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Le nouveau crime d’Israël indigne mais n’étonne pas - par Domenico Losurdo

mardi 1er juin 2010, par Comité Valmy


Voir en ligne : Hedy Epstein, un membre de la flotille qui tire les leçons de l’holocauste.

Hédy Epstein 85 ans, militante de la flotille de la Liberté

Chroniques de l’Empire, n°3

Le nouveau crime d’Israël indigne mais n’étonne pas

Le crime perpétré par Israël dans des eaux internationales, contre des pacifistes engagés à porter secours aux prisonniers enfermés dans cet immense camp de concentration qu’est désormais Gaza, peut et doit indigner, mais il ne peut pas nous étonner : il y a longtemps que le gouvernement de Tel Aviv montre combien il est décidé à frapper par la terreur non seulement les victimes directes de son expansionnisme colonial mais même ceux qui osent exprimer leur solidarité avec les victimes et qui, d’une façon ou d’une autre, entravent le terrible machine de guerre et d’oppression à laquelle les bourreaux ont recours.

La thèse selon laquelle les pacifistes étaient armés et donc méritaient leur mort est le pendant de cette autre selon laquelle c’était une obligation morale de déclencher l’opération Shock and awe (Frappe et terrorise !) contre l’Irak de Saddam Hussein, coupable de détenir des armes de destruction de masse ! La solidarité et la complicité de fond qui lient Israël et les Etats-Unis se révèlent aussi dans l’art de la manipulation, et elles ne sont pas substantiellement entamées par l’alternance des divers locataires de la Maison Blanche.

C’est une manipulation qui, si elle n’est pas ouvertement encouragée, n’est certes pas entravée par la grande presse d’ « information ». Ces temps derniers, en Palestine comme dans certains secteurs de l’Occident, est en train de se développer une forme nouvelle de lutte : elle consiste dans le boycott des marchandises produites par des colons qui, en violation flagrante du droit international et des droits de l’homme, continuent à s’étendre dans les territoires occupés. C’était l’occasion, pour ceux qui n’ont de cesse de condamner la « violence » de la résistance, de saluer cette forme de lutte typiquement non-violente qu’est le boycott. Et pourtant c’est le contraire qui s’est produit. Sur le « Corriere della Sera », Furio Colombo et quelques autres se sont empressés ces derniers jours de juger que le boycott des exportations israéliennes provenant des territoires illégalement occupés fait penser aux mesures prises à l’époque par l’Allemagne nazie contre les magasins de propriété juive.

Qu’en est-il en réalité ? Comme je l’ai rappelé dans mon dernier livre (La non-violenza. Una storia fuori dal mito, Laterza Editori ), les peuples opprimés, et en premier lieu les peuples colonisés ont constamment eu recours au boycott. C’est un instrument de lutte que, pour nous limiter au 20ème siècle, nous voyons à l’œuvre en Chine, au cours de la protestation organisée par le mouvement du 4 mai (1919), contre la prétention du Japon, encouragée ou tolérée par les autres puissances impérialistes, d’imposer son protectorat sur le grand pays asiatique. Une dizaine d’années plus tard, au boycott des tissus succède en Inde le boycott des produits de l’industrie anglaise. Dans ce cas, c’est le mouvement inspiré et dirigé par Gandhi qui conduit l’agitation : « Des femmes faisaient le piquet régulièrement devant les magasins où étaient vendus des vêtements produits en Grande-Bretagne. Elles suivaient les autres femmes qui sortaient des magasins et essayaient de les persuader d’aller rendre leurs achats ». Quelques années plus tard, c’est la communauté juive internationale qui suggère le boycott des marchandises allemandes en riposte à la fureur antisémite de Hitler. C’est sur cette tradition que repose le mouvement qui cherche aujourd’hui à toucher les marchandises produites uniquement grâce à un expansionnisme colonial inhumain dans les territoires palestiniens occupés.

Bien sûr, dès l’origine le régime nazi s’est engagé à étrangler l’activité commerciale et industrielle des juifs allemands, et à les priver de leurs légitimes propriétés. Mais tout cela n’a rien à voir avec le boycott (instrument traditionnel des peuples opprimés), mais bien avec l’usage terroriste du pouvoir politique. Si l’on veut chercher une analogie, il faut alors se référer aux mesures qui touchent aujourd’hui les palestiniens, expropriés de leurs maisons, de leurs terres, de leurs oliveraies, et mis de plus en plus dans l’impossibilité de mener une vie humaine digne de ce nom.

La condamnation, la criminalisation même, que le pouvoir et l’idéologie dominants font aussi de la lutte non-violente contre le colonialisme sioniste, est la confirmation, malgré quelques moments d’embarras et d’apparente prise de distance, de la volonté de Washington et de Bruxelles de laisser impunis les crimes d’Israël, même ceux commis dans des eaux internationales, et de condamner au contraire d’une façon ou d’une autre toute forme de résistance du peuple palestinien.

Sur le versant opposé, c’est une obligation morale de tout démocrate, anticolonialiste et antifasciste, de se solidariser avec la résistance palestinienne (et arabe et musulmane) contre l’impérialisme et contre le colonialisme. Il revient à la résistance palestinienne de décider et de choisir les formes de lutte. C’est dans cet esprit que samedi dernier 29 mai j’ai participé à Florence à une importante et combative manifestation qui s’est tenue autour de Ali Fayyad, membre du Parlement libanais et représentant de premier plan de ce grand mouvement de libération nationale qu’est le Hezbollah.

Domenico Losurdo

http://domenicolosurdo.blogspot.com/

1) La non-violence. Une histoire hors du mythe. Editions Laterza, mars 2010 (Rome- Bari). Non traduit.

1 Message

  • Apres la destruction du mur de Berlin et la construction du mur d’Israel ne finissons pas dans celui des lamentations et voyons tout cela d’un point de vu mondialiste : Pendant un temps ce fut la réussite totale du systeme capitaliste ( les US des sixties) puis l’écroulement du systeme communiste en union soviétique ( les enfants de Nicolas deux sont vengés ?) Fort heureusement il est possible dans un seul et même pays : la Chine, d’attribuer le pire du communisme au gros de la population prévu pour la misere et de choyer une frange tres réduite de celle ci avec le meilleur du capitalisme le plus libéral ! Tout espoir n’est donc pas mort !Pour ce qui est de l’Europe : nous assistons à la marche du ’’turn over Européen de la destruction des acquis sociaux ’’ avec l’aide de Goldmens (Sach ou pas)dont la situation dramatique de la Grece n’est qu’une tête de pont avant l’attaque sur le reste de l’Europe , toujours au service du Nouvel ordre mondial !

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