COMITE VALMY

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La nation à l’heure de la révolution numérique
par Yvan Lavallée

vendredi 15 janvier 2016, par Comité Valmy


Voir en ligne : La Nation, la République et la question sociale au cœur du problème européen. CB

La nation à l’heure de la révolution numérique

Il s’agit ici pour moi et les camarades intéressés, d’initier une réflexion sur la nation à l’époque de la révolution numérique et du village mondial.

A l’heure où les forces fascisantes s’emparent de ce thème trop longtemps délaissé par le mouvement révolutionnaire écartelé entre un internationalisme mal digéré qui se traduit par une difficulté à remettre en cause l’Europe actuelle et la nécessité de construire une riposte de classe et de masse du peuple de France, il m’a paru nécessaire de lancer cette réflexion.

Il s’agit ici de renouveler le travail théorique marxiste sur le présent et sur l’avenir, sur le relais de la bourgeoisie par le prolétariat dans l’exigence de direction des groupes et plus particulièrement ici de l’Etat-nation français conçu comme mode et lieu d’expression de la souveraineté populaire, en articulation avec les autres nations d’Europe et du monde.

Par conséquent, je livre ici un premier texte nettement insuffisant mais destiné à ouvrir la discussion, ne serait-ce que par ses manques.

Rappelons ici la définition marxiste historique de la Nation :

La nation est une communauté stable, historiquement constituée, de langue, de territoire, de vie économique et de formation psychique qui se traduit dans la communauté de culture. Il va de soi que la nation, comme tout phénomène historique est soumise aux lois de l’évolution, à son histoire, un commencement et une fin.

Il est nécessaire de mentionner de plus qu’aucun des indices mentionnés, pris isolément, ne suffit à définir la nation. Bien plus : l’absence même d’un seul de ces indices suffit pour que la nation cesse d’être nation[i].

Les nations occidentales sont en fait des états-nations, la France en étant peut-être l’exemple historique le plus achevé, elles se sont constituées comme forme sociale permettant le fonctionnement de la structure capitaliste et de la gestion de ses contradictions à l’aide de l’Etat. Cette construction ne s’est pas faite à partir de rien, mais à partir d’un état existant, un territoire, et un peuple, lui même héritier de son histoire et façonné par elle. La nation vue ainsi, combine sur un territoire et dans un cadre technique donnés –niveau de développement des forces productives- une activité de production et de consommation exercée par une population divisée en classes du fait des rapports de production et de propriété. La nation, par son caractère de classe, par l’histoire dont elle hérite et est porteuse est donc par définition porteuse de contradictions et de conflits. Elle est homogénéisée par les institutions représentées par l’État qui est une forme historique concentrée des rapports sociaux et une matérialisation de l’unité sociale. L’État est la forme d’organisation qui permet l’homogénéisation de la nation, que ce soit par le droit, la force brutale ou l’idéologie, ou un combiné des trois. Bien que le capitalisme soit commercialement mondialisé depuis plusieurs siècles, la nation peut-être interprétée comme une étape dans l’histoire de l’enracinement territorial de la production, de la consommation et des techniques. Les fonctions de production et de consommation ont été mises en œuvre de façon différenciée dans l’espace mondial par des bourgeoisies autonomisées au sein de nations. Ces bourgeoisies ont eu besoin de la force de frappe qu’elles représentaient, pour se consolider, se développer de manière interne et mener entre elles, sur le fondement de nations, la concurrence microéconomique des capitaux.

L’émergence des nations s’est produite avec le capitalisme, c’est l’unification du territoire et la libre circulation (abrogation des octrois), suppression des fiefs et des régions féodales, unification du droit. La nation apparaît ainsi en première analyse comme une forme sociale capitaliste, les classes exploitées, sans toutefois remettre en cause la domination du capital, ont pu par leurs luttes investir les infrastructures de production et de financement de la nation (services publics, nationalisations) tout en améliorant sensiblement leurs positions dans la consommation individuelle et collective. Sur la base même de la citoyenneté mise en place par la bourgeoisie, la classe prolétarienne, couches populaires et couches moyennes ont conquis une place dans la nation, contribuant ainsi à la réorientation du format capitaliste initial du phénomène national. De larges fractions de la population se sont appropriées le fait national, qu’elles ont contribué à démocratiser et à défendre (par exemple, l’adoption du programme du CNR à la libération). En quelque sorte, la nation a joué au plan politique et économique le même rôle que la raison au plan de la connaissance. Toutes deux « inventées » par la bourgeoisie, elles ont été transformées par les luttes en armes de sa critique. C’est ce qui fait que la nation est une forme sociale moderne et progressiste, potentiellement appropriable par les classes exploitées. Elle peut devenir le terrain privilégié de création sociale et devenir ainsi un bien collectif.

Au sein de la nation, la population devient la population-nation, les entreprises fonctionnent comme entreprises-nation, et l’État s’entend comme État-nation. Cette formulation permet de comprendre que tel ou tel élément d’une formation sociale puisse continuer d’y exister avec la même apparence que précédemment, sans le même contenu cependant. Il est clair, par exemple, que la forme actuelle de l’État tend à ne plus être celle de l’État-nation mais celle de l’État-Concurrentiel.

Voir aussi :http://projet.pcf.fr/69839

[i] Joseph Staline Le marxisme et la question nationale et coloniale (1913) Editions sociales 1950.


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