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Réponses à la presse du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de la conférence de presse en marge des sommets des BRICS et de l’OCS, Oufa, le 9 juillet 2015

mardi 28 juillet 2015, par Comité Valmy


Réponses à la presse du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de la conférence de presse en marge des sommets des BRICS et de l’OCS, Oufa, le 9 juillet 2015

Question : Les présidents chinois et russe Xi Jinping et Vladimir Poutine se sont entretenus en marge des sommets des BRICS et de l’OCS, et ont notamment évoqué le sujet de la "jonction" de la ceinture économique de la "Route de la soie" et de l’UEEA. Quels sont, selon vous, les résultats de cette rencontre des deux leaders ?

Sergueï Lavrov : Il est de notoriété commune que lors du sommet à Moscou en mai dernier, le président chinois Xi Jinping et le président russe Vladimir Poutine ont signé un mémorandum d’initiative concernant la conjonction entre les projets de ceinture économique de la "Route de la soie" et les processus de l’intégration économique eurasiatique. La Chine et la Russie ne sont bien sûr pas les seuls participants possibles aux efforts visant à assurer cette conjonction : il s’agit notamment de l’UEEA. Cette initiative des leaders de nos deux pays est également examinée par nos partenaires au sein de l’UEEA. La Russie et la Chine estiment que l’OSC constitue une plateforme utile et commode pour tous ceux qui cherchent à débattre des aspects concrets d’une telle initiative. Nos partenaires au sein de l’OSC ont intérêt à examiner dans ce format tous les aspects des projets de conjonction de la "Route de la soie" avec l’intégration économique eurasienne. Encore une fois, il ne s’agit pas d’un projet russo-chinois bilatéral : il a été avancé par les leaders des deux pays, mais doit avoir une dimension multipartite.

Nous vous informerons naturellement à mesure que l’OCS et les contacts entre l’UEEA et la Chine éclairciront des domaines concrets du travail pratique. Il est à noter qu’outre l’OCS, qui comprend tous les participants potentiels à cette initiative importante, il existe également un développement des liens et du partenariat entre l’UEEA et la Chine.

Question : Le sommet de l’OCS à Oufa se soldera par une déclaration commune concernant les 70 ans de la victoire sur le fascisme. Quel sera le rôle de la position commune des pays membres de l’OCS face au renforcement des tentatives de réécrire les résultats de la Seconde Guerre mondiale ?

Sergueï Lavrov : Les 70 ans de la Victoire dans la Seconde Guerre mondiale, de la victoire dans la Grande Guerre patriotique, de la victoire du peuple chinois sur le militarisme japonais et la fin de la Seconde Guerre mondiale en général - ce sont des dates sacrées. Nous accordons une importance particulière à ce que la communauté internationale n’oublie pas les raisons et les résultats de cette guerre, les noms des vainqueurs et de ceux qui ont tenté de conquérir le monde et d’instaurer leurs ordres dictatoriaux et unilatéraux.

C’est derniers temps on voit apparaître en Europe et dans d’autres régions du monde des spéculations affirmant que tout n’a pas été comme nous nous en rappelons, que tout s’est passé autrement, qu’on peut remettre en cause les verdicts du tribunal de Nuremberg ou déclarer la guerre au monuments consacrés aux héros de cette guerre, les mettre au même niveau que les fascistes et les collaborationnistes. Il s’agit d’un problème très dangereux et durable. Il est important d’empêcher à la racine ces tentatives d’occuper l’espace médiatique mondial, le centre des débats sur l’avenir du monde qui ont une grande importance appliquée.

La réécriture des résultats de la Seconde Guerre mondiale pourrait remettre en question tout le système des relations internationales, dont le centre est constitué par les Nations unies. A mon avis, cette audience comprend parfaitement les dangers et risques énormes de cette tendance. C’est pourquoi la position de la Russie, de la Chine, des autres membres de l’OCS et de la majorité écrasante des pays du monde réside dans la volonté d’éviter les tentatives d’héroïser les nazis et le nazisme comme tel ainsi que d’endiguer toutes les tentatives néfastes que nous observons, notamment près de nos frontières européennes. Ce n’est pas par hasard que la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU sur la lutte contre l’héroïsation du nazisme, dont les co-auteurs étaient la Russie, la Chine et d’autres membres de l’OCS, a été adoptée cette année par la majorité écrasante des voix.

Question : Le sommet d’Oufa devrait lancer l’adhésion de l’Inde et du Pakistan à l’OCS. Les relations entre ces deux pays étant très compliquées, faut-il s’attendre à des problèmes internes au sein de l’OCS ?

Sergueï Lavrov : En ce qui concerne la liste des membres de l’OCS et l’élargissement prochain de cette liste, nous au contraire estimons que l’accroissement du nombre des formats de coopération et de discussion - dans ce cas-là entre l’Inde et le Pakistan - crée de nouvelles possibilités pour aider ces deux pays voisins - le développement des relations avec eux est très important pour nous - à surmonter les divergences restantes. Au sein de l’OCS, il existe même aujourd’hui des pays ayant des relations problématiques, notamment dans les domaines des ressources en eau et de l’énergie. L’OCS représente une plateforme pour un dialogue respectueux, équitable et constructif, en créant ainsi une ambiance nécessaire pour éliminer au maximum ces divergences, pour que les pays ayant de telles divergences aient un format supplémentaire pour débattre des difficultés existantes et trouver des compromis nécessaires. Je suis sûr que l’adhésion de l’Inde et du Pakistan à l’OCS contribuera également au développement de leurs relations bilatérales.

Question : Ces derniers temps nous nous sommes pratiquement habitués aux déclarations de l’Occident concernant une certaine menace russe. Deborah James, secrétaire de l’armée de l’air américaine, est même allé jusqu’à considérer la Russie comme le "danger principal". Pouvez-vous commenter ces propos ?

Sergueï Lavrov : Nous nous sommes depuis longtemps habitués à des déclaration régulières de Washington sur des menaces "principales" ou "secondaires" d’après les Etats-Unis. Nous nous sommes habitués à ce que les militaires - y compris des ministres de la Défense, des représentants du Comité des chefs d’état-major interarmées et des secrétaires, des forces aériennes ou d’autres armées - émettent régulièrement des propos qui sont normalement du ressort des politiques. Nous sommes bien sûr préoccupés par la création de cette ambiance artificielle d’hostilité. Elle n’a rien en commun avec la réalité, les plans et les actions de la Fédération de Russie.

Nous avons des contacts avec Washington. Je vous assure qu’il n’y a jamais de déclarations hystériques de ce type lors de contacts tranquilles et normaux. On nous indique que cela s’explique par la nécessité de "calmer" l’opinion publique, de lui monter que "Washington reste vigilant" et qu’aucun risque ne portera préjudice à la sécurité nationale des Etats-Unis. Nous avons une approche philosophique. Nous rappelons régulièrement à nos collègues américains que ce sont eux qui forment cette opinion publique à laquelle ils tentent de réagir. D’abord, il y a des accusations infondées contre nous qui agitent l’opinion publique. Ensuite, les autorités se réfèrent à cette opinion pour réaliser des mesures pratiques et non rhétoriques concernant la création de l’infrastructure militaire de l’OTAN près de nos frontières en violation des engagement de l’Alliance atlantique dans le cadre de l’Acte fondateur sur les relations, la coopération et la sécurité mutuelles entre l’OTAN et la Fédération de Russie.

Question : Il semble que le "marathon iranien" concernant le programme nucléaire du pays touche à sa fin. La Russie y a grandement contribué car elle se prononce activement dès le début du conflit pour la levée des sanctions et contre ces sanctions en général. Beaucoup d’acteurs ont pourtant intérêt à maintenir les sanctions. Aujourd’hui, la partie iranienne a indiqué qu’elle serait ravie de voir le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à la signature de cet accord. Quelle est la probabilité qu’on voie demain cet évènement historique : la signature de l’accord à laquelle vous assisterez ?

Sergueï Lavrov : La position de Moscou dans les négociations sur le programme nucléaire iranien se fonde sur le fait que nous avons grandement contribué à leur reprise ainsi qu’à leur caractère stable et visant à obtenir des résultats. Ces négociations avaient été dans l’impasse pendant des années, mais la Fédération de Russie a proposé il y a deux ans de trouver un fondement pour leur reprise sur la base des principes de progressivité et de mutualité. Autrement dit, il fallait comprendre qu’on ne pouvait pas régler tous les problèmes à la fois, qu’il était nécessaire de commencer avec des choses plus simples et d’agir de manière que toute action positive de l’Iran concernant l’allègement des inquiétudes de la communauté internationale représentée par l’AIEA obtienne obligatoirement une réaction positive sous forme de l’affaiblissement des sanctions.

Ces considération ont servi de base pour le plan intermédiaire, adopté en novembre 2013 et mis en œuvre consciencieusement et pleinement par tous les membres du groupe des six et la République islamique d’Iran. Aujourd’hui ces mêmes principes de progressivité et de mutualité nous avons menés vers un accord qui n’est pas transitoire, mais déjà final et exhaustif. Il est parfaitement réalisable et se base sur la formule confirmée par le président Vladimir Poutine dans le cadre de la doctrine de la politique étrangère de la Russie : il s’agit des garanties du droit de l’Iran sur le développement de l’énergie nucléaire pacifique, y compris le droit d’enrichir de l’uranium, à condition d’avoir éclairci toutes les questions concernant le programme nucléaire et levé toutes les sanctions. Il est clair qu’il ne s’agit pas encore une fois d’un acte unique, mais d’un accord en plusieurs étapes. Tout cela est en train d’être finalisé au cours des négociations de Vienne.

En ce qui concerne la prochaine rencontre des ministres des Affaires étrangères des six et de l’Iran - qui devrait, j’espère, adopter définitivement cet accord - elle pourrait avoir lieu à n’importe quel moment. Suite à ma participation aux sommets d’Oufa, je serais prêt à rejoindre à tout moment mes collègues. J’espère que ce sera en réalité la dernière rencontre qui aidera à concorder certaines nuances, mais se passera de tentatives de mettre en cause les accords de l’étape précédente. Malheureusement, nos derniers contacts comprenaient effectivement de telles tentatives qui ne contribuent pas au résultat et ne font que nous ramener en arrière, éloignant la signature de l’accord final.

Question : La région du Pacifique connaît un véritable regain d’activité avec l’élargissement de la coopération entre le Japon et la Corée du Sud, les tentatives de renouveler les anciennes alliances économiques ou d’en créer de nouvelles... Faut-il y voir une réponse à la montée en puissance des Brics en tant qu’union internationale ? Ou s’agit-il de deux processus parallèles et indépendants ?

Sergueï Lavrov : Je ne pense pas qu’il s’agisse seulement d’une réaction au renforcement des Brics. Les USA ont depuis longtemps annoncé que leurs intérêts en Asie-Pacifique grandissaient et devenaient leur priorité. Dans cette région, les États-Unis, comme vous l’avez noté, ont noué plusieurs alliances militaro-politiques avec le Japon, la Corée du Sud et l’Australie. Nous avons toujours pensé que l’activité militaire dans la région, les actions militaro-politiques de tous les pays qui s’y trouvaient devaient s’exercer sur une base universelle, et non selon une logique de blocs.

Il y a cinq ans déjà, la Russie et la Chine avaient proposé d’entamer une discussion sur la formation, fondée sur le non-alignement et l’universalité, d’une architecture de sécurité qui s’appuierait sur les principes d’équité, de transparence, de respect et de la prise en compte des intérêts mutuels. Je ne peux pas dire que cette initiative a été immédiatement soutenue à l’unanimité mais il y a trois ans, dans le cadre des mécanismes des Sommets de l’Asie orientale où sont représentés tous les autres acteurs de la région Asie-Pacifique, ont débuté sur notre initiative les consultations sur la formation d’une nouvelle architecture de sécurité ouverte en Asie-Pacifique. Trois cycles de consultations se sont déjà tenus, à Brunei, en Russie et en Malaisie. Le prochain cycle est prévu en Indonésie. Ce processus sera très long car trop de problèmes se sont accumulés et les structures de la région sont trop isolées. Il existe des mécanismes formés autour de l’ASEAN, des blocs militaro-politique à part, que j’ai mentionnés. Mais si nous travaillons dès maintenant et minutieusement sur cette initiative, elle aura des perspectives.

Question : Quels problèmes insurmontables persistent dans les négociations sur le nucléaire iranien à Vienne ? Certaines sources rapportent que la date limite pour trouver un accord pourrait être prolongée jusqu’au 13 juillet. Sur quelles dates tablez-vous ?

Sergueï Lavrov : Il ne reste plus de problèmes insurmontables, à moins qu’un participant (ce ne sera certainement pas la Russie) ne tente au dernier moment d’obtenir quelque chose des négociations.

Quant aux dates limites, si tout le monde respectait l’accord-cadre conclu à Lausanne en avril dernier, il n’y aurait rien d’insurmontable. Si je comprends bien, depuis le début du cycle actuel on assiste à un progrès, on fixe de nouvelles formulations. C’est pourquoi j’espère que personne ne remettra en doute le travail déjà effectué et n’assumera la responsabilité d’avoir mis en échec un accord déjà prêt de facto.

En ce qui concerne les délais, nous n’avons jamais eu de dates artificielles. Nous avons défini des limites : le 30 juin, puis le 7 juillet. Aujourd’hui quand nous partions de Vienne avec mes homologues, nous avons convenu que le principal était la qualité des accords, qui doivent assurer l’équilibre des intérêts, garantir la fiabilité du régime de la non-prolifération des armes nucléaires et les droits légitimes de l’Iran. Bien sûr, la sécurité de tous les pays de la région doit être assurée.

Je pense qu’un autre point important est que l’accord permette de créer un terrain plus favorable pour réunir enfin une conférence sur la création d’une zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen-Orient. Cette décision a été prise depuis longtemps, il y a cinq ans déjà. Malheureusement ni en 2012, quand cette activité a été annulée, ni cette année quand une autre tentative a été entreprise, nous n’avons pas pu le faire. Ce n’est pas l’Iran mais nos partenaires occidentaux qui en sont responsables, parce qu’ils n’ont pas réussi à soutenir un projet parfaitement acceptable pour tous les autres. Mais ceux qui se réfèrent au nucléaire iranien comme un prétexte pour repousser la réunion de la conférence sur la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient ne disposent plus de cet argument.

Question : Je voudrais vous poser une question sur l’ordre du jour criméen aux sommets internationaux accueillis à Oufa. Bien que le sujet soit discuté, les membres des Brics et de l’OCS n’ont pas reconnu la réunification de la Crimée avec la Russie. Quelle est l’importance de cette question pour la Russie ? Peut-on parler de la reconnaissance de la Crimée par un des pays à terme ?

Sergueï Lavrov : Je ne crois pas qu’il existe le terme "ordre du jour criméen". Un tel problème n’existe pas dans l’activité de l’OCS et des Brics. Aucun de nos partenaires ne déclare ne pas reconnaître les résultats du référendum qui a permis à la Crimée de revenir au sein de la Russie. Dans les documents que vous verrez dans quelques heures, les dirigeants des Brics et de l’OCS fixent notre position commune sur la nécessité de remplir à part entière et de bonne foi les accords de Minsk, qui n’ont rien à voir avec un "ordre du jour criméen". La question concernant la Crimée a été close par le peuple de la Crimée et les décisions prises par la Russie pour répondre à une volonté très claire du peuple criméen.

Question : Au cours de la dernière visite du Ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem à Moscou, l’initiative de former une coalition pour affronter l’EI a été évoquée. Lors de votre conférence de presse conjointe, Walid Mouallem a donné une réponse vague. Il a comparé cette proposition à un miracle. Dans quelle mesure, d’après vous, la création d’une telle coalition est-elle réaliste ? Quel rôle pourrait être joué par la Russie ? Quelles démarches sont entreprises pour mettre en œuvre cette initiative ?

Sergueï Lavrov : Je ne pense pas que Walid Mouallem a réagi vaguement à cette initiative, qui a été évoquée pendant sa rencontre avec le Président russe. En effet, il a dit que "ce serait un miracle de plus" parce que, d’après lui, la Russie a déjà fait plusieurs fois l’impossible pour empêcher l’effondrement de la Syrie. Il faisait allusion à notre contribution pour assurer le règlement à part entière du problème relatif à la démilitarisation chimique de la Syrie. Le gouvernement syrien a parfaitement coopéré dans ce processus, avec l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), l’Onu et tous les pays impliqués dans la mise en œuvre de ce projet d’envergure, réalisé rapidement.

C’est pourquoi j’ai vu et entendu dans la position de Walid Mouallem un soutien absolu de l’initiative avancée par le Président russe Poutine, mais également un doute légitime : que non pas la Syrie, mais d’autres pays à qui elle s’adressait puissent parvenir à unir aussi rapidement leurs efforts. Après tout, nous n’avons pas proposé de créer une coalition, nous avons analysé la situation et dit à nos partenaires – l’EI a été proclamé ennemi numéro 1 par tous les pays de la région. Tout le monde sait parfaitement que l’EI n’a pas pour objectif la Syrie ou l’Irak, où il s’est déjà emparé de vastes territoires pour y proclamer un "califat", ni l’Afghanistan, où il a sévi ces derniers mois, ni la Libye, où les émissaires de l’EI ont été aperçus et tentent d’aménager leurs territoires sous forme de "califat". L’EI a pour objectif deux sanctuaires musulmans, et il ne s’en cache pas.

Les problèmes et les divergences réciproques doivent être mis de côté car c’est une bataille pour la survie des États arabes. Les priorités sont claires. Pour cette raison, quand vous demandez si l’union des efforts de l’Arabie saoudite, de la Turquie et d’autres pays en mauvaises relations avec le gouvernement de Bachar al-Assad est réaliste, je répondrais seulement que c’est absolument nécessaire.

Comme vous le savez, le Ministre saoudien de la Défense, le prince héritier Mohammed ben Salmane, a assisté au Forum économique international de Saint-Pétersbourg. Nous avons évoqué avec lui la menace du terrorisme au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Le Président russe Vladimir Poutine en a parlé avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan lors de leur entretien à Bakou en marge des activités consacrées à l’ouverture des Jeux européens.

Nous n’avons aucun ordre du jour secret. Nous parlons avec tout le monde avec franchise en exposant notre vision de la situation. Nous sommes toujours prêts à entendre nos interlocuteurs. Du moins, à l’étape actuelle, nous n’avons pas le sentiment que cette initiative soit sous-estimée. Nous continuerons à travailler là-dessus. Sachant que nous le faisons quotidiennement parce que chaque jour la tâche devient de plus en plus complexe.

Question : Sait-on combien de citoyens russes ont été recrutés par l’État islamique ?

Sergueï Lavrov : Les chiffres divergent. Nos représentants, y compris le Secrétaire du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie Nikolaï Patrouchev et l’un de mes adjoints Oleg Syromolotov, ont récemment parlé d’environ 2 000 personnes. Selon nos estimations, ce chiffre comprend plusieurs centaines d’anciens ou actuels citoyens russes qui se sont définitivement installés en Europe.

Question : Vous avez déjà parlé de la coalition menacée par l’EI. Est-il envisageable que la Russie puisse également y participer, parce que les islamistes ont une grande marge de manœuvre ? Je veux parler d’autres membres de l’OCS et des Brics ; la Chine pourrait également rencontrer des problèmes.

Sergueï Lavrov : Nous continuerons à assurer la sécurité de nos frontières et du pays. Cette région ne souffre pas d’un manque d’hommes armés qui peuvent s’opposer à l’EI. Il est primordial – et c’est exactement ce que nous cherchons à faire – qu’ils s’unissent tous pour lutter contre la menace principale. Ils ont souvent des divergences et règlent leurs propres problèmes locaux dans le cadre de nombreux conflits dans les pays de la région. Notre initiative vise à séparer le bon grain de l’ivraie et voir les menaces communes - l’EI et ses semblables.

Question : Avez-vous eu l’occasion d’entendre ou de lire le discours prononcé hier par le Premier ministre grec Alexis Tsipras au Parlement européen ? Que pouvez-vous en dire ? Comment la Russie évalue-t-elle les risques susceptibles de survenir si la Grèce sortait de la zone euro ?

Sergueï Lavrov : Notre position a déjà été expliquée plusieurs fois par le Président russe Vladimir Poutine : nous voulons trouver au plus vite une solution mutuellement acceptable concernant le problème de la dette grecque et les moyens de la surmonter. Contrairement aux spéculations de certains médias, nous n’avons aucun intérêt à jeter de l’huile sur le feu. On a tenté d’accuser la Russie de se frotter les mains en regardant comment la Grèce se brouillait avec Bruxelles, Paris et Berlin. Ce n’est pas du tout le cas. C’est une déformation totale de notre position et de nos intérêts. Nous souhaitons que l’Union européenne soit fonctionnelle et économiquement prospère. Bien sûr, c’est impossible si dans l’un des pays membres – notamment de la zone euro – s’enclenchent des phénomènes de crise. C’est pourquoi nous souhaitons qu’une solution mutuellement acceptable soit trouvée. Et c’est exactement ce que font actuellement les dirigeants européens, y compris le Premier ministre Alexis Tsipras. Nous leur souhaitons de réussir.

Question : L’Égypte a récemment soumis sa demande d’adhésion à l’OCS. Quelles sont ses perspectives d’après vous ? Quels sont les principaux critères pour l’adhésion de nouveaux membres à l’OCS et aux Brics ?

Sergueï Lavrov : Il n’est pas du tout question d’élargir les Brics - c’est l’avis des cinq États qui composent aujourd’hui ce groupe. Il faut d’abord mettre en œuvre ce qui a été prévu. Vous connaîtrez aujourd’hui l’ensemble des décisions prises. Mon adjoint Sergueï Riabkov vous a déjà expliqué à quoi ressemblaient ces décisions. Il faut d’abord fixer tout cela, le poser sur de solides rails, avant d’envisager toute autre initiative. Les Brics n’ont aucun document réglementant la composition du groupe. C’est une organisation absolument informelle. Nous créons actuellement ce qu’on appelle le "secrétariat virtuel" des Brics, mais uniquement pour faciliter l’organisation de nombreuses activités organisées au cours de l’année entre les sommets.

Le règlement de l’OCS, par contre, prévoit son expansion. De plus, il détermine plusieurs catégories d’appartenance, comme nous l’avons déjà mentionné : membres, observateurs et pays partenaires de dialogue. Aujourd’hui une douzaine de requêtes formelles et informelles ont été formulées pour obtenir tel ou tel statut. On annoncera demain l’examen des demandes de l’Inde, du Pakistan et d’autres pays. L’Égypte a déposé la sienne il y a quelques jours. Elle sera examinée conformément aux critères du règlement qui décrit clairement les procédures. En effet, il faut un consensus, mais la discussion doit démarrer d’une manière ou d’une autre. Notamment au Conseil des hauts représentants. L’OCS est une Organisation assez structurée, c’est pourquoi les questions de ce genre, comme toutes les autres, seront examinées dans le cadre des procédures convenues.

Question : Je voudrais revenir au nucléaire iranien : la levée de l’embargo sur les armes reste l’une des pommes de discorde et les médias ont annoncé qu’on parlait actuellement d’une levée de l’embargo par étapes – d’abord son gel, puis la levée à part entière. Ce processus pourrait prendre entre 2 et 8 ans. Pouvez-vous confirmer cette information ? Que pense Moscou de cette idée ?

Sergueï Lavrov : Je ne veux rien confirmer parce que cela constituerait une violation de l’éthique des négociations. Le résultat sera annoncé. Il est inutile de spéculer à ce sujet. Les principes des étapes et de la réciprocité ont déjà été mentionnés aujourd’hui. Ils sont la clé qui a permis de débloquer de nombreuses impasses au cours de ces longs mois de négociations.

Nous pensons que l’embargo sur les armes doit être parmi les premiers levés. Actuellement, nous parlons des sanctions décrétées par le Conseil de sécurité des Nations unies parce que les sanctions unilatérales des USA et de l’UE sont bien plus intransigeantes que celles de l’Onu et nous ne les considérons pas comme légitimes. D’autant que les Américains essaient encore de les appliquer extra-territorialement en répandant leur juridiction sur les territoires d’autres pays. Les sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies ont été adoptées pour deux raisons – d’abord quand on a commencé à s’interroger sérieusement sur le caractère pacifique du programme nucléaire iranien et la présence d’une dimension militaire. Des sanctions ont été décrétées, visant ponctuellement les organisations, les entreprises et les individus impliqués dans le programme nucléaire pour restreindre le développement de ce programme. Le second bloc de sanctions a été adopté quand l’Iran a refusé de négocier. Il est né de la volonté du Conseil de sécurité des Nations unies de persuader politiquement et économiquement l’Iran de s’asseoir à la table des négociations. Ce bloc contenait également l’embargo sur les armes. Mais l’objectif de faire asseoir l’Iran à cette table des négociations a été atteint.

C’est pourquoi nous prônons la levée la plus rapide possible de l’embargo sur les armes. D’autant que l’Iran est un partisan de la lutte contre l’EI et de l’éradication de cette menace dans la région et dans le reste du monde. La levée de l’embargo sur les armes aidera Téhéran à augmenter sa capacité militaire à combattre le terrorisme.

Bien sûr, quand je dis ça, le dernier mot en ce qui concerne le compromis et la solution de l’accord final sur le nucléaire iranien revient évidemment à Téhéran. Je le répète, c’est un ensemble d’accords. C’est à nos collègues iraniens de décider quels seront les délais de la levée de l’embargo sur les armes.

Nous prônons son annulation le plus vite possible. Nous soutiendrons le choix qui sera fait par les négociateurs iraniens.

Question : Les dirigeants de la Russie, de la Chine et de la Mongolie se réuniront aujourd’hui. Quels seront les principaux thèmes de cette rencontre ? Quelle est la priorité pour la Russie dans le cadre de la coopération avec ces pays ?

Sergueï Lavrov : Le format Russie-Chine-Mongolie existe depuis relativement longtemps au niveau des experts et des vice-ministres des Affaires étrangères. Un sommet s’est tenu à Douchanbé en septembre 2014. Les trois dirigeants se sont rencontrés et ont décidé qu’il serait préférable de donner un nouveau souffle à cette coopération au regard des liens étroits historiques, de la géographie et des relations économiques de longue date entre nos trois pays. Et les trois chefs d’État ont chargé les ministres des Affaires étrangères, de l’Économie, de l’Énergie et des Transports d’élaborer des documents qui permettraient de promouvoir notre coopération trilatérale sur une base mutuellement bénéfique. Cette directive a été suivie. Nous avons préparé les documents couvrant les domaines économique, d’infrastructure et de transport, ainsi que les questions humanitaires et la coopération en politique étrangère.

Je pense que c’est un processus très utile. Il aurait probablement fallu commencer plus tôt de telles réunions trilatérales, à titre régulier. La Chine et la Russie sont des voisins de la Mongolie et la nature, le destin et l’histoire nous dictent de vivre ensemble. Il faut tirer un profit maximal de ces avantages.

Source : Sergueï Lavrov lors de la conférence de presse du 9 juillet à Oufa.


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