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Les attentats de Paris doivent être l’occasion d’une restauration de nos intérêts nationaux
par Karine Bechet-Golovko

dimanche 15 novembre 2015, par Comité Valmy


Les attentats de Paris doivent être l’occasion
d’une restauration de nos intérêts nationaux

Les attentats qui se sont produits à Paris dans la nuit du 13 au 14 novembre nous ont tous choqué au plus haut point, nous ont touché au plus profond de nous-même. Le choc passé, reste la douleur et la colère. Et il est à espèrer que cette fois-ci nous n’aurons pas droit à la grand messe politico-nationale stérile, qui comme nous venons de le voir, n’a rien réglé. Les grands élans orchestrés sont magnifiques, une fois.

La configuration du problème est plus large que celle de la bouille traumatisée d’un Président qui devrait commencer à gouverner. Il n’est jamais trop tard et il est vraiment temps. Au minimum, pour en pas laisser la place à un Premier ministre près à tous les extrêmes pour cacher l’impasse de la politique française - et pas seulement - actuelle : soit revenir à l’Etat et gouverner et protéger sa population, soit glisser dans les méandres nauséabonds de la mondialisation douceureuse, dans les profondeurs de laquelle se cache à merveille l’odeur du sang et de la boue.

Bref, replaçons dans leur contexte les évènements tragiques qui ont touché Paris et la civilisation européenne, et non le monde entier. Il y a la guerre contre le terrorisme. Mais les terroristes des uns ne sont pas ceux des autres, comme le montre la Syrie. Il y a la Syrie justement et des conférences qui ont quelques difficultés à déboucher sur des propositions réalistes et constructives. En toile de fond, il y a ce choix récurrent depuis les attentats du 11 septembre : nation ou mondialisation ?

Suite aux attentats, les réactions dans le monde arabes ne se sont pas faites attendre. Et elles étaient très attendues. Et elles furent différentes.

L’Organisation de coopération islamique, qui comprend 57 pays membres condamne les attentats de Paris et appelle à une action concertée contre le terrorisme. Cette organisation se présente sur son site comme une sorte d’ONU du monde musulman, là pour protéger les intérêts des musulmans à travers le monde. Aujourdh’ui, son siège est en Arabie Saoudite et son secrétaire générale est saoudien.

Pour sa part, dans une interview, Bachar el-Assad, profondément touché par les attentats perpétrés à Paris, rappelle que :

"La France ne pourra pas lutter contre le terrorisme tant qu’elle sera alliée au Qatar ou à l’Arabie saoudite."

Et l’on ne peut ne pas faire le parralèle entre le 11 septembre et les attentats de Paris. Des lieux hautement symboliques, des attaques à répétition qui engendrent la panique, la peur et la haine. Mais aussi ce sentiment de la mondialisation du danger et donc de la nécessité d’une réponse toute autant mondialisée.

Le scénario d’une réponse mondialisée

Pourtant, la réponse apportée la première fois n’a permis, à ce jour, qu’à faire progresser les structures terroristes qui sont passées d’Al Quaïda à l’état islamique.

Ce qui est intéressant, c’est que l’action menée par l’état russe en coopération avec l’état syrien, en quelques mois, a montré plus d’efficacité que toute l’agitation antérieure. Et si cela pouvait continuer, la Russie finirait par gagner, comme l’état syrien. Ce que comprend d’ailleurs l’Irak.

Mais les attentats de Paris relancent la donne. L’attaque est censée être perpétrée contre le monde civilisé, Paris capitale de la culture. Donc c’est tout le monde civilisé qui doit répondre. La coalition occidentale devient la coalition civilisée, avec le Quatar et l’Arabie saoudite, pour aller épurer la Syrie du terrorisme. Et Kerry insiste à la conférence de Vienne sur le départ de Bachar el-Assad, qui serait quand même une bonne chose. Finalement, il peut rester, mais le processus politique doit débuter début janvier. Rappelons que la guerre contre l’état islamique ne sera certainement pas terminée alors. Difficile de comprendre ce que peut être un processus politique en situation de guerre.

Deux choses finalement. La première est que la priorité ne doit plus être militaire, mais politique. La deuxième, car ainsi les Etats Unis reprennent la main et sur un terrain qu’ils maîtrisent parfaitement. Les attentats de Paris ont des conséquences inespérées.

Pendant ce temps, alors que les Etats Unis continuent à se dire très préoccupés par la crise des migrants en Europe, comme le déclare encore le Président Obama au sommet du G20 et qu’ils sont prêts à aider la France dans l’enquête des attentats, il faudra bien prendre des décisions locales.

La coopération entre les services de renseignement permet d’avoir une meilleur idée de l’ampleur du danger en Europe. L’Irak a déjà trasmis des informations concernant des cibles potentielles, les renseignements anglais et français coopèrent plus étroitement, etc.

Pour autant, même si la Commission européenne rappelle sur tous les tons que les accords de Schengen ne sont pas en danger. Ils sont en question. Car le réflex en cas de danger est de fermer les frontières. Autrement dit de restaurer l’Etat. Et la question qui se pose est très simple ; s’il est plus efficace de protéger un terriroire en cas de danger imminent, pourquoi est-il plus efficace de protéger un territoire ouvert le reste du temps ?

Car, en fait, soit l’UE est capable de protéger le territoire européen en coopération avec les Etats membres tout le temps, soit les structures européennes en sont incapables. Et nous venons de voir qu’elles en sont incapables. La logique du parapluie américain est inopérant, il faut être capable de se protéger soi-même, sans pour autant refuser une aide ... supplémentaire.

Le scénario d’une réponse étatique

Pour restaurer la capacité de réaction nationale, il est fondamental de replacer la question dans le cadre étatique.

Une réponse étatique ne veut pas dire le rejet d’une coopération entre les Etats concernés par la menace terroriste. Cela signifie la restauration de l’Etat comme structure participant pleinement et souverainement avec d’autres Etats souverains pour défendre des intérêts qu’ils ont en commun et non se mettre au service d’une politique et des intérêts d’un autre état.

C’est la position que veut défendre la Russie lorsque le Président Poutine appelle à une union des forces pour plus d’efficacité. Une coopération qu’il veut dans le cadre de l’ONU et dans le respect du droit international. Et sur le plan politique, l’affaire n’est pas simple. Il suffit de voir les difficultés à mettre en place une liste à l’ONU des organisations terroristes, d’y inclure l’état islamique et de bloquer ses comptes bancaires. Ce à quoi se refusent toujours les Etats Unis.

L’enjeu d’une telle démarche est la restauration d’une réelle coopération entre les pays européens et la Russie. Pour cela, il faudrait que la priorité des dangers géopolitiques soit revue et corrigée. Notamment par l’OTAN, les Etats Unis et l’Angleterre, qui mettent quasiment sur le même pied la Russie et l’état islamique. Il est temps pour eux de se concentrer réellement sur l’état islamique et de fermer le front de l’est.

Finalement, la France a quelques solutions possibles :


- 1.Une course aux discours patriotiques dans un contexte de mondialisation, c’est la voie proposée avec véhémence par le Premier ministre, M.  Valls, qui se voit en guerre, en chef de guerre, en héros national. Il est même prêt à réhabiliter la nation, à bannir en son nom, s’il peut en être l’homme fort. A l’intérieur. Pour le reste, rien ne change. Donc, à l’intérieur, aucune amélioration n’est à attendre, qu’une énième rotation des élites. Car il est impossible de résoudre la question nationale sans repenser le cadre géopolitique des alliances et des dangers.


- 2.Le FBI va aider la France dans son enquête, le grand frère est là, il nous aide, nous protège, nous nous en remettons à lui, il sèche nos pleurs. Il nous laisse éructer, remettre quelques frontières quelques jours, jouer à l’état pour rassurer et se rassurer, tant qu’une réflexion d’ensemble ne risque pas de remettre en cause le réseau d’alliances et "d’obligeances". Dans ce cas de figure, la situation est appelée à se dégrader à terme. Nous continuons à payer pour une politique qui n’est pas celle de nos intérêts nationaux. Intérêts que nous avons troqués alors pour de la tranquilité, mais le moment est venu de payer, car le protecteur en a besoin.


- 3.L’Etat est restauré et se remet à gouverner. Ce qui implique de revoir l’état des relations est-ouest et de recentrer nos intérêts. Y a-t-il aujourd’hui des hommes politiques qui en soient capables ? C’est pourtant la seule solution effective. Car la lutte contre le terrorisme à l’international n’est possible qu’avec une politique nationale forte qui contrôle le flux migratoire à ses frontières, détermine ses priorités et donc est apte à coopérer à l’international, car l’état a une vision claire de la voie à suivre.

Le président de la commission des affaires étragères à la Douma, A. Puchkov, rappelle que quelques heures avant les attentats de Paris, Obama déclarait que le but des Etats Unis avait été de contenir l’état islamique. Maintenant c’était chose faite.

Tout cela laisse songeur sur la pertinence de nos alliances ou plutôt de leur absence. La France ne perdrait rien à revenir à une diplomatie plus classique et donc plus complexe. Mais Fabius n’est pas Colbert et Hollande flotte dans les vêtements d’un Louis XIV appelant au sursaut national.

par Karine Bechet-Golovko
dimanche 15 novembre 2015

Russie politics


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