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Belgique : du risque d’éclatement aux graves effets domino possibles - par Georges Gastaud

vendredi 30 avril 2010, par Comité Valmy


On peut rire irresponsablement des rebondissements de la crise politique récurrente qui opposent les partis bourgeois belges, de la droite à la social-démocratie et aux écolos, profondément divisés entre "flamands" et "wallons". Comme si ce n’était pas une richesse pour un pays de posséder deux langues et deux cultures... à condition que chacun étudie la langue de l’autre et que les deux langues, le néerlandais et le français, ne se laissent pas rapidement phagocyter par le Raminagrobis de l’anglo-américain, qui aura tôt fait, en les avalant toutes les deux, de "mettre d’accord" Dame Belette néerlandophone et le Jeannot Lapin wallon...

Mais en réalité, ces querelles ont un autre but, dénoncé par le PTB : celui de diviser profondément la classe ouvrière belge en proie à de lourdes régressions sociales et aux suppressions d’emploi à répétition (par ex. Opel/Anvers après Renault/Vilvoorde), de désosser la Sécu belge au profit du grand patronat. Et cela alors qu’une majorité de Belges reste très attachée à la Belgique.

Mais au-delà du Barnum politicien, l’ingouvernabilité belge est lourde de menaces pour la Belgique, pour la France et pour l’Europe. Pour la Belgique : si le patronat flamand, qui est derrière les partis indépendantistes et semi-indépendantistes, finit par l’emporter en transformant l’Etat fédéral belge en coquille vide, la situation deviendra explosive à Bruxelles (francophone, mais dont la périphérie est néerlandophone).

Dans le pire des cas, si la Belgique éclate, si la Flandre "indépendante" devient un nouveau confetti d’Empire de la R.F.A., qui plus est dominé par des partis franchement xénophobes (rappelons que depuis que l’Allemagne s’est réunifiée sur des bases contre-révolutionnaires en absorbant la RDA, ses voisins proches ou moins proches ont bizarrement été presque tous démantelés : Tchécoslovaquie, Yougoslavie, partie balte de l’URSS ; et la Ligue du nord italienne regarde plus vers les grands voisins nordiques que vers le "pouilleux" (sic) Mezzogiorno...).

Resterait-il alors d’autres ressources à la Wallonie que d’être satellisée par la France ou rattachée au voisin francophone ? Paradoxalement, une telle annexion pourrait accélérer le démembrement de notre pays. Il est évident que la Wallonie négocierait son entrée dans la République en obtenant un statut spécial de type alsacien mosellan Mais plus gravement encore, ce rattachement "linguistique" activerait les revendications séparatistes ou ulra-régionalistes dans les régions françaises dont la langue d’origine n’était pas le français.

Et comme la pression de l’Europe des régions, relayée par l’UMPS est très forte, la République "une et indivisible" déjà très affaiblie par les "décentralisations" successives, n’y résisterait sans doute pas. Ajoutons que la France aurait immédiatement des problèmes avec Strasbourg, l’autre "capitale" européenne, car une partie de la bourgeoisie alsacienne ne cache pas son vœu de transformer cette ville, jadis "ville d’Empire", en ville européenne découplée du territoire français.

Bref, c’est l’Europe issue de la Révolution française qui se détricote, pendant que réapparaît l’Europe impériale et vaticane d’avant 1789... au nom de la "modernité" !

Quant à Bruxelles, que deviendrait-elle ?

Un territoire "indépendant" où la guerre entre francophones et néerlandophones serait de moins en moins larvée ? Et, cerise sur ce gâteau maastrichien, le territoire bruxellois ne serait-il pas "idéal" pour devenir la capitale... anglophone, du nouvel Etat fédéral et supranational maastrichien, sur le modèle du district fédéral de Mexico ou de Washington DC ? Bref, les peuples ont tout à perdre, en Flandre, en Wallonie, en France et en Europe, à un éclatement belge, car la mise en place d’un ETAT européen serait une avancée majeure pour l’impérialisme, y compris pour l’impérialisme US qui, avec son acolyte allemand, domine le port d’Anvers.

Certes ce scénario reste aujourd’hui de l’ordre des hypothèses, car la crise de l’UE et de l’euro est éclatante. Mais ces gens ont l’habitude de régler leurs problèmes par la fuite en avant... et la devise de Gramsci doit nous préoccuper : "pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté".

C’est pourquoi nous sommes solidaires de ceux qui, sur des bases de classe, par ex. en demandant une circonscription électorale unique pour la Belgique (pour casser le monopole des partis pseudo-"linguistiques"), veulent sauver l’unité belge et nous invitons les Français frontaliers qui travaillent en Belgique, à soutenir nos camarades belges, tout en prenant très au sérieux le danger euro-séparatiste, car il se pourrait qu’un jour la "blague belge" finisse par tourner très mal !

George Gastaud

4 Messages de forum

  • Ce commentaire (de Georges Gastaud) raffermit nos propres cogitations sur la problématique belgo-belge... Ce pays n’est plus la Belgique de papa, ni le "pays de cocagne" de la petite bourgeoisie ! Bart de Wever et ses alliés flamingants n’ont tant de succès que par les répliques du FDF, de Reynders et autres francophonissimes ayant l’oreille des riches (1). Ne serions-nous pas pilotés par des stratégies maastrichiennes et atlantistes menant à une certaine "Communauté européenne", "meilleure" invention du capitalisme depuis le fascisme ? (2)


    (1) Voir l’ouvrage de Marco Van Hees :"Didier Reynders, l’homme qui parle à l’oreille des riches" aux éditions ADEN (Bruxelles) - (2) Voir la brochure sur le Traité de Maastricht aux Editions Dialogue des Peuples (1993)

  • Dire, comme vous semblez le suggérer avec le PTB que ce problème a pour but de "diviser la classe ouvrière, c’est ne rien connaître de la Belgique ni de sa naissance, ni de son évolution !!

    C’est succédané de marxisme mal digéré !

    La question est simple : La Belgique, ça n’existe pas ! Toute son histoire, depuis 1831 n’est que celle d’une division permanente entre deux peuples, parfois camouflée, certes, par les pouvoirs successifs en place.

    Lire : http://dutron.wordpress.com/2010/04/22/la-belgique-au-bord-de-l%E2%80%99implosion/ Merci Guy Dutron

    Voir en ligne : La Belgique au bord de l’Implosion .

  • "Ignorer l’Histoire, c’est ignorer le loup qui se cache derrière la porte". Georges GASTAUD quant à lui ouvre grand la porte pour ses lecteurs...et effectivement le loup est bien là ! Nous voilà avertis.
    • Ce plaidoyer en faveur de l’unité belge est lucide. Le sort de l’Europe (pas celle de Maastricht) risque de se jouer en Belgique. Sarkozy & Merkel y répondent par le projet de gouvernance centralisée de la zone euro, afin d’imposer l’austérité renforcée. Détruire les peuples pour sauver l’euro. Normal, car les crises grecques et belges sont des étapes de la crise du capitalisme global. Seul l’accord des deux nations, Allemagne et France permettra de maintenir l’unité belge. Autrement, la désintégration de l’Europe (et de la France) risque de suivre. La puissance française est indispensable pour équilibrer la puissance allemande et lui offrir une alternative à la tutelle des Etats-Unis. Ceux-ci ne supportent pas l’idée d’une alliance franco-allemande qui échapperait à leur contrôle. Ils ont torpillé l’accord de Gaulle- Adenauer en quelques jours et ont pris soin que ça ne se reproduise pas. Mais il y a eu l’axe Paris-Berlin- Moscou en 2003. L’Allemagne joue-t-elle pour son compte propre dans la crise belge, en soutenant les flamands contre les francophones ? L’histoire récente permet d’en douter. Les anglo-saxons ont imposé les conditions de sa réunification, avec Mitterrand comme courtier. Après, elle a du payer (avec le Japon, le Koweït, l’Arabie) la note surfacturée de la première guerre du Golfe. Elle a entrepris le démantèlement de la Yougoslavie ? Ce fut pour ouvrir la voie aux bombardiers américains qui détruisirent la Serbie et imposèrent les régimes terroristes islamistes en Albanie et Bosnie. L’administration Clinton a soutenu tous les terrorismes intégristes, de l’Algérie à l’Indonésie afin de détruire les Etats pétroliers. Merkel impose le FMI comme prêteur à la Grèce en sachant bien qu’il s’agit de l’œil de Washington. L’impérialisme anglo-saxon s’est spécialisé dans les techniques de désintégration des Etats. Celle de la Belgique est un cas particulier, qui risque de faire exploser (volontairement ?) les pays européens. Seule une véritable volonté française semble capable d’inverser cette logique de destruction. Etre ou ne pas être ?

      ARF


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