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Le Sultan Erdogan en guerre contre… la Russie
Par Pepe Escobar

mardi 1er décembre 2015, par Comité Valmy


Le Sultan Erdogan en guerre contre… la Russie

Allons à l’essentiel. L’idée que l’attentat de la Turquie contre un Su-24 russe par un F-16 made in USA a pu être perpétré sans un feu vert ou au moins un soutien pré-arrangé avec Washington invite à laisser son incrédulité au vestiaire.

La Turquie est un simple état vassal, le bras oriental de l’Otan, laquelle est la branche européenne du Pentagone. Le Pentagone a déjà publié un démenti – ce qui, compte tenu de leur spectaculaire record de défaillances stratégiques, ne peut être pris à sa valeur nominale. Plausible, cela aurait pu être un jeu de pouvoir entre les généraux néo-conservateurs qui dirigent le Pentagone, alliés avec une administration Obama infestée de néocons.

Le scénario privilégié est cependant celui d’un vassal turc dirigé par le Sultan Erdogan risquant une mission suicide, de son propre chef, compte tenu de son désespoir actuel.

Voici, en un mot, le raisonnement déformé de M. Erdogan. La tragédie de Paris a été un énorme revers. La France a commencé à discuter d’une étroite collaboration militaire au sein de l’Otan, mais avec la Russie. L’objectif inavoué de Washington a toujours été d’entraîner l’Otan en Syrie. Avec la Turquie, membre de l’Otan, attaquant imprudemment la Russie à l’intérieur du territoire syrien et provoquant ainsi une réponse dure de la Russie, M. Erdogan a pensé qu’il pourrait attirer l’Otan en Syrie, sous le prétexte (article 5) de défendre la Turquie.

Aussi dangereusement Baie des Cochons que cela puisse paraître, cela n’a rien à voir avec la Troisième Guerre mondiale – comme les pourvoyeurs d’apocalypse le braient. Cela tourne simplement autour du fait de savoir si un État qui soutient, finance et arme les nébuleuses salafistes djihadistes est autorisé à détruire les jets russes qui transforment ses actifs rentables en cendres.

Erdogan marié aux truands

Le président Poutine l’a asséné ; c’était un coup de poignard dans le dos. Parce que toutes les preuves sont orientées vers une embuscade : les F-16 auraient effectivement attendu les Su-24. Avec les caméras de télévision turques disponibles pour un maximum d’impact global.

Deux Su-24 se préparaient à frapper un tas de rebelles modérés. Ankara dit qu’ils étaient turkmènes – que les Turcs financent et militarisent. Mais il y a juste un petit groupe de Turkmènes dans le nord de la Syrie.

Les Su-24 étaient en fait, après les Tchétchènes et les Ouzbeks – plus quelques Ouïghours –, entrés en contrebande avec de faux passeports turcs (les services de renseignements chinois sont aussi sur le coup), tous ces éléments fonctionnant en tandem avec un tas de méchants islamo-fascistes turcs. La plupart de ces crétins effectuent des allers-retours entre l’armée syrienne libre (ASL), équipée par la CIA, et Jabhat al-Nusra (al-Qaida). Ce sont ces hommes de main qui ont mitraillé les pilotes russes lorsqu’ils se sont éjectés.

Assumer les conséquences : la Russie va répondre de façon appropriée © REUTERS/ REUTERS TV/HABERTUR

Les Su-24 ne constituaient absolument aucune menace pour la Turquie. La lettre de l’ambassadeur de l’ONU turc Halit Cevik au Conseil de sécurité est une plaisanterie ; deux jets russes « avertis dix fois en cinq minutes » pour changer de direction, les deux volant « plus d’un mile » en Turquie pendant dix-sept secondes interminables. Le tout a déjà été amplement démystifié. Sans oublier que les avions de la Turquie – et de l’Otan – violent la frontière syrienne systématiquement.

Erdogan sait bien à quel point les Américains néoconservateurs étaient livides après que le président français François Hollande, suite à son cri « C’est la guerre », a décidé de travailler avec la Russie contre ISIS / ISIL / Daesh.

Donc, la véritable cible n’était pas le Su-24, mais la possible évolution, après les attentats de Paris, vers une véritable coalition – les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France d’un côté, le 4 + 1 (la Russie, la Syrie, l’Iran, l’Irak ainsi que le Hezbollah) de l’autre – dans un combat commun contre ISIS / ISIL / Daesh.

Où cela laissera-t-il Ankara, qui pendant des années a beaucoup investi dans les nébuleuses salafistes djihadiste, de Jabhat al-Nusra à Ahrar al-Sham et une myriade d’autres, culminant avec la complicité et même le financement d’ISIS / ISIL / Daesh ?

La Turquie, pour un tas de raisons pratiques, a été un endroit commode pour l’infrastructure tentaculaire salafiste djihadiste et ses centres logistiques ; elle offre tous les avantages : depuis des frontières poreuses facilitant à d’innombrables djihadistes le retour de Syrie en Europe, organisé par des policiers corrompus, jusqu’à la croisée des chemins pour toutes sortes de contrebandes et d’importantes opérations de blanchiment d’argent.

Donc Ankara a pensé qu’un missile pourrait changer complètement le cours des événements.

Mais pas vraiment. Il suffit de suivre l’argent. Même aux États-Unis et en Europe le jeu turc est de plus en plus transparent. Un document de recherche de l’Université de Columbia détaille au moins une fraction des multiples collusions entre la Turquie et ISIS / ISIL / Daesh.

Bilal Erdogan, le fils du Sultan, est un profiteur majeur du trafic illégal de pétrole irakien et syrien volé. Imaginez sa terreur quand Poutine a révélé aux dirigeants du G20 à Antalya – en territoire turc ! – que les services de renseignements russes avaient identifié la plupart des connexions du labyrinthe de truands amenant directement à ISIS / ISIL / Daesh.

Imaginez les sentiments des trafiquants turcs à l’idée de perdre leur culotte en ne pouvant plus revendre le pétrole, volé à la Syrie, à hauteur de $50 millions par mois. Après tout la force aérienne russe avait déjà détruit les raffineries et la plupart des plus de 1 000 camions-citernes ; imaginez les truands – faisant leurs comptes – à la perspective de perdre la totalité du flux de pétrole, d’argent, et voyant leur entreprise Contrebande & Cie éparpillée dans le désert sans aucun endroit où aller.

Et nous pratiquons aussi l’extorsion

Le commandement de l’Otan nous prépare sûrement une bonne tranche de rigolade – rappelez-vous seulement les plus grands tubes du Dr Folamour-général Philip Breedlove et sa rengaine sur l’agression russe. Mais les généraux ne sont pas tous stupides. L’Otan n’ira pas en guerre contre la Russie pour un simple vassal. Et la Russie ne fournira pas de prétexte à l’Otan pour la guerre.

Dans l’arène du Grand Pouvoir Politique, nous assistons certainement maintenant au retour post-moderne de la tension historique entre les empires russe et ottoman. Mais qui va prendre son temps, lentement. La réponse russe sera directe, froide, calculée, vaste, rapide – et surtout inattendue. Aucune de ces réponses n’impliquera une carte blanche pour autoriser les rebelles modérés à s’armer en Syrie indéfiniment.

Ce qui est certain est que la Russie bombarde en mode turbo tous les couloirs d’approvisionnement d’ISIS / ISIL / Daesh de la Turquie vers le nord de la Syrie, ainsi que les filières de contrebande de pétrole volé du nord de la Syrie vers la Turquie.

La Turquie ne veut pas rompre les liens avec la Russie selon le Premier ministre turc © Flickr / tinou bao

La Russie peut jouer avec beaucoup d’options pour augmenter la pression. Par exemple, les systèmes de défense aérienne S-300 et S-400 couvrant la frontière turco-syrienne. Ce serait une partie de la zone d’exclusion aérienne russe en Syrie, approuvée par Damas, pour tout chasseur volant sans la permission explicite du gouvernement. Le sultan n’oserait pas violer cet espace.

Le pari désespéré d’Erdogan révèle que la dernière chose que veut Ankara est le succès du processus de paix de Vienne sur la Syrie. Pour lui Assad doit partir est non négociable – pour une série de raisons : géopolitique (néo-ottomanisme), politique (la nécessité d’une satrapie syrienne docile à majorité sunnite) et économique (le gazoduc voulu par le Qatar traversant la Syrie jusqu’en Turquie.)

Et tout cela est sur le point de s’envenimer. Non seulement un labyrinthe de truands turcs complices profite grassement des affaires avec ISIS / ISIL / Daesh et d’autres représentants de Djihad & Cie ; mais Ankara lui-même est mouillé dans le business d’extorsion de fonds. Et la victime consentante est – qui donc ? – l’Europe.

La chancelière allemande Angela Merkel a dû aller baiser les pieds du sultan à Ankara pour pouvoir – peut être – sauver sa politique d’asile pour les réfugiés. Erdogan est venu avec l’offre proverbiale que vous ne pouvez pas refuser. Vous voulez que je garde les réfugiés ici ? Alors donnez-moi seulement 3 milliards d’euros ; dégelez le dossier d’adhésion de la Turquie à l’UE (devinez quelle est la nation importante qui s’y oppose : la France) ; et laissez-moi avoir ma zone de sécurité à la frontière turco-syrienne.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, l’Europe a marché. La Commission européenne (CE) vient de donner à Erdogan les 3 milliards d’euros. Il commence à encaisser le 1er janvier 2016. Le baratin officiel dit que ces fonds participent aux « efforts pour résoudre la crise de l’immigration ». Le premier vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, enthousiasmé, a décrit la prétendue Aide aux réfugiés comme « un soutien pour améliorer encore la vie quotidienne et les conditions socio-économiques des Syriens cherchant refuge en Turquie ».

Ne vous attendez pas à voir la Commission européenne surveiller la façon dont l’argent va disparaître dans le labyrinthe des truands – ou sera utilisé pour militariser encore plus les rebelles modérés.

Erdogan n’a rien à cirer des réfugiés. Ce qu’il veut, c’est sa zone de sécurité, et non pas en Turquie, mais à 35 km de profondeur dans le nord de la Syrie, à l’abri de l’Armée arabe syrienne (AAS), des milices sous commandement iranien, des forces du Hezbollah et surtout de la force aérienne russe. Il veut sa zone d’exclusion aérienne et il veut que l’Otan la lui offre.

Erdogan est en mission pour Dieu – du moins dans sa version Allah. La chute du Su-24 est tout simplement le préambule. Préparez-vous : 2016 promet un bang encore plus grand.

Par Pepe Escobar – Le 25 novembre 2015 – Source sputniknews

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009) et le petit dernier,Empire of Chaos (Nimble Books).

Traduit par le Saker Francophone


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