COMITE VALMY

Accueil du site > - GEOPOLITIQUE > Les élections en Hongrie : la revanche du grand-père ? par Jean (...)

Les élections en Hongrie : la revanche du grand-père ? par Jean LEVY

lundi 12 avril 2010, par Comité Valmy


Les élections générales en Hongrie consacrent la victoire de la droite et de l’extrême droite. Les sociaux démocrates, au pouvoir, ont été balayés : de 43,21 % en 2006, ils n’ont recueilli que 19, 29%, hier, 11 avril. Anciens apparatchiks du régime précédent, reconvertis en « européistes » flamboyants, partisans inconditionnels du « marché », ils ont conduit le pays dans une crise profonde.

Contredisant également les sondages, le nouveau parti écologiste de gauche, le LMP, entre lui aussi au Parlement. Il remporte donc d’entrée de jeu un succès avec 7,42% des suffrages.

Mais la population s’est massivement détournée du MSZP (le Parti socialiste) pour accorder sa confiance au Fidesz (Union Civique Hongroise), un parti de droite conduit par un jeune professeur de 46 ans, Viktor Orban, dont le score passe de 42,03% en 2006 à 52,77% hier.

Son programme, de droite très affirmée, a ouvert la voie à plus radical encore, celui du parti Jobbik, qui milite pour une « meilleure Hongrie » (jobbik signifiant ‘le meilleur’), de Gabor Vorna, un jeune professeur de 31 ans. Ouvertement xénophobe et antisémite, faisant des Juifs et des Roms les responsables de la misère hongroise, ce parti, crée en 2003, a « surfé » sur « l’euroscepticisme » de la population pour exalter la « Grande Hongrie » et les valeurs mises en avant par le régime de l’amiral Horthy, le dictateur de l’entre deux guerres, allié de l’Allemagne hitlérienne contre l’Union soviétique, de 1941 à 1944. Le Jobbik n’a pas hésité, en 2007, a créer une milice, la Garde hongroise, qui patrouille dans les villages roms en provoquant les habitants. La Garde hongroise elle a tout le décorum des milices fascistes de l’entre-deux-guerres.

Etroitement encadrée par une hiérarchie quasi militaire, elle défile au pas. Ses membres, tout de noir vêtus, portent sur leur brassard l’écusson rayé rouge et blanc de la dynastie d’Arpad, le prince qui conduisit au IXe siècle les tribus magyares dans le bassin des Carpates. Un blason qu’avait également adopté, en 1944, le parti nazi des Croix-Fléchées...

Rappelons que ce parti, au pouvoir à l’époque, s’est distingué par des massacres de juifs et de résistants, dignes de ceux opérés par les SS à Tulle et à Oradour.

Rappelons-nous le film de Costa Gavras, « Music Box ».

Disons, que comparé au Jobbik, notre Front National fait figure de formation centriste !

Hier, entrant pour la première fois au Parlement, ce parti a recueilli 16,71% contre en 2006 !

C’est dans cette Hongrie-là, celle de Horthy et des Croix Fléchées, que la famille de petite noblesse Sarközy de Nagy-Bosca vivait, très à l’aise, sur ses terres, exerçant des fonctions électives à la mairie de Szolnok.

À l’arrivée de l’Armée rouge en 1944, la famille est expropriée et s’exile. Après de nombreuses péripéties à travers l’Autriche et l’Allemagne,

En fait la famille fuit devant l’Armée rouge et s’installe dès 1944 en Autriche, puis en Allemagne. L’Allemagne n’encourageait pas alors ni le tourisme, ni l’afflux de réfugiés indigents, aussi cette fuite ne fut-elle possible qu’avec des amitiés allemandes*.

Pal, le père de Nicolas, appartient à une caste compromise avec un régime odieux, il fait parti du camp des vaincus. Alors, il préfère l’exil à un avenir médiocre

Quelles leçons tirer des élections hongroises et de ce retour à un passé qu’on croyait, à jamais, révolu ?

La sociale démocratie, transfuge de la nomenklatura de la Hongrie populaire, s’est en 1991, tournée délibérément vers « l’Europe » et sa loi du marché. Cette conversion au capitalisme a plongé le pays dans un marasme profond, libérant des nostalgies de fausse grandeur et de vrai fascisme. Ce phénomène est perceptible dans d’autres pays, tels l’Autriche où l’extrême droite dépasse les 20%, les pays baltes où, comme en Lettonie, les anciens Waffen-SS paradent comme des héros, la Bulgarie, la Roumanie…

Cette situation dangereuse est le fruit empoisonné d’une construction européenne, qui n’a amené aux peuples que pauvreté, misère et désillusions.

Faute d’une force authentiquement communiste et révolutionnaire en capacité de montrer le véritable chemin, les foules se tournent vers les diseurs de mauvaises aventures…

Cette leçon est valable aussi pour la France !

* Il y a bien eu une amitié germano-hongroise Elle s’est concrétisée par la déclaration de la guerre à l’URSS du 27 juin 1943. La déportation, en juillet 1941, de 20 000 juifs de Ruthénie subcarpatique, prise à la Tchécoslovaquie en 1939, vers l’Ukraine occupée, où les attendaient les détachements d’Einsatzgruppen. Le soldat hongrois s’illustra aussi par le massacre de 3 000 otages serbes et juifs en Yougoslavie, près de Novi Sad. Entre le 15 mai et le 9 juillet, près de 440 000 juifs furent déportés, en très grande majorité vers Auschwitz. La bataille de Stalingrad sera désastreuse pour les troupes hongroises, dont les résidus finiront par être intégrés dans l’armée allemande.


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette