COMITE VALMY

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Khodorkovsky 3.0
par Karine Bechet-Golovko

mardi 22 décembre 2015, par Comité Valmy


Khodorkovsky 3.0

L’oligarque russe amnestié par le Président V. Poutine repart en guerre, depuis Londres. Pour autant, tout parallèle avec d’autres hommes célèbres en d’autres temps serait déplacé, l’exil suite à des détournements de fonds et une fraude fiscale à grande échelle n’étant pas au niveau des revendications politiques.

Car celui qu’il est convenu d’appeler "l’opposant" Khodorkovsky - il est vrai que ça sonne mieux que "l’oligarque" - en arrive à appeler à la Révolution populaire contre le pouvoir illégitime de Poutine. Ce même Khodorkovsky qui soutient le putsch ukrainien.

Donc, on reprend les mêmes et on recommence. Mais pourquoi justement maintenant cette sortie tonitruante ?

Je ne sais pas pour vous, mais il commençait à me manquer. Depuis sa libération, plus de textes ditiranbiques sur l’avenir libéral de la Russie, ses richesses, le patriotisme. Il avait manifestement perdu sa plume, enfin celui qui la tenait, lors de son départ de Russie vers des cieux plus cléments.

Et alors qu’il tentait de donner une image de patriote repenti mais libéral lors de son incarcération, le masque tombe, les habitudes reviennent et l’on retrouve une diatribe beaucoup plus agressive, qui lui semble d’auntant plus naturelle. Bref, changement de nègre, changement de ton.

La pièce se joue en trois actes. Tout d’abord, la conférence de presse on-line avec les journalistes réunis dans les locaux moscovites de son Fond "Russie ouverte", Fond devant favoriser la voie "pro-européenne" pour la Russie. Ca vous rappelle quelque chose ? Moi aussi ... Mais voyons plus loin, ne soyons pas esclaves de

certains préjugés déplacés. Donc voici la conférence de presse en totalité :

Pour faire court, sa mère est décédée des suites de sa maladie, le temps de condamnation est passé, il est libre de faire de la politique. Ainsi, il annonce officiellement son retour en politique. Contre V. Poutine, l’ennemi public N°1, sans même avoir la reconnaissance du ventre. Ou peut être justement à cause de la reconnaissance du ventre.

Et pour être certain d’être bien compris, sur son blog aux Echos de Moscou, une version écrite de la conférence. Comment ça nous sommes aboslument sûrs d’avoir bien entendus :

Le régime de V. Poutine est illégitime, car il est resté illégalement au pouvoir. Sa politique de copinage et de protection mène la Russie au péril. Il fait la guerre à tout le monde, l’Ukraine et la Turquie. Et est donc responsable des sanctions prises contre la Russie, des problèmes du secteur bancaire, de l’économie, de la baisse du niveau de vie de la population...

Donc le seul moyen d’en sortir : la révolution. Pour refonder un autre système constitutionnel, libéral, avec l’indépendance de la justice, sans corruption. Un système pro-européen. Amen.

Venez à moi chères brebis, c’est l’heure du rituel sacrificiel - ça il ne le dit pas.

Suite à quoi, quelle surprise, la Procurature a trouvé dans ses paroles des éléments d’extrémisme, impliquant le changement par la force du régime constitutionnel. Elle a donc saisi le Comité d’enquête qui doit vérifier les faits. Le Comité d’enquête a convoqué M. Khodorkovsky. Celui-ci a immédiatement affirmé qu’il est hors de question qu’il se rende en Russie ou qu’il se fasse même représenté. Un avis de recherche international a donc été lancé.

Dans la presse, le 11 décembre, est apparu l’information selon laquelle M. Khodorkovsky est lié au meurtre du maire de Nefteiougansk en 1998, petite ville de Sibérie, où Khodorkovsky/ YUKOS détenait la raffinerie qui faisait la pluie et le beau temps dans la région. De proches collaborateurs de Khodorkovsky furent interpellés et condamnés pour ce meurtre, mais l’affaire était restée ouverte, tous les éléments n’étant pas encore connus. Des poursuites sont lancées contre lui pour organisation de meurtres. Des faits nouveaux seraient apparus. La porte-parole de Khodorkovsky dit que, pour lui ,ce n’est qu’une farce.

L’on pourrait se dire que le Comité d’enquête fait ressortir des faits qui ne sont pas inconnus depuis longtemps au moment qu’il juge opportun. Bref, l’on peut assez facilement trouver un fondement politique à cette action.

Ce n’est pas à écarter. Mais il faut tenir compte aussi des dates. Le 8 décembre, M. Khodorkovsky a annoncé avoir reçu (quand concrètement on ne sait pas) une convocation envoyée par le Comité d’enquête (donc avant encore) à propos de son implication dans le meurtre de Vladimir Petoukhov, maire de Nefteiougansk. Donc tout cela est antérieur à la conférence de presse et à l’article tonitruant sur les Echos de Moscou.

Du coup nous sommes en droit de nous demander si ce n’est n’est pas en fait l’article et l’appel à la révolution, un peu fort vue sa situation, qui ne servent pas à couvrir d’autres faits, banalement criminels. La question reste ouverte.

Karine Bechet-Golovko
lundi 14 décembre 2015

Russie politics


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