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Les régionales : une dangereuse hystérie rhétorique - par Philippe-Joseph Salazar

mercredi 31 mars 2010, par Comité Valmy

Ce que Philippe-Joseph Salazar ne voit pas, ou qu’il ne mentionne pas dans son texte, c’est que ce féodalisme découle directement de la construction européenne : les structures de type impérial de l’Union européenne transforment la république française en préfecture gérée par un super-Georges Frêche, et les régions en sous-préfectures où l’on s’affronte en de multiples guerres du chabichou. En attendant, il écrit remarquablement bien. Edgar, La Lettre volée.



La question de fond est : pourquoi des assemblées, pourquoi des notables, pourquoi des élections régionales, sinon pour donner de la jouissance à la classe politique ?

En médecine ancienne l’hystérie, comme on sait, est causée par les divagations de l’utérus à travers le corps de la femme, en particulier chez les dames passionnées qui souffrent d’un manque de rapports sexuels forts et fréquents. Les élections régionales sont un cas d’hystérie.

Ce qui est censé être l’incubateur de la démocratie, l’appel au vote, a soudain été saisi de folie divagatrice, dans cette nature passionnée qu’est l’homme politique, qui souffre toujours de n’avoir pas assez d’élections, puisque chaque élection renouvelle la jouissance politique, le rapport de jouissance au peuple (« on va les avoir », effectivement, le mot dit la chose) : parler, parler, parler ; et posséder. Avec les régionales l’hystérie a atteint un acmé rhétorique, devant un public qui, las de ces agitations et de ces battements de bras à n’en plus finir, s’est abstenu. Le film est mauvais, je n’y vais pas, merci. Au paroxysme de la campagne (jamais « battre la campagne » n’a été aussi vrai), le corps politique a pris le dessus sur l’utérus politique. Un vocabulaire indigne de la République

Comme je suis ignorant, en dépit avoir jadis fait science po’ avec Maurice Duverger, je me suis renseigné sur ces fameuses régions. Je vois qu’elles datent de la Grande Guerre et d’un effort de rationalisation économique piloté, souplement d’ailleurs, par les chambres de commerce. Elles sont l’effet d’une guerre, c’est à dire de l’arraisonnement des moyens économiques à une victoire nationale. Et puis elles ont pris consistance, peu à peu, dans une tension grandissante entre l’objectif premier, mieux armer la nation dans une guerre économique devenue plus douce dans ses moyens mais plus féroce dans ses objectifs, la « croissance », lors du décollage des années soixante. En 1969, quand commence la crise économique, De Gaulle décide, en stratège militaire, de la manœuvre : face à cette nouvelle guerre, il propose un réorganisation de l’arme économique et de son état-major, bref des régions placées sous la tutelle d’un nouveau Conseil économique et social qui remplace un Sénat apanagé. Vu de haut, De Gaulle avait compris que les prébendes locales qui font la base du Sénat étaient contraire à une chose extrêmement simple : « La République est une et indivisible ». Et dans une crise, comme en 1917, il faut agir efficacement. La loi de régionalisation de 1982 a, par contre, superposé aux apanages sénatoriaux les proconsulats régionaux. Regardez le langage utilisé : on dit que Madame Royal se retire « dans ses terres », on parle du « fief » de Monsieur Frêche, et j’en passe, des pires et des meilleures. Ce vocabulaire-là est indigne de la République. Il signale l’hystérie d’une classe politique locale qui divague par tout le corps politique, en manque de rapports constants et renouvelés.

Notre République est « une et indivisible » et ces régions, avec leurs rhétoriques identitaires aux origines parfois sulfureuses et souvent imaginaires, leur profusion cocasse de logos idiots – les armoiries modernes – , de slogans sur les plaques minéralogiques – les anciens « cris » féodaux –, leurs drapeaux d’un autre âge couverts de fleur de lys et de lions rampants, leur existence due aux manipulations (la Corse, les deux Normandie, le minuscule Limousin, les anciennes colonies tropicales), insultent à la République. Le rapport, wagnérien, composé par la commission Attali préconise de supprimer « l’échelon départemental » (le département comme marchepied politique, c’est bien vu) pour renforcer les « compétences traditionnelles (développement économique, formation professionnelle) » des régions. Brillante toccata, le rapport Balladur pianote sur « l’adaptation de l’échelon régional aux conditions nouvelles de la compétitivité économique ». Bien, donc, un siècle après la Grande Guerre on affirme l’intention originelle : l’économie c’est la guerre par d’autres moyens. Mais la question de fond est : pourquoi des assemblées, pourquoi des notables, pourquoi des élections régionales, sinon pour donner de la jouissance à la classe politique ? Des super-préfets contrôlés par le Parlement, et responsables devant lui, et assistés de chambres économiques et sociales soutenues par l’extraordinaire richesse d’expertise que produisent nos grandes écoles, feraient bien mieux le travail, et dans l’intérêt national. Jacobinisme ? Oui, et alors ? La phraséologie tendance du local

Car le mal est grave et l’hystérie rhétorique des régionales n’est qu’un symptôme de technologies verbales qui transforment l’idée qu’on se fait de la République. Alors que la rationalité des régions est celle d’une stratégie économique visant à l’intérêt national, on y a rajouté tout en embobinage de mots qui passent pour des idées politiques : démocratie participative, politiques de proximité, local is good, et autres figures de discours qui jouent à la fois sur des atavismes particuliers, par forcément partagés par tous au demeurant, et servent à huiler la machinerie des partis politiques, et desservir l’intérêt national (ou créer des inégalités d’imposition). Parée, stimulée, excitée par la phraséologie tendance du local, la parole nationale s’est dévaluée dans un désir hystérique de rapport direct, foncièrement pré-République. Quand on réclame de la « proximité » comme un remède au politique, et qu’on présente ces fameuses élections comme une expression de ce désir du local, on ferait mieux de méditer sur le retour inquiétant aux technologies de pouvoir de l’Ancien Régime, au monde archaïque des relations directes et personnelles, du relationnel érigé en nec plus ultra du politique. Durant cette campagne on assisté à la résurgence archaïque de luttes patrimoniales (règle : cette région m’appartient), à la remise en vigueur de technologies verbales d’un autre âge, pré-Républicain (on demande « allégeance », on attaque les « traîtres »), directement issues des temps féodaux. Les régionales, comme l’utérus baladeur causant l’asphyxie et faisant prendre un désir pour une réalité, se sont baladées dans le corps national, et veulent lui faire prendre pour du politique ce qui n’est pas du politique, mais du pré-politique.

Si j’avais à donner un conseil en "eloquent leadership" à Monsieur Sarkozy ce serait de prendre de court son adversaire et de donner, vendredi soir, une allocution télévisée où, par un appel solennel à la nation (nous fonctionnons à l’Appel en France), il rappellerait que l’enjeu n’est pas régional mais national, où il attaquerait les tractations féodales des potentats régionaux, où il rappellerait que les régions sont avant tout des instruments économiques face à la crise, et existent pour la nation et pas pour Monsieur Frêche ou Mademoiselle Le Pen. Il a tout à y gagner, et rien à y perdre. Bon, il devra chiader sa copie, mais ça c’est son métier.


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