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Les Etats Unis : la guerre de l’information contre la Russie est une question de survie
par Karine Bechet-Golovko

mercredi 15 avril 2015, par Comité Valmy


Les Etats Unis : la guerre de l’information contre la Russie est une question de survie

Selon le budget prévisionnel du Conseil de diffusion américain, organe publique, la lutte contre "la revanche de la Russie" sera chiffrée à hauteur de 15,6 millions de dollars alors que la lutte contre la propagande de l’Etat islamique entraînera un budget de 6,1 millions. Les Etats Unis ont clairement défini où était l’ennemi et d’où venait pour eux le danger. Ce qui, d’une certaine manière, n’est pas tout à fait faux. Pour mener cette guerre, le commandement se trouvera dans les bureaux de Radio Liberté à Prague. Car l’Europe, comme cela est affirmé, est un axe vital des intérêts américains.

Sans compter le lancement d’une campagne publicitaire de 100 000 dollars sur Google, dans le segment russe, les outils de la propagande américaine, comme Radio Liberté et Voix de l’Amérique, vont être largement restructurés, refinancés et complétés par une diffusion télévisuelle et internet, comme le détaille l’excellent article sur Izvestia.

Ainsi, pour contrer la soi-disant "propagande russe" qui prend de plus en plus d’importance, car les chaînes comme Russia Today ont réussi à fidéliser un auditoire qui autrefois était réservé aux chaînes plus "traditionnelles", les Etats Unis veulent se lancer sur deux fronts : lancer des programmes alternatifs et renforcer la coopération avec les médias russes "objectifs".

Le premier but est de lancer des plateformes qui permettront "aux journalistes écartés par le Kremlin" de pouvoir travailler en toute liberté, sur internet. Vue la virulence du débat politique sur l’internet russe, il est difficile d’imaginer ce qu’il sera encore possible d’ajouter. La diversité des sites et des points de vues couvre un éventail beaucoup plus large, par exemple, qu’en France. Pour autant, je ne peux pas souhaiter à la France d’avoir une zone de débat aussi large et agressive, c’est un processus extrêmement destructeur, notamment pour la qualité d’exercice des libertés.

Afin de contrer la propagande, il faut également montrer "La Vérité", la seule l’unique, et le faire à la télévision. Pour cela, des programmes comme "La réalité du Donbass", 30 minutes sur ce qui se passe vraiment dans le Donbass, doit être diffusé sur la chaîne ukrainienne Donbass-TV. Ou encore sur le même schéma "La réalité de Crimée" doit montrer la vérité-vraie sur l’annexion par la Russie de ce territoire, tous les jours pendant 20 minutes sur la chaîne 24.

Cette démarche semble très naïve. Les chaînes traditionnelles remplissent déjà, d’une certaine manière, même si cela n’est pas intentionnel, cette fonction en truquant et manipulant allègrement l’information sur ces sujets. S’il est de plus en plus difficile de convaincre, c’est surtout parce que les faits finissent par s’imposer. Parce qu’il n’est pas possible de cacher indéfiniment des milliers de morts, des massacres de civils, des bombardements d’hôpitaux. Parce que des sources alternatives d’informations sont en accès libre, qui discréditent souvent les médias traditionnels. Dans ce contexte, mettre en place des programmes spéciaux pour expliquer comment la Russie ment et ce qu’il convient de penser ressemble à de la propagande bon marché. Aujourd’hui, un individu qui veut comprendre, peut trouver l’information, internet lui donne les moyens de remettre en cause les affirmations de journalistes parfois trop politisés et incompétents.

Il est par ailleurs est intéressant de souligner que la tendance générale du financement des médias américains tournés vers le segment russophone est en augmentation. Ainsi le budget de Voix de l’Amérique baisse de 212,1 à 206,7 millions de dollars, car l’orientation en anglais et en espagnol est réduite, mais le segment russophone passe de 4,09 à 4,14 millions de dollars. D’une manière générale, le groupe formé par Radio Liberté et la Voix de la Russie aura une augmentation de budget de 13%.

Le second but est de renforcer la collaboration avec les médias nationaux. En l’occurrence, il s’agirait de renforcer la coopération avec la chaîne privée russe nationale RBK, chaîne spécialisée dans l’information économique et financière avec des programmes d’analyse politique. Cette chaîne a recours dans différentes émissions d’analyse politique ou financière à des experts de la Voix de l’Amérique. Leur temps de diffusion devrait passer à 60 minutes par semaine. La chaîne dément toutefois cette affirmation, en précisant que ces experts n’interviennent que pour commenter le cours de la bourse de New York. On notera cependant la présence d’experts de Voix de l’Amérique, comme M. Gudkine, M. Berezine ou V. Lensky, dans des émissions politiques comme Babitch, qui couvre des sujets d’actualité de politique tant intérieure qu’internationale.

En plus de RBK, les partenaires américains collaborent également avec des portails d’opposition comme Grani.ru ou la chaîne TV Rain. Et le but est de diversifier les émissions visant différents publics et surtout "récupérer" des acteurs de la société civile pour en faire des porte-paroles internes. On notera à ce sujet, que les ONG russes ont touché, en 2014, 70 milliards de rouble de financement étranger. Cela a concerné 4108 ONG russes. En 2 ans, l’augmentation est faramineuse. En 2012, 418 ONG ont touché 4 milliards de roubles, en 2013 - 2705 ONG ont touché 37 milliards de roubles. Cette augmentation, couplée avec les données délivrées par les Etats Unis eux-mêmes sur le renforcement de la guerre d’information oblige à se demander si la guerre envisager n’est qu’informative.

Pour finir, il ne faut pas oublier que le terrain de jeu de prédilection reste les réseaux sociaux. Et une brigade spéciale doit intervenir sur les réseaux comme Facebook, Twitter, Odnoklassniki et autres. Le but principal est de contrer, je cite, la pression sur l’information exercée par le Gouvernement russe sur les populations russes et russophones dans l’espace post-soviétique. Une petite armée de blogueurs doit donc aller sur les réseaux sociaux pour contrer la mauvaise propagande russe et la remplacer par une "bonne" propagande, qui n’en sera pas une car ce sera la Vérité. On appelle ça des trolls.

Et si la Russie fait à ce point peur, c’est justement parce qu’elle apparaît comme un modèle politique alternatif. C’est en cela qu’elle est, pour les Etats Unis, un danger bien plus grand que l’Etat islamique. Ce qui est surprenant, c’est qu’ils le reconnaissent. En effet, l’Etat islamique peut renverser des Gouvernements, mais loin. Il faut lui faire la guerre, ce qui n’est d’ailleurs pas plus mal pour la politique américaine intérieure. Mais la Russie menace le système géopolitique garantissant aujourd’hui l’hégémonie américaine. Le système de représentation mis en place ne laisse pas la possibilité à une configuration multipolaire et la Russie s’évertue à prôner sa souveraineté et à multiplier les alliances, se posant en pôle géopolitique équivalent. Donc la politique russe est en soi un danger pour la politique américaine. Pour aller plus loi, on peut dire que la Russie telle qu’elle existe aujourd’hui est un danger, du simple fait de son existence, pour la domination américaine. Dans n’importe quelle meute, il ne peut y avoir deux mâles dominants.

Karine Bechet-Golovko
mardi 14 avril 2015

Russie politics


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