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Le feu vert américain à l’opération « Tempête de la fermeté » suscite des interrogations...
Par Scarlett Haddad

mardi 14 avril 2015, par Comité Valmy


Le feu vert américain à l’opération « Tempête de la fermeté » suscite des interrogations...

Avec la division profonde entre, principalement, le courant du Futur et le Hezbollah, toute divergence devient sujet de polémique. La diffusion par Télé-Liban de l’entretien accordé par le secrétaire général du Hezbollah à la chaîne syrienne d’information devient ainsi une nouvelle pomme de discorde. Selon les sources du Hezbollah, ce n’est pas tant le fait d’avoir diffusé l’entretien que son contenu (très critique à l’égard de la guerre saoudienne contre Ansarullah) qui a suscité un tel tollé de la part du courant du Futur, sachant que le prétexte invoqué par le courant du Futur, de coordination supposée avec un média officiel syrien – alors que la politique du gouvernement est de se dissocier du dossier syrien –, ne tient pas la route, la coordination ayant été faite avec les médias du Hezbollah directement, sans passer par la Syrie... En tout état de cause, ce nouveau sujet de polémique montre une fois de plus à quel point la guerre au Yémen creuse encore plus le fossé entre les Libanais et met en évidence l’ampleur du clivage dans les médias, ceux du 14 Mars reflétant le point de vue saoudien et ceux du 8 Mars exposant le point de vue d’Ansarullah.





Un ancien responsable, qui se veut aujourd’hui au-dessus de la mêlée, estime pourtant que la campagne saoudienne contre Ansarullah au Yémen est directement liée à la conclusion de l’accord préliminaire sur le dossier nucléaire iranien entre la République islamique et les pays dits 5 + 1. Selon cet ancien responsable, les États-Unis ont donné le feu vert à l’Arabie saoudite pour monter une coalition destinée à frapper le groupe Ansarullah (ou houthis, du nom de leur chef), sachant qu’ils sont à la veille de la conclusion de cet accord historique. Le but de ce feu vert était d’une part de calmer la colère des dirigeants saoudiens qui ne parviennent toujours pas à digérer le rapprochement entre l’Iran et l’Occident, et d’autre part, de leur permettre de se présenter comme les leaders du monde arabo-musulman, capables de former et de diriger une coalition guerrière, face à l’Iran qui est en train d’étendre son influence dans plusieurs pays de la région.





En même temps, cette guerre détournera l’attention générale, et en particulier celle des populations arabes, de la conclusion de l’accord préliminaire sur le dossier nucléaire. Ce dernier pourra se mettre en place en toute discrétion et prendre le temps qu’il faut pour être accepté par les pays récalcitrants. Cerise sur le gâteau américain, cette campagne contre Ansarullah augmentera les ventes d’armes aux pays du Golfe et à ceux membres de la coalition. Ce qui est loin de déplaire à l’administration américaine et au puissant lobby des usines d’armement américain. Pour toutes ces raisons, les États-Unis ont donc laissé faire les Saoudiens, comme si l’offensive au Yémen était une sorte de « lot de consolation ».







De fait, le scénario saoudien avait été soigneusement mis au point. La décision avait été soumise aux alliés de l’Arabie pour information et non pour concertation. Les pays membres de la coalition ont été donc pratiquement mis devant le fait accompli et l’heure H du début des opérations a été minutée quelques heures avant le début du sommet arabe de Charm el-Cheikh pour bien montrer qui est le chef. Tout naturellement, « la Tempête de la fermeté » s’est imposée à l’ordre du jour du sommet arabe qui n’avait pas d’autre choix que celui de l’appuyer. Même le président égyptien qui présidait le sommet n’avait été informé que quelques heures auparavant du début des opérations militaires. L’effet voulu par les Saoudiens a donc été atteint.





Mais aujourd’hui, la campagne de la coalition conduite par Riyad entre dans son quinzième jour et aucun des objectifs déclarés n’a été atteint. L’ancien responsable se demande à ce sujet si en donnant leur feu vert à l’opération saoudienne au Yémen, les Américains n’ont pas au final tendu un piège à Riyad. Selon lui, les Saoudiens avaient voulu par leurs frappes aériennes provoquer une guerre civile au Yémen, entre Ansarullah et les autres factions de la population. Mais la population yéménite s’est en grande partie solidarisée face à ce qu’elle considère comme une agression externe. Ansarullah et 80 % de l’armée yéménite se battent côte à côte face aux partisans du président en fuite Abed Rabbo Mansour Hadi et parviennent à gagner du terrain dans le sud du pays, notamment à Aden et tout près de Bab el-Mendeb. En même temps, les bombardements aériens font des ravages parmi les civils. Ce qui ne peut que nuire à l’image de leader de l’Arabie saoudite, sans oublier le fait que rien n’indique pour l’instant qu’Ansarullah soit sur le point de déposer les armes, de perdre du terrain, ou encore d’entrer en conflit avec ses nouveaux alliés, les partisans de l’ancien président Ali Abdallah Saleh. Au point que la coalition, Riyad en tête, étudie de plus en plus la possibilité d’une opération terrestre, mais cherche des soldats pour la mener, du côté de l’Égypte et du Pakistan...





Selon l’ancien responsable libanais, « la Tempête de la fermeté » soulève même des critiques au sein de la famille royale, même si elles restent très discrètes. Ainsi, le silence de l’héritier du trône l’émir Moqren est jugé significatif, ainsi que celui de l’émir Metaab ben Abdallah qui occupe les fonctions de chef de la garde royale. De plus, même entre les deux hommes forts du régime, les émirs Mohammad ben Nayef et Mohammad ben Salmane, il y a un conflit sur le rôle des gardes-frontières. Théoriquement, ceux-ci relèvent du ministère de l’Intérieur (donc de l’émir Mohammad ben Nayef), mais le ministre de la Défense (Mohammad ben Salmane) souhaite les placer sous son contrôle puisqu’ils combattent à la frontière contre les forces yéménites. Enfin, la visite de l’émir Mohammad ben Nayef à Ankara à la veille de la visite du président turc en Iran n’est pas anodine et les Saoudiens pourraient commencer à songer à un dialogue avec l’Iran pour trouver des solutions politiques aux dossiers conflictuels, en particulier celui du Yémen...





Scarlett Haddad
10 avril 15

Publié par l’Orient-Le Jour


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