car il s’agit d’une chose souhaitable en vue d’attiser la haine des Ukrainiens dans notre pays.

Il est évident qu’une telle situation n’arrange pas la Russie. Elle a besoin de l’Ukraine toute entière. Mais à la grande différence de l’Occident, ce n’est pas pour la piller et transformer ses habitants en chair à canon à bas prix, mais pour devenir amis, frères et partenaires. Et atteindre pareil objectif en envoyant des colonnes de chars sur Kiev ou Lvov, c’est impossible. Il est vain d’inviter Vladimir Poutine à s’y résoudre. Les Ukrainiens doivent se libérer eux-mêmes du pouvoir du khanat fasciste. En cela seulement, nous pouvons les aider.

Boris Djerelievski
1 avril 2015

Sources :
http://www.segodnia.ru/content/157146

Russie Sujet Géopolitique


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