COMITE VALMY

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Peuple Soviétique et Peuple de la Russie
par Chamil Soultanov

samedi 4 avril 2015, par Comité Valmy


Peuple Soviétique et Peuple de la Russie.


Voici un texte extrait d’un long article écrit par Chamil Soultanov, journaliste russe, publiciste, politicien, membre du PC d’URSS jusqu’en 1991, Président du « Centre d’Études Stratégiques Russie-Monde Islamique », et membre permanent du Club d’Izborsk. L’original a été publié dans les pages du site du magazine Zavtra le 19 mars 2015, et un premier extrait a été traduit et publié sur le présent site ici. C. Soultanov expose une série d’arguments théoriques contribuant à situer le concept de peuple dans le contexte historique russe et à mieux comprendre la situation actuelle en Russie.

Si l’on veut être honnête, il faut admettre qu’au début des années ’30, dans le pays, il n’y avait pas de peuple en tant que tel. Admettons qu’il existait en qualité de communauté socio-politique, mais le spectacle était pathétique et misérable. Pour ce qui concerne le peuple soviétique, c’est Staline qui a formulé la définition des notions de « grand », « héroïque » et « avant-garde du processus historique ».

Les interminables discussions qui se déroulèrent à l’intérieur du parti au cours des années ‘20 n’étaient pas particulièrement empreintes d’emphase à l’égard du peuple. Et dans l’histoire de l’empire de Russie, on n’a jamais eu recours à l’image du « peuple-héros ». Le souverain était grand, la monarchie de Russie, la dynastie ou encore l’empire, mais jamais les sujets, qu’il était difficile, même en les agglomérant, de se représenter sous forme d’un peuple uni.

Le peuple de Russie correspond-il aujourd’hui aux critères staliniens de « grandeur » et d’« héroïsme » ? Peut-on le qualifier d’ « avant-garde du processus historique » ? L’actuelle société de Russie serait-elle en mesure de vaincre l’Allemagne nazie ? Ces éléments pourraient être considérés comme des contributions à l’étude du rôle de la personnalité dans l’histoire… Car dans le cadre de la théorie marxiste-léniniste, c’est le peuple qui est le principal sujet historique. Toutefois, Staline comprit que le peuple n’en était pas réellement un.

Et que fit-il à ce propos, après que les différents leviers de pouvoir aient été rassemblés entre ses mains, à la mi-1929, et que lors du Plenum du Comité Central il annonça publiquement que s’approchait une guerre inévitable et qu’il était catégoriquement indispensable d’élaborer et de mettre en œuvre une stratégie de mobilisation ?

Premièrement, en tant que véritable marxiste-léniniste, Staline créa un « culte du peuple », sur les plans politique, idéologique, organisationnel et de la propagande. Compte tenu de la situation historique, cela revêtait une importance primordiale. Il fallait un nouveau point d’appui auquel s’ancrerait une auto-identification qualitativement nouvelle ainsi que la consolidation d’une société fragmentée et fracturée. Il fallait commencer par créer un nouveau champ de gravitation : le concept même de « grand peuple » diffuse un arôme historique magique. « Mon sens personnel de la vie s’éclaire soudain lorsque je deviens membre d’un grand peuple ». En outre, en tant que bolchevique, Staline envisage le peuple, dans le cas qui nous occupe, non comme une composante ethno-nationale, mais en tant que phénomène socio-politique, en tant que nation politique d’un genre nouveau.

Deuxièmement, si le peuple soviétique est « l’avant-garde du processus historique », il doit, par conséquent, réaliser un projet civilisationnel radicalement nouveau ; la construction, la création d’un type essentiellement nouveau de société et d’État, en tant qu’exemple pour le reste de l’humanité. Il s’agit là de la grande, grandiose « cause commune ». Ce n’est pas simple propagande, obtuse et verbeuse à propos d’un grand peuple, mais bien « la cause commune », à travers la réalité de laquelle, par un labeur énorme, par tout ce que chacun peut accomplir, se crée un ensemble commun et uni.

Troisièmement, une telle construction avant-gardiste du socialisme s’avéra possible uniquement à travers la création commune, la co-création de millions et de dizaines de millions de soviétiques. C’est exactement à travers cette co-création quotidienne de la « cause commune » par des millions de personnes que ces dernières se transformèrent progressivement et consciemment en une nouvelle communauté sociale et politique : le peuple soviétique. Il s’agit d’un élément politique et méthodologique fondamental. Trotski, ayant émigré, accusa Staline de façon répétée, d’avoir construit un socialisme bureaucratique. Toutefois, pour Staline, le socialisme en tant qu’idéal idéologique et objectif politique, n’était absolument pas le jeu bureaucratique, la façade saturée de fonctionnaires et l’ennui bureaucratique qui prirent le dessus beaucoup plus tard, dans les années ’60 et ’70. Pour Staline, le socialisme, c’était le labeur créateur quotidien, commun à la majorité absolue du peuple soviétique. A travers ce labeur pouvait être trouvé et réalisé le sens collectif, national, mais aussi personnel, de la vie.

Quatrièmement, le peuple ne se réduit pas à un fait statistique, c’est un esprit de responsabilité comme tout être vivant, toute entité vivante. Par conséquent, dans le cadre de la réalisation du nouveau projet civilisationnel apparu la nécessité de constituer un nouveau système de responsabilité mutuelle permettant de dépasser les particularismes individuels,de groupes, de collectivités, et d’institutions.
En 1922, lorsque Staline devint Secrétaire général du Parti Communiste, s’appuyant sur le renseignement stratégique, il commença à transformer le parti en un « ordre de porteurs de glaives ». Un instrument politique et organisationnel stratégique était devenu nécessaire pour vaincre l’irresponsabilité intégrale présente dans la nation entière. Cet instrument devait en outre permettre de susciter et de renforcer une prise de conscience de la part de la population, illettrée ou peu lettrée. Dès lors, cet « ordre des porteurs de glaive » devait avant tout agir massivement au moyen de l’exemple : « Fais comme moi, fais comme nous ! ». Staline s’appuya sur cette stratégie ainsi que sur l’expérience pratique, acquise entre autre avant la révolution, du PCUS(b) et son système d’organisation à deux composantes.
Et en pratique, l’entreprise nationale « peuple-État » appelée URSS devint un système à trois composantes. Les membres du parti, en qualité de représentants de l’« ordre des porteurs de glaive », assumaient dans leur vie quotidienne, sur les plans juridique, politique et moral, une responsabilité immense, beaucoup plus importante que celle des autres citoyens du pays.
En effet, une de leurs missions stratégiques était la restauration et le renforcement de la conscience du droit. Justice et responsabilité ne peuvent être concrétisées par des slogans ou la logorrhée des potentats, mais à travers des lois justes et obligatoires pour tous.
C’est la raison pour laquelle la répression des années 1937-1938 s’abattit surtout sur les membres du parti car la trahison est le crime le plus grave d’un « porteur de glaive ». Le sentiment de responsabilité du peuple soviétique, dans les années ’30 à ’50 dépasse de très loin celui de la population de Russie de la fin du XXe et du début du XXIe siècle. Ce sont deux choses absolument incomparables.

Cinquièmement, cette responsabilité suppose qu’un « grand peuple » aie le droit historique de recourir à tout les moyens légaux pour réaliser ses objectifs stratégiques, y compris la violence de masse organisée, pour lutter contre ses ennemis. Ce que l’on désigne par répression massive représentait en fait une forme d’autodéfense du nouveau peuple soviétique, une manifestation de son instinct de conservation à la veille du déclenchement de la grande guerre. Bien que la Constitution de 1936 ne représente pas une norme liée à la dictature du prolétariat, dans son intervention au Congrès des députés du peuple, Staline, en tant que Président de la Commission Constitutionnelle a néanmoins souligné le caractère de classe sans compromission de l’État Soviétique. Au début de la Grande Guerre Patriotique, ce qui était impensable, ce qui paraissait un miracle, devint réalité : le peuple soviétique apparut réellement en tant que réel sujet historique. Et par ses actes il manifesta cette qualité de sujet, et il gagna cette guerre, que les normes habituelles de la raison ne lui permettaient pas de remporter.
Plus encore, aucun peuple autre que le peuple soviétique n’aurait pu vaincre cet ennemi vraiment redoutable qu’était l’Allemagne fasciste.

Chamil Soultanov
4 avril 2015

Sources :
zavtra.ru

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