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Négociations à Genève sur la Syrie :
l’alliance Iran Syrie à l’épreuve
Claude Van Engeland

mercredi 3 février 2016, par Comité Valmy


Négociations à Genève sur la Syrie :
l’alliance Iran Syrie à l’épreuve

Le démarrage des négociations de Genève sur l’avenir de la Syrie est difficile. Les positions des différents participants sont très éloignées.

Côté occidental on a beaucoup parlé du soutien de l’Iran au Président Syrien Bachar el-Assad.
D’où cette question : qu’est-ce qui rapproche la Syrie, un pays au système politique laïc, de l’Iran, une république islamique ?

Réponse : Une alliance stratégique. Les deux pays ont beaucoup d’intérêts en commun.

« La situation en Syrie a des conséquences directes sur la sécurité de l’Iran » a déclaré il y a deux mois le commandant en chef des gardiens de la révolution, Mohammad Ali Jafari.

Dès sa prise de pouvoir en 1970, le Président Hafez el-Assad, le père de Bachar, a voulu affaiblir l’axe israélo iranien, un des piliers de la politique étrangère du Chah. Il a d’ailleurs fourni des documents d’identité syriens à des opposants iraniens auxquels le chah d’Iran avait retiré leur passeport.

Hafez el-Assad était un nationaliste arabe farouchement anti israélien. Il a gouverné la Syrie, qui est une mosaïque de groupes religieux et ethniques, en s’appuyant principalement sur sa communauté musulmane alaouite et la classe moyenne sunnite qui appréciait la laïcité du régime.

La révolution islamique de 1979 a été très bien accueillie par la Syrie et Assad a annoncé d’emblée qu’il fournirait tout l’appui possible au nouveau régime « parce que l’Iran est passé dans notre camp alors qu’il était dans le camp d’Israël ».

Dès les premières heures de l’invasion de l’Iran par l’Irak en 1980, à un moment où le monde entier misait sur une victoire rapide de l’Irak, Assad a soutenu l’Iran et, à ses pairs de la Ligue arabe, il a répété tout au long des 8 années de la guerre : « Ce conflit détourne les Arabes du combat pour la Palestine ».

Assad était aussi convaincu que le conflit Iran Irak mènerait à une intervention militaire des pays occidentaux dans le Golfe persique et l’histoire lui a donné raison.

Au début du conflit des commandos iraniens avaient détruit le terminal pétrolier irakien sur le Golfe. Deux ans plus tard la Syrie a fermé l’oléoduc qui permettait à l’Irak d’exporter du pétrole par le terminal méditerranéen de Banias en Syrie. En échange, les Iraniens ont approvisionné la Syrie en pétrole à prix réduits. Etranglé par l’axe syro iranien, l’Irak a dû limiter ses exportations de pétrole brut à des transports par camions via la Jordanie.

En 1982, après une défaite de l’armée syrienne face aux forces israéliennes, des conseillers militaires iraniens arrivent au Liban via Damas. La Syrie et l’Iran soutiennent alors, ensemble, le développement du Hezbollah qui mène la guérilla contre l’occupation israélienne du sud du Liban.

En 2000, lorsque les Israéliens décident de se retirer du Liban, la popularité Hezbollah dans toute la partie sud du Liban est immense. Aujourd’hui, toute éventuelle attaque israélienne aérienne contre l’Iran induit un risque d’élargissement du front au Hezbollah qui bénéficie d’un soutien de l’Iran qui inclut des conseillers militaires.

Iran et Syrie ont aussi en commun de vivre depuis des décennies sous le régime de sanctions des Etats-Unis et de l’Union européenne.

Lorsque, en 2011, les manifestations contre le Président Bachar el-Assad (qui a succédé à son père en 2000) ont commencé en Syrie, les occidentaux y ont vu « printemps arabe », voire « une révolution ».

Côté iranien on considère que le Qatar et l’Arabie Saoudite ont soutenu des mouvements sunnites extrémistes syriens à un moment où l’Iran, l’Irak et la Syrie s’étaient mis d’accord sur un projet de gazoduc qui aurait permis d’exporter le gaz naturel iranien via un terminal méditerranéen en Syrie. La Syrie avait auparavant refusé une demande du Qatar qui souhaitait construire un gazoduc passant sur son territoire pour rejoindre un terminal en Turquie. Le projet du Qatar avait le soutien des Etats-Unis.

Une source diplomatique iranienne explique : «  La révolte en Syrie n’est pas une révolution. Elle a pour objectif final de remplacer ce que les pays arabes du Golfe persique appellent le croissant chiite par un croissant sunnite qui comprendrait, notamment, la Syrie, la Jordanie et une grande partie de l’Irak. »

Cette source poursuit : « la Syrie doit rester unie parce qu’une Syrie morcelée, sans Bachar el-Assad débarrasserait les Israéliens d’un ennemi. La partition de la Syrie serait bonne aussi pour les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite. Par contre le partage de la Syrie serait une mauvaise nouvelle pour l’Iran et pour la Turquie. »

A cette convergence stratégique se mêle une volonté des autorités iraniennes de montrer qu’elles sont des partenaires fiables, à l’inverse des occidentaux, qui ont opéré plusieurs renversements d’alliance « opportunistes » au Moyen-Orient. Les Iraniens estiment qu’ils ne peuvent pas lâcher la Syrie après quatre décennies d’une relation qui a survécu à plusieurs crises.

« En 1980, tout le monde était contre nous, sauf la Syrie, poursuit la source diplomatique iranienne. Il y a une question de moralité dans cette affaire : nous ne pouvons pas oublier. Bien sûr, il y a des choses qui se sont passées en Syrie avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord. Mais tout de même, Bachar el-Assad est le président élu des Syriens. Cela fait maintenant 5 ans qu’il fait face à des troubles organisés de l’extérieur dans son pays. Croyez-vous qu’il aurait tenu s’il n’avait pas le soutien d’une partie importante de son peuple ? »

Des conseillers militaires iraniens sont déployés en Syrie, à la demande du gouvernement de ce pays.
L’axe stratégique irano syrien est aussi renforcé par une proximité confessionnelle : Bachar el-Assad est issu de la communauté alaouite, la plus importante de Syrie après les sunnites. Les Iraniens estiment « normal d’avoir des relations proches avec les musulmans alaouites syriens qui sont une branche de l’islam chiite ».

Ce sont d’ailleurs des milices chiites encadrées par des Iraniens qui assurent la sécurité du complexe qui, près de Damas, abrite la mosquée dans laquelle se trouve la tombe de Zaynab, la petite fille du prophète et sœur de l’Imam Hossein, dont la passion à Kerbela est un élément fondateurs de l’islam chiite. Ce mausolée est un important lieu de pèlerinage pour les musulmans chiites.

Ce dimanche DAECH (l’Etat Islamique) a revendiqué un attentat qui a tué au moins 50 personnes juste à côté du complexe.

« La question syrienne est très compliquée » a expliqué Hassan Rohani dans une interview à France 24, Le Monde et France Culture. Le président iranien estime que pour mettre en œuvre les élections générales prévues par la résolution des Nations Unies il faut en priorité éradiquer le terrorisme et rétablir la paix et la stabilité ce qui permettra aux réfugiés syriens de rentrer chez eux pour voter.

« A court terme il n’y a pas d’autre solution que Bachar el-Assad » a conclu le Président iranien.

Claude Van Engeland
dimanche 31 janvier 2016


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