COMITE VALMY

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Remède contre la Mort de la Russie.
Konstantin Valentinovitch Sivkov

samedi 11 avril 2015, par Comité Valmy


Voir en ligne : LE FACTEUR DE TRAHISON - Alexandre Zinoviev

Remède contre la Mort de la Russie.

Texte écrit par Konstantin Valentinovitch Sivkov, Docteur en sciences militaires, Président de l’Académie des Problèmes Géopolitiques, et pubkié dans le numéro du 1er avril 2015 du « Courrier Militaro-Industriel », organe du Complexe Militaro-Industriel de Russie. L’auteur trace les lignes de comparaisons entre les causes qu’il identifie comme ayant mené à la chute de l’URSS et la situation actuelle de la Russie.

L’analyse des conditions de l’entrée de la Russie dans la deuxième étape de la guerre froide ainsi que la situation du pays n’autorisent guère d’espoir si on les compare aux causes de la défaite de l’URSS. Des mesure particulièrement radicales sont nécessaires si l’on veut écarter les phénomènes qui ont conduit au krach de l’Union Soviétique.

L’Occident entraîne la Russie dans une nouvelle phase de la guerre froide. C’est évident. La tension dans les relations entre la Russie et l’Occident, en premier lieu avec les États-Unis, a déjà dépassé le seuil caractéristique de la dernière étape de la précédente guerre froide, qui se termina par la chute du Pacte de Varsovie et de l’URSS elle-même. Que faire pour éviter la défaite ? Les conséquences de celle-ci seraient fatales, non seulement pour la Russie en tant qu’État, mais aussi pour les peuple qui y vivent.

L’élaboration d’une stratégie de survie appropriée exige de se tourner vers l’expérience de l’URSS. Bien qu’elle fut négative, elle permet d’identifier les raisons fondamentales de la défaite. Ensuite, il conviendra d’utiliser ces connaissances pour organiser la résistance, compte tenu des particularités du moment.

Il faut commencer par la comparaison entre les conditions d’entrée en guerre froide de l’URSS et de la Russie, et l’analyse indique que ces conditions furent substantiellement plus favorables à l’URSS qu’elles ne le sont à la Russie aujourd’hui.

Conditions et Potentiels

Du point de vue géopolitique, l’URSS bénéficiait d’une communauté de pays-amis en Europe Orientale, dont l’élite et la majorité de la population étaient tournés décidément vers Moscou, considérée comme leur guide, et acceptaient le mode de vie qu’elle leur proposait. Ils étaient notre avant-poste géopolitique, et leurs territoires accueillaient d’importants détachements de l’armée soviétique. Le potentiel militaire de ceux-ci trouvait un sérieux complément dans les forces armées des pays du Pacte de Varsovie. Du point de vue stratégique, à l’Est se trouvait la Chine amie, qui avait pu accéder à son indépendance (et se constituer une élite nouvelle et un pouvoir neuf) exclusivement grâce à l’URSS. A cette époque, la survie économique et politique de la République Populaire de Chine dépendait entièrement de l’Union Soviétique. Les autorités Chinoises comprenaient cela parfaitement et, en matière de politique extérieure, soutenaient l’URSS par tous les moyens, y compris militaires.

Aujourd’hui, non seulement la Russie observe son ennemi géopolitique à sa frontière immédiate, et ne dispose pas d’un solide groupe d’États alliés semblable au Pacte de Varsovie. Cet opposant, qui a pris la forme de la civilisation occidentale a préservé et renforcé son potentiel, en étendant son contrôle sur les pays de l’ancien camp socialiste, et même sur certaines républiques post-soviétiques. Les actuels alliés de la Russie sont beaucoup moins dépendants d’elle que ne le furent les alliés de l’URSS vis-à-vis de celle-ci. Dès lors, leur soutien est loin d’être garanti à tout moment. La crise ukrainienne l’a montré concrètement. La chute de l’Union a brusquement rétréci l’espace géopolitique contrôlé par notre pays. Devenues indépendantes, les républiques de l’URSS on adopté leur propre orientation en matière de politique étrangère, établissant des relations amicales avec, entre autre, les rivaux de la Russie, et avant tout avec les États-Unis. Cela signifie que le potentiel géopolitique du pays est radicalement affaibli par comparaison à celui de l’URSS d’après guerre.

Du point de vue économique, la situation est notoirement pire. L’ampleur des pertes subies suite à l’envahissement fasciste furent nettement moindres que celles encourues suite aux « réformes radicales ».

Le volume de la production réelle dans l’URSS d’après guerre avait chuté approximativement de 40%. Par rapport à la période soviétique, le potentiel économique de la Russie (en termes de volume de production réelle) a diminué, selon différentes évaluations, de 55 à 65%, et par comparaison à l’URSS, de 75 à 80 %. En outre, le pays à perdu son autonomie en matière de production ; en ce qui concerne certaines productions-clés, il dépend entièrement des importations de l’Occident.Des branches entières de l’industrie furent détruites alors qu’elles revêtaient une importance critique pour la préservation de notre souveraineté.

En URSS, la résolution rapide et efficace de tels problèmes fut assurée par la domination de la propriété d’État dans le secteur de l’économie nationale et par le système de la planification, qui permit de fixer clairement les objectifs principaux du développement le plus efficace possible du pays tout entier. Aujourd’hui, dans le système de production capitaliste, la priorité des acteurs économiques est la maximalisation du profit. L’absence d’une planification globale et d’organes d’États plénipotentiaires en la matière interdisent un développement coordonné.

Du point de vue spirituel, la situation est pire encore qu’au niveau économique. Le peuple soviétique, qui venait juste de remporter une guerre terrible, était dans son immense majorité convaincu de la justesse de l’idéologie socialiste qui prévalait. Et plus encore, l’architecture sociale de l’URSS était considérée comme juste. La population était convaincue de vivre dans le meilleur pays sur terre ; nous sommes un exemple et nous apporterons le progrès au monde. Rien de tel en Russie, aujourd’hui. La fraternité sociale a été balayée par les relations de concurrence. La confiance inconditionnelle dans l’élite dirigeant la société n’existe pas, que du contraire.

La situation n’est guère meilleure en matière de sécurité. L’URSS disposait d’un énorme potentiel de forces armées, de services spéciaux et du Complexe Militaro-Industriel. Le seul élément à l’égard duquel l’URSS se trouve en retrait par rapport à la Russie actuelle est le potentiel nucléaire. Notre opposant dans la guerre froide disposait en ce domaine d’une écrasante supériorité, tant en termes de munitions que de vecteurs. Mais ceci était compensé de manière asymétrique, par une supériorité significative du potentiel de l’armée de terre, dont les blindés étaient en mesure de prendre l’Europe entière sous son contrôle en un minimum de temps, et ce, jusqu’au Golfe de Biscaye. Cet élément dissuadait les États-Unis de bombarder l’URSS avec des munitions nucléaires. Le potentiel de forces globales de la Russie cède aujourd’hui le pas à celui de notre adversaire géopolitique occidental. Nos forces spéciales sont notoirement affaiblies par comparaison avec la période soviétique.
Par conséquent, force est de constater que les conditions d’entrée de la Russie dans une nouvelle étape de guerre froide sont significativement plus mauvaises que celles prévalant à l’époque de l’URSS.

Les Cadres décidaient tout.

Nombreuses sont les causes de la défaite de l’Union Soviétique. Toutefois, leur rôle et leur poids respectifs varient. Il est nécessaire d’identifier les plus critiques, qui furent déterminantes à l’égard de l’issue que connut la guerre froide.

La première cause est une politique déficiente en matière de cadres. La demande de cadres dirigeants décrut, particulièrement celle de cadres de niveau supérieur, suite à quoi l’élite dirigeante refusa d’assumer la responsabilités des résultats des actions entreprises. Ensuite, cette dégradation s’accentua par la promotion de personnes incompétentes mais opportunistes, qui devint la norme.

L’élimination des « barrières anti-clans » mena à l’apparition d’un « droit de lignée », lorsque les liens familiaux et personnels commencèrent à dominer la procédure de sélection de la nomenklatura à tous les niveaux. Il s’en suivit que la priorité dans l’avancement de carrière ne fut plus octroyée aux spécialistes, capables d’apporter quelque chose de nouveau, de décisif, mais à ceux qui « avaient le bras long » et s’efforçaient par tous les moyens de s’imposer aux postes dirigeants. Une morale double s’imposa. Officiellement, on proclamait les principes du socialisme et du communisme, et en pratique, les luttes carriéristes étaient dominées par des relations de concurrence impitoyable, semblables à celles du capitalisme. En cela résida une des principales raisons du discrédit qui s’abattit sur le socialisme en tant qu’idéologie, dans la mesure où son fondement, la justice sociale, était foulé aux pieds. Les aventuriers prospéraient, non plus les travailleurs et les créateurs. Il s’en suivi que la couche supérieure des dirigeants était remplie de personnes dominées par la morale capitaliste. Cela devint parfaitement évident dans les années ’90, lorsque la majorité des représentants de l’élite du parti et des komsomols devinrent hommes d’affaires et accaparèrent la propriété du peuple.

Cette tendance s’accompagna de l’implantation dans la société de la consommation en tant que mode de vie. Le résultat fut que dans la couche supérieure de l’élite soviétique dirigeante, et dans intelligentsia qui lui était proche, s’installa un climat moral, psychologique et idéologique tel que les positions ouvertement hostiles à l’État devinrent admises. Les personnes concernées se muaient progressivement en agents d’influence, se sentant tout à fait à l’aise dans pareil milieu. L’érosion des cadres dirigeants induisit leur incapacité à diriger le pays au moyen de l’économie planifiée. On peut, sans se tromper, évoquer des intentions néfastes lorsque sous le couvert d’erreurs dues au circonstances (erreurs qui furent soit pardonnées, soit punies de façon purement apparente, par des déplacements qui s’apparentaient plutôt à des promotions) sont adoptées intentionnellement des décisions nuisibles à l’économie. Il est vraisemblable qu’à ce facteur fut liée la tendance, apparue déjà au début des années ’70, aux pénuries artificielles en matières de biens de consommation populaire. Dans le contexte du renforcement de l’influence d’une morale de consommateur égoïste, ce phénomène suscita l’aversion d’une partie importante de la société envers l’idéologie d’État.

Le CMI « qui dévore tout ».

Il faut souligner le rôle important que joua l’opinion fausse, mais intentionnellement répandue, selon laquelle le Complexe Militaro-Industriel soviétique dévorait la majeure partie du PIB. Bien sûr, on passe sous silence le fait que le PIB de l’Union représentait, fin des années ’70, environ 60% de celui des États-Unis, et qu’une unité de combat coûtait au budget soviétique, en moyenne, une fois et demie à deux fois moins cher qu’aux États-Unis (en unités de compte comparables). En nombre de combattants et en équipement militaire, les Forces armées du pays étaient globalement équivalentes à celles des États-Unis, les supplantant dans l’armée de terre, mais leur cédant largement le pas dans la composante marine. Dès lors, à PIB comparables, la part des dépenses militaires de l’URSS ne dépassait pas beaucoup celles des États-Unis. D’où sortent donc les chiffres effarants des dépenses militaires soviétiques qui auraient ruiné le pouvoir ?

Il faut également tenir compte du fait qu’en URSS (comme aux États-Unis), le CMI produisait également, à côté de l’équipement militaire, du matériel civil, et la proportion de ce dernier était la plupart du temps très importante. Il suffit de se souvenir que Uralvagonzavod assurait la production, en plus des tanks, d’une grande partie du matériel roulant des chemins de fer de l’URSS. Quant aux constructeurs aéronautiques Iliouchine, Tupolev et Yakovlev, la part des avions civils qu’ils construisirent était tout aussi importante et dépassait parfois leur production à destination militaire. Tous nos téléviseurs étaient fabriqués par des entreprises du CMI. La production d’éléments de base utilisés tant dans les domaines militaire que civil était également assurée par le CMI. Pratiquement toute la production de matériel civil de haute technologie était prise en charge par les entreprises qui produisaient des équipements militaires. Le CMI soviétique n’était pas purement militaire mais constituait un véritable ensemble d’entreprises de haute technologie. L’URSS ne lésinait pas en matière de production de matériel technologique d’avant-garde. Des « économistes » mal intentionnés attribuent tous les moyens répartis dans les différents secteurs de pointe aux seules dépenses militaires de l’URSS, falsifiant ainsi les faits.

Et en outre, une partie non négligeable de la production de notre CMI était destinée à l’exportation. Le volume des exportation de matériel militaire était comparable à celui des Américains. Cela signifie que le pays en retirait un revenu décent, même si une partie importante était cédée à crédit, et même parfois à titre tout à fait gracieux. Et les États-Unis faisaient de même, se créant une zone d’influence ; la géopolitique exige que l’on procède à de telles dépenses. Il découle évidemment de tout cela que ce ne sont pas les dépenses militaires qui ont perdu l’URSS, mais l’incompétence, et partiellement, l’intention de nuire de la nomenklatura économique au pouvoir.

Des problèmes sérieux apparurent dans le système de sécurité de l’URSS. Le potentiel militaire de nos Forces armées était tout à ait suffisant pour assurer la neutralisation de pratiquement toutes les formes de menaces sans avoir recours aux moyens nucléaires. Le KGB travaillait efficacement à contrer la CIA et les autres services spéciaux de l’Occident. Toutefois une brèche importante apparut à ce niveau. La nomenklatura du parti et du secteur économique, parvint, en commençant à un certain niveau, à se soustraire au contrôle des organes de sécurité. Ce facteur, combiné au principe de formation de la verticale du pouvoir parti-économie, créa dans ces couches des conditions particulièrement favorables à la constitution d’une communauté, invulnérable au KGB, d’agents d’influence et de traîtres, agissant parfois de façon ouverte, couverts seulement par leur rhétorique trompeuse. Ensuite, le mouvement atteignit les couches supérieures, et on nomma à la tête des services spéciaux et des organes de protection des gens de mauvaise conscience et avides au gain, qui occasionnèrent d’importants dégâts à la sécurité du pays. Il suffit de se souvenir de Chelokov et de Bakatine. C’est précisément l’inviolabilité des échelons supérieurs du pouvoir dans le système soviétique qui provoqua la brèche principale et joua un rôle catastrophique dans le destin de l’URSS.
Et chacune des causes principales du krach du grand pays conservent aujourd’hui toute leur actualité.

Un remède contre la mort.

La décomposition des élites politiques de la Russie est beaucoup plus profonde que ne le fut celle de l’URSS. A quelques exceptions près, les faits de corruption monstrueuse demeurent impunis. Les « managers efficaces », membres des familles ou protégés des « membres des autorités » gouvernent nos entreprises et l’économie toute entière, paralysant toute tentative de rejoindre l’avant-garde en matière de haute technologie, en vertu de leur obstination à préserver la domination du secteur des matières premières dans notre économie, ainsi que de leur propre incompétence.

Ils demeurent invulnérables, ceux qui ont brisé notre économie dans les années ’90, conduits par les soi-disant jeunes réformateurs. Notre Président à mentionné à maintes reprises la présence d’une portion importante d’agents d’influence au sein de l’élite de Russie, mais à ce jour, il n’a encore rien fait pour l’en extirper ; le lobby libéral domine le bloc économique et social du gouvernement, torpillant toute tentative de restaurer le potentiel de notre pays en matière de haute technologie. Le sabotage de l’économie se poursuit ; les ressources de l’État sont envoyées à l’étranger, enfouies dans des placements financiers aux États-Unis, le taux d’escompte de la Banque Centrale est relevé, tarissant la source de crédit aux entreprises de notre pays, particulièrement celles des branches d’activités de haute technologie.

Il manque une idée nationale, porteuse d’une conception claire de la justice sociale et qui démontrerait que cette justice est le fondement de notre État. C’est précisément la perte d’une telle conception qui devint l’un des causes idéologiques principales de la chute de l’URSS. L’injustice non dissimulée dans les relations entre les élites de Russie et le peuple ne permet pas l’apparition d’un sursaut spirituel, du sacrifice de soi, sans lequel il sera impossible d’accomplir quelque saut, quelque rupture que ce soit en matière de technologie, dans un délai acceptable. Et cela conduira à la croissance des tension sociales et renforcera les tendances négatives dans notre économie. La sécurité militaire de la Russie est fondée sur son potentiel nucléaire, dans la mesure où les forces conventionnelles sont en mesure de résoudre le problème des conflits de basse intensité. Notre service spécial, le FSB, est très affaibli. Et la castes des membres « intouchables » de l’élite politique demeure. La cinquième colonne est florissante.Par comparaison avec son homologue soviétique, le système de sécurité de la Russie est notoirement plus faible.

Des mesures radicales doivent être prises afin de remédier à ces éléments qui jadis ont conduit au krach de l’URSS, sans quoi, notre pays sera condamné. Et il faut commencer par élaborer et valider, une stratégie, fondée scientifiquement, de résistance dans le cadre de la guerre froide.

Konstantin Valentinovitch Sivkov
11 avril 2015

Sources
http://vpk-news.ru/articles/24528

Russie Sujet Géopolitique


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