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Zakhar Prilepine. Une « Fraternité Slave » ? (2)
Russie Sujet Géopolitique

mardi 5 mai 2015, par Comité Valmy


Une « Fraternité Slave » (2)

Le 23 avril 2015, le site du magazine Argumenty i Fakty a publié deux entretiens autour de la question de l’existence d’une fraternité entre les peuples slaves. Un des entretiens fut accordé par l’écrivain Zakhar Prilepine, l’autre par le publiciste et politicien Nikolaï Starikov, tous deux membres du Club d’Izborsk. Le texte ci-dessous est la traduction de l’entretien avec Z. Prilepine.

Tout ça, c’est de l’illusion. Depuis qu’ils sont devenus des peuples séparés, les peuples slaves n’ont jamais été unis. Prenez les Tchèques, les Polonais, les Bulgares ; pour eux toute cette histoire slave ne fut pas aussi univoque que pour nous. Ils ont à ce sujet une autre opinion, et il ne faut pas du tout attendre d’eux une attitude différente.

Nous avons un seul ami slave inconditionnel et de longue date : le peuple serbe. Cette amitié se poursuit, nous entretenons ce lien et eux aussi. Avec le reste des slaves existe aussi une forme de parenté, mais beaucoup plus complexe. Dès lors, imaginer que du XVIIe au XIXe siècle nous vivions dans une symphonie d’adoration mutuelle, cela revient à nous tromper nous-mêmes et à induire les autres en erreur.

Une « fraternité slave » ? Sans doute le concept lui-même existe-t-il. Mais en pratique, il ne peut fonctionner que pour autant qu’existent des choses qui unissent et relient mutuellement les gens, les peuples, comme une religion commune, des intérêts culturels communs, et pas uniquement un petit morceau d’histoire partagée ou une origine commune.

Et tout cela ne signifie pas non plus que nous partagions certaines possessions, un territoire commun, ou des perspectives historiques communes. En fait, il ne faut pas accorder une place exagérée à la conscience et à la compréhension de la fraternité des peuples. Il ne s’agit pas de cette fraternité telle que la majorité d’entre nous la comprend. La fraternité slave correspond sans doute aujourd’hui, dans notre monde contemporain, seulement à une origine commune de certains peuples, au fait que voici mille cinq cents ou deux mille ans, ces gens étaient parents. Mais cela ne signifie rien, ni pour nous, ni pour eux, et c’est pourquoi, dans la situation actuelle, les Bulgares peuvent tout à fait se conduire comme ne le feraient pas des gens qui seraient nos parents immédiats, par le sang. Il ne serait pas correct de s’indigner de cela en faisant appel à une quelconque fraternité slave.

Pour ce qui concerne l’Ukraine, cela fait déjà longtemps que nous n’entretenons plus de lien de sang avec eux. Ceux qui connaissent bien l’histoire confirment cela. Mais il n’en va pas ainsi pour toute l’Ukraine. Il y a l’Ukraine un, l’anti-Russie, et l’Ukraine deux, notre propre sœur...
Nous n’avons jamais rien eu de commun avec l’Ukraine anti-Russie, ni dans le passé lointain, ni dans le présent. Et cette Ukraine infecte pour l’heure toute la société ukrainienne. Mais heureusement pour nous, existe l’Ukraine de Gogol, l’Ukraine de l’école littéraire d’Odessa, l’Ukraine aux chants qui déchirent l’âme, l’Ukraine de la gastronomie, l’Ukraine cosaque, qui servit et combattit aux côtés de la Russie, l’Ukraine du Maréchal Rybalko. Et puis, il y a l’Ukraine de Bandera. Il s’agit de deux Ukraine différentes, impossibles à confondre. Nous ne partageons rien de commun avec celle avec laquelle nous nous querellons, nous n’entretenons pas de regret à son sujet, nous n’avons rien à lui rendre. Mais rien ne nous séparera de l’autre Ukraine, et notre lien restera fort.

Sources :

http://www.aif.ru/society/opinion/1495096

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