COMITE VALMY

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LES JOURS D’APRÈS : GUERRE, ONU ET AUTRES BRUITS…
par Richard Labévière

L’Envers des Cartes du 7 décembre 2015

lundi 7 décembre 2015, par Comité Valmy


Fabius doit partir (Comité Valmy)

LES JOURS D’APRÈS : GUERRE, ONU ET AUTRES BRUITS…

La guerre, c’est comme la raison dans l’Histoire de Hegel : elle peut conduire à quelques contretemps rusés, imprévisibles, surprenants… Ainsi, apprend-on dans Le Monde du 5 décembre – qui, pour une fois, fait son métier d’informer sous l’excellente plume de Nathalie Guibert1 -, que les chasseurs français – engagés dans les cieux irako-syriens -, manquent de bombes… parce que « Paris a cédé une bonne partie de ses stocks de munitions à… l’Arabie saoudite pour soutenir le royaume dans sa guerre contre les rebelles chi’ites au Yémen ». En principe, quand on déclare la guerre, on s’y prépare ! Malheureusement, là-encore, l’improvisation et la « com » pressée ont, semble-t-il, prévalu sur l’anticipation et la planification stratégiques, comme si l’envoi du Charles-de-Gaulle en Méditerranée pourrait atténuer le fiasco annoncé des élections régionales…

Nous avons déjà eu l’occasion de l’écrire dans les colonnes de prochetmoyen-orient.ch : François Hollande écoute trop ses jeunes communicants, le nez rivé sur l’horizon 2017. En déclarant la guerre à Dae’ch, l’Elysée commet une triple erreur : il saute à pieds joints dans le piège tendu par des jihadistes voulant, sinon être reconnus comme « Etat », du moins cherchant à délocaliser et internationaliser leurs capacités de nuisances pour s’imposer comme acteur à part entière des relations internationales ; cette posture guerrière, qui a inspiré les deux mandats de George W. Bush, a, – on ne le sait que trop -, aggravé le mal qu’elle était censée combattre. Ses inévitables « dommages collatéraux » ont évidemment ressoudé des factions jihadistes concurrentes dans un front commun opposé à des opérations militaires « occidentales » perçues comme une nouvelle « croisade » ; enfin, résultat des courses : aujourd’hui les ambassades américaines, dans le monde entier, ont dû se transformer en bunkers retranchés et les touristes américains – devenus des cibles potentielles – se voient interdire de nombreuses destinations du monde mondialisé ne cessant de se rétrécir…

Par conséquent, la « guerre » de François Hollande ne manquera pas de produire les mêmes effets que celles de George Bush, prolongées de manière différente par les deux administrations Obama . Certes, ces conséquences seront proportionnées aux agissements du « Petit Satan » français, mais si Washington doit se préoccuper essentiellement de la sécurité de ses chancelleries et compatriotes voyageurs, la France éternelle dispose, en plus, de nombreux lycées et Instituts culturels français qui risquent aussi d’être ciblés… Dans tous les cas de figures, une chose est sûre : on sait toujours dans quelles conditions on déclare une guerre, on ne sait jamais où elle nous mènera, quand et comment elle s’épuisera… d’autant que ce discours pressé de la guerre engendre d’autres confusions toutes aussi dommageables : était-il judicieux de rendre un hommage aux victimes du 13 novembre dans la grande cour de l’hôtel des Invalides, en ce lieu spécifique – en principe – réservé à nos soldats morts en mission au service de la France ? Une cérémonie place de la République – lieu de mémoire des luttes révolutionnaires et des avancées constitutionnelles de notre pays – n’eût-elle pas été plus appropriée ? Il est vrai qu’à confondre les amateurs de rock du Bataclan et les consommateurs des terrasses de nos bars parisiens avec les militaires tombés au champ d’honneur à Uzbin en Afghanistan, au Mali et sur bien d’autres fronts, on accentue encore la confusion des genres dans une société qui a déjà trop tendance à promouvoir l’anomie postmoderne : tout est dans tout et réciproquement. René Descartes, relève-toi, ils sont devenus fous !

Plus grave encore : pour consolider l’effort de guerre français en Syrie, quelques brillants cerveaux du cabinet du ministre de la Défense songent sérieusement à dégarnir le dispositif « Barkhane » déployé au Sahel… Inutile d’insister davantage sur la différence comparative de proximité géographique des deux théâtres et leurs impacts sur les divers intérêts de la France en Afrique ! Et cette idée fort « déraisonnable » germe au moment même où les experts les plus sérieux considèrent que la menace Dae’ch se reconfigure sur les côtes libyennes (dans la région de Syrte) aux mains de jihadistes revendiquant le parrainage de l’organisation « Etat islamique » et dans le Fezzan, (sud de la Libye), le long d’une ligne allant de Sebbah à Gât, à la hauteur de Djanet sur la frontière algérienne…

Qu’en est-il, enfin, de cette « guerre » vue des différentes capitales de nos « alliés » européens ? L’opinion publique et la presse allemandes sont résolument contre. Les Britanniques – engagés dans la campagne du référendum sur leur maintien ou leur sortie de l’Union européenne – donnent quelques gages de solidarité. Celle-ci correspond davantage à leurs obligations otaniennes qu’à un véritable appui à la guerre de Paris ! Ne parlons pas des Méditerranéens qui regardent le ciel et des anciens pays de l’Est : ces derniers ne feront que ce que leur commandera Washington… tandis qu’Obama surveille son François comme le lait sur le feu pour qu’il s’en tienne à une simple « coordination » avec Moscou. Comme prochetmoyen-orient.ch le soulignait la semaine dernière, cette drôle de guerre est d’abord pilotée par l’OTAN ! Le secrétaire d’Etat américain vient de téléphoner personnellement à chaque membre de l’Alliance atlantique pour leur communiquer les consignes, sinon les ordres de Washington : aider la France, mais pas trop…

Et sur le plan du droit international ? Vladimir Poutine n’a pas tort de rappeler à tous les Occidentaux que l’engagement militaire russe est le seul à être juridiquement conforme, puisque Moscou intervient à la demande du gouvernement syrien légal ! Mais que fait l’ONU ? Paris s’est dernièrement félicité de l’adoption à l’unanimité du Conseil de sécurité de sa résolution 2269, estimant qu’elle « permet de mettre en œuvre tout ce qui est nécessaire » à une lutte efficace contre l’organisation « Etat islamique ». C’est aller un peu vite en besogne et oublier que cette résolution ne s’inscrit pas sous le chapitre VII de la Charte, autorisant le recours à la force militaire. On replonge dans les ambiguïtés de la résolution 1973 concernant la Libye, adoptée le 17 mars 2011 par le Conseil de sécurité (l’Allemagne, la Russie, la Chine s’étant abstenues) au nom de la « responsabilité de protéger », le nouveau nom pudique de l’ingérence humanitaire de Bernard Kouchner…

Cette résolution – sous chapitre VII – fait jurisprudence, d’une certaine manière, en matière de malentendu diplomatique. En effet, le texte recommandait strictement deux choses : la création d’une zone d’exclusion aérienne et l’acheminement d’une aide humanitaire à destination des populations civiles à « protéger ». Sur cette base pourtant très précise, Nicolas Sarkozy et David Cameron décidaient néanmoins de déclencher unilatéralement une guerre contre les forces de Mouammar Kadhafi avec l’aval de Washington et de l’OTAN. L’opération Harmattan devait aboutir au lynchage du bouillant colonel, le 20 octobre 2011 dans les environs de Syrte, sa ville natale. Dès le départ, cette opération militaire était engagée par une France et une Grande-Bretagne se rangeant aux côtés de la rébellion libyenne et poursuivant un objectif parfaitement clair de « regime change ». Cette interprétation déviée de la résolution 1973 devait déclencher l’ire de Moscou et Pékin, jurant qu’ils ne se laisseraient plus jamais reprendre et berner par l’agenda caché d’ingérences humanitaires new-look, destinées à reconfigurer le monde en fonction des intérêts occidentaux.

Depuis cet épisode glorieux, qui a ouvert la boîte de pandore de tous les jihadismes sahélo-sahariens, le Conseil de sécurité est bloqué comme au plus beau temps de la Guerre froide ! Il faut dire que le secrétaire général de l’ONU – Ban Ki-Moon – n’est pas vraiment un avion à réaction… « Ban » pour les intimes, mais que nombre de fonctionnaires onusiens ont surnommé « l’ahuri des petits matins légers », avait été choisi par les Américains, assurés ainsi de marginaliser encore un plus l’organisation mondiale en la confiant à un personnage des plus falots. L’usage voulait que le secrétaire général soit aussi francophone. Le prédécesseur – Kofi Annan – faisait quelques efforts pour donner le change tandis que Ban est absolument incapable d’articuler un mot de français et qu’il reste souvent incompréhensible en anglais improvisé lorsqu’il a l’imprudence ou la nécessité de sortir des discours préparés par son équipe. Heureusement que quelques hauts fonctionnaires et diplomates de terrain sauvent l’honneur de cette organisation universelle qui, malgré toutes ses faiblesses, reste indispensable. On songe notamment à feu Sergio de Mello, assassiné à Bagdad le 29 août 2003, à son ancien numéro deux, le tunisien Kamel Morjane et à bien d’autres travaillant aux progrès de la régulation d’un monde multipolaire de plus en plus complexe et dangereux. Représentant spécial des Nations unies pour la Syrie, le diplomate Staffan de Mistura est de ceux-là, effectuant un travail remarquable dans sa recherche d’une situation politique à la crise. Depuis plus d’un an, il répète avec courage et détermination que « Bachar fait partie de la solution… »

Et pourtant, malgré l’obstination de ces laboureurs de la mer, le fait est que l’ONU n’a guère brillé durant toute cette séquence terroriste, des attentats du 11 septembre 2001 jusqu’à aujourd’hui. Les différentes résolutions des Nations unies (Conseil, Assemblée générale et Commission des droits de l’homme) adoptées, notamment en matière de lutte contre le financement, n’ont pas connu le plus petit début de mise en œuvre pratique. Depuis plusieurs décennies, l’Arabie saoudite – comme le Qatar et le Koweït – affichent leur volonté de coopération anti-terroriste en matière de lutte contre le financement, mais en répétant que la provenance de la « zakat » – l’impôt religieux – doit rester anonyme tout comme ses multiples usages qui vont de l’aide d’ONGs chargées de promouvoir le wahhabisme dans le monde jusqu’au soutien des factions armées les plus radicales de l’Islam sunnite : Al-Qaïda, Aqmi, Jabhat al-Nosra et Dae’ch…

Autres bruits : on commence à voir la presse parisienne admettre du bout des lèvres que, si les mosquées salafistes de France, voir d’autres crèmeries des Frères musulmans, n’ont pas été fermées au lendemain de l’affaire Merah et même après les attentats de janvier 2015, c’est justement parce que ces officines étaient clairement financées et soutenues par Riyad… Il ne fallait pas indisposer le royaume avant des passations de marché vitales pour les sociétés du CAC-40. En la matière, on peut difficilement avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière, mais c’est pourtant l’option choisie par Laurent Fabius qui a tout mis en œuvre au service de sa « politique sunnite » de la France ! Après l’affaire du sang contaminé, il se pourrait bien que les familles des attentats du 13 novembre viennent, un de ces jours, lui demander des comptes.

Et comme s’il anticipait ces funestes présages, l’actuel patron de la diplomatie française a demandé, toutes affaires cessantes, au chef du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du Quai d’Orsay de multiplier notes, articles et réunions pour justifier quelques unes de ses obsessions : Bachar n’a pas le droit d’être sur terre ou les Saoudiens sont très, très gentils, etc. Dans l’une des dernières productions du CAPS, on peut lire qu’il ne faut pas confondre wahhabisme et salafisme. Comprenons que l’Arabie saoudite et sa doctrine officielle wahhabite ne sont en rien responsables de la radicalisation de l’Islam sunnite. Dans le même ordre d’idées, quelques « experts » d’ANMO – la direction régionale Afrique-du-Nord-Moyen-Orient – continuent sans rire, de considérer que les « p’tits gars de Nosra (Al-Qaïda en Syrie) font du bon boulot au nom d’une introuvable « opposition modérée », laïque, voire démocratique.

Voilà qui n’est pas vraiment rassurant pour l’avenir du Conseil constitutionnel ! Laurent Fabius devrait en prendre les manettes après le remaniement ministériel qui ne manquera pas de suivre le résultat des élections régionales de cette fin d’année… Dieu est vraiment le plus grand !

Richard Labévière
7 décembre 2015

1 Nathalie Guibert : Les non-dits de l’opération « Chammal » en Irak et en Syrie. Le Monde du 5 décembre 2015.

Proche&Moyen-Orient.ch
Observatoire Géostratégique


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