COMITE VALMY

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Source : Lé Progrès.fr

Emmanuel Todd sur les retraites : le débat n’a aucun sens

mercredi 2 juin 2010, par Comité Valmy


Le gouvernement veut donner l’impression qu’il affronte la réalité sur les retraites, la vérité est qu’il fuit la réalité

Comme anthropologue et démographe, comment voyez-vous le débat des retraites ?

Ce n’est pas la priorité. Il est légitime de se poser la question de savoir s’il faut travailler plus longtemps en relation avec l’espérance de vie, et je suis évidemment pour défendre les retraites. Mais c’est un problème de long terme, alors que nous vivons une crise majeure de court terme. Un économiste venu de Mars ne comprendrait pas que la planète France débatte de la manière d’augmenter la durée du travail dans l’avenir pour des personnes ayant déjà un certain âge, alors qu’on ne parvient pas à donner aujourd’hui du travail aux jeunes. En termes d’économie immédiate, la question des retraites n’a aucun sens. Le gouvernement veut donner l’impression qu’il affronte la réalité, la vérité est qu’il fuit la réalité.

Comment l’expliquez-vous ?

Nos sociétés développées sont globalement très riches, très éduquées et âgées. L’âge médian (qui partage la population en deux moitiés) est d’environ 40 ans en France, de 44 ans en Allemagne et au Japon. Si vous enlevez tous les enfants et adolescents qui n’ont pas le droit de vote, vous obtenez un âge médian pour l’électorat qui est encore beaucoup plus élevé… Je précise aussitôt qu’avec mes 59 ans, je fais partie de la masse centrale de ces « croulants ». Nos sociétés ont donc des préoccupations de gens âgés, qui approchent de la retraite.

Et pourquoi serait-ce grave ?

Le vrai problème de la France, c’est la disparition de notre industrie, les délocalisations d’entreprises, la stagnation du niveau de vie. A terme, si nous ne faisons rien, notre société est menacée d’appauvrissement, ce qui remettrait complètement en question toutes les décisions qu’on prépare sur les retraites. Dans ce décalage temporel, ce qui me choque le plus, c’est la place épouvantable qui est faite aux jeunes : ils ont en général un niveau d’études beaucoup plus élevé que les générations précédentes, et ils sont maltraités en termes d’emploi et de salaire. Or je suis désolé d’être obligé de le rappeler : l’avenir d’une société, ce sont ses jeunes, pas ses vieux !

Vous cultivez le jeunisme ?

Je n’ai pas de passion particulière pour les jeunes, je trouve les enfants extraordinaires, mais les adolescents sont fatigants - et je sais de quoi je parle. Non, je parle en historien. J’aime bien mon pays, j’ai envie que son histoire continue, et cette histoire sera faite demain par les jeunes d’aujourd’hui. Quant à moi, j’ai reçu ma première évaluation de retraite et ça fait très plaisir. Mais revenons à la métaphysique des retraites. La crise économique crée une tension très dure sur le marché du travail, et la vie professionnelle est vécue comme une jungle dont on n’a qu’une envie, c’est de sortir le plus vite possible. Le débat sur les retraites traduit cela : les gens s’intéressent plus à l’après-vie professionnelle, comme un refuge à atteindre, qu’à leur travail, qui leur est devenu insupportable.

Les premières victimes de la crise sont les ouvriers, qui sont en train de disparaître avec notre industrie, et l’on va d’ailleurs se rendre compte que ce sont les ouvriers qui étaient les véritables créateurs de la richesse du pays. Jusqu’à il y a quelques années, ces ouvriers faisaient grève pour protéger leur outil de travail. Maintenant, ils se battent pour négocier leurs conditions de départ. Leur attitude est très analogue à celle des dirigeants d’entreprise qui essaient de s’en mettre plein les poches, à coups de stock-options ou autres, avant de se faire éjecter… C’est une ambiance d’Apocalypse Now, d’après moi le déluge.

La crise actuelle n’est-elle qu’une crise de plus ?

Je vois deux phénomènes nouveaux. En Europe, un effet de dislocation selon le degré de résistance des pays et de leur économie.

Et une sorte d’amnésie chez nos gouvernants qui, après avoir bien réagi dans une première phase en comprenant que la crise était un problème de demande, sont en train de changer de pied et d’imposer l’austérité. Tout cela sous la houlette de l’Allemagne, dont la société est la plus âgée d’Europe, alors que la France conserve une bonne démographie.

L’euro est mort ?

Oui, si l’Europe n’est pas capable de sortir de la crise par le haut, par la mise en place d’un protectionnisme au niveau du continent. Mais comme c’est très difficile, le plus probable est la disparition de l’euro, de manière ordonnée ou dans la pagaille.

La première victime en serait l’Allemagne, mais on voit se reproduire l’attitude habituelle des dirigeants français : on se rebelle, car on voit bien que nos intérêts ne sont pas les mêmes, et puis on finit par se coucher. Ce qu’ils ne voient pas, c’est que nous sommes dans une crise sans fin, dont on ne sortira qu’en changeant de logiciel, en prenant la voie du protectionnisme européen.

Actuellement, vous travaillez sur quoi ?

Je suis en train d’achever le Tome I de mon ouvrage sur les systèmes familiaux, consacré à l’Eurasie. Je propose une hypothèse expliquant pourquoi certains systèmes familiaux portent en eux certains systèmes politiques, comment ils se transmettent…

Cela rend optimiste ?

Ce qui me rend optimiste, c’est le bon côté de la mondialisation : un monde qui s’alphabétise, sur fond de baisse générale de la fécondité… Les crises actuelles sont très dures, je ne minimise pas les souffrances qu’elles provoquent, mais ce sont des crises de transition. La tendance de fond est aux grandes retrouvailles de l’humanité.

Recueilli par Francis Brochet

23 mai 2010

Parcours

Emmanuel Todd Né le 16 mai 1951, fils du journaliste et essayiste Olivier Todd, petit-fils de l’écrivain Paul Nizan > Anthropologue, démographe à l’Institut national d’études démographiques (INED) > Dernier ouvrage : « Après la démocratie » (Gallimard) > Autres ouvrages : « L’illusion économique », « Après l’Empire », « Le rendez-vous des civilisations »...

4 Messages de forum

  • Emmanuel Todd sur les retraites : le débat n’a aucun sens

    4 juin 2010 00:25, par MCOO Le rebelle Médocain

    Nous n’avons sûrement pas les mêmes origines et le même vécu, nous n’avons pas fréquenté les mêmes personnages, en clair nous n’avons pas du aller à la même école et si nous n’avons pas les mêmes réponses aux mêmes questions, je prend note de votre point de vue, mais souhaiterait y apporter un complément d’opinion, qui n’est que le mien mais que vous partagerez peut être ?

    Le débat n’a aucun sens, cela dépend pour qui !!!!! En tout cas le résultat pourrait avoir des conséquences graves !!!

    Donc à mon avis, le sens existe-t-il ou pas ? Cela ne suffit pas pour régler la précarité que cela va apporter en plus pour le peuple si le dossier venait à avancer en faveur des « Messieurs qui ont déjà plein de sous », cela ne suffira pas non plus à satisfaire les appétits financiers des Pébereau, Lagardère, et autres simultanément bourreaux des peuples et manipulateurs de fonds.

    C’est peut être ce qui vous fait dire que le débat n’a aucun sens ?

    S’il est vrai que le problème des retraites n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan du cahier revendicatif du MEDEF et de la bourgeoisie franco- européenne et mondiale.

    Le problème n’est effectivement pas uniquement celui des retraites en France, l’erreur de la nature humaine s’appelle : Capital.

    La solution consisterait à en faire connaître à tous le fonctionnement et les voies qu’ils prennent pour exploiter et le mot est faible aujourd’hui, tous les humains qui ne feraient pas partie de leur caste.

    A partir de cette compréhension , l’action plus efficace deviendra possible pour se débarrasser de ce fléau et proposer des choix de sociétés basées sur la souveraineté des peuples, admis et respectés par tous.

    Nous devons redonner à la monnaie son unique rôle, celui de faciliter les échanges entre les humains et nous prémunir de toute dérive.

    Quand à l’Europe, comme on dit, ce n’est pas qu’en on a fait caca au pantalon qu’il faut serrer les fesses.

    Le non respect de la démocratie en 2005 est une nouvelle référence à la capacité du capital à ne pas respecter les peuples. La clairvoyance des français, annonçait les effets que l’on subit aujourd’hui et le retrait de cette institution, permettrait d’envisager d’autres solutions.

    La girouette indique le sens du vent et d’où il vient, et c’est le vent qui fait la tempête et non le baromètre.

    Mais de quoi est fait le vent et comment s’en protéger de façon durable ?

    MCOCO Le Rebelle Médocain

    • Chers camarades, MCOCO zappe la bonne réponse et ne vaut pas mieux que ses critiques à l’encontre de Todd. 1 - Si, il y a un sens à la contre-réforme des retraites : c’est de comprimer brutalement le niveau de vie du peuple pour payer les énormes dettes spéculatives des banques et par là d’infliger une défaite majeures à la classe travailleuse. 2 - Et face à l’urgence vitale d’une résistance populaire efficace et bien organisée par des directions nationales politiques et syndicales, parler de "débat" n’a bien aucun sens : il faut parler de "combat" et le gagner comme à l’hiver 2005. 3 - Mais là dessus, MCOCO fait silence et "couvre" l’incompréhensible attentisme des organisations dont tout le monde "en bas" se désole. La sanction d’une défaite serait une nouvelle poussée de l’abstention politique et syndicale du peuple et de la classe ouvriere, de la désertion et du vieillissement des membres des organisations qui vide les bourses du travail. 4 - c’est bien parce que le capital anticipe la relative passivité de la "gauche d’en haut" et la démoralisation qui en résulterait "en bas" , qu’il ose une telle attaque ouvrant la voie à d’autres attaques pouvant aller jusqu’à la guerre.
      • Emmanuel Todd sur les retraites : le débat n’a aucun sens 5 juin 2010 19:25, par MCOCO Le Rebelle Médocain

        Cher camarade Berthierch, pas facile à prononcer ton nom, bon ce n’est pas grave, j’ai beaucoup moins de neurones que Todd, alors ceci explique peut être celà et donc peut être aussi que ma réponse manque d’éléments et de clarté.

        J’en conviens, mais tout ce qu’à écrit Marx ne rentrerait pas sur ce site, j’ai donc essayé d’être bref, et forcément on en oublie toujours un peu.

        Tout le monde à mon avis a le droit de ne pas être d’accord avec tout le monde, c’est ce qui fait la vie des humains.

        Je ne prétend pas avoir raison, loin de là, et je ne sais pas si je zappe la bonne réponse et critique Todd. En tout cas j’espérais « rebondir » sur son article dont le titre me semblait "injuste". Par rapport a tes critiques sur mon intervention, et pour que ce débat reste clair , car au niveau de ce site j’espère qu’il n’y a que débat. Je préfère garder mes forces pour un combat sans guillemets contre le capital. Par rapport à tes conseils donc, je ne comprend pas le sens de ton point 1 et si jamais j’avais bien compris, j’opterai pour d’autres solutions et si le manque de combat peut conduire à ce que tu dis, je serais derrière la barricade !!!

        Par rapport au point 2 , je suis bien d’accord avec la notion de combat, ce que j’essaie de démontrer tous les jours avec mes camarades de combat, que ce soit au niveau syndical ou au niveau politique, mais aussi avec les êtres humains tout simplement. En ce qui concerne l’attentisme des chefs d’organisations qu’elles soient syndicales ou politiques et que j’appelle aussi : la lutte des places, je suis bien OK avec toi et je l’ai combattu toute ma vie de militant syndicaliste et politique au sein de mon entreprise et bien au-delà Le SIMONPOLI bourreau entre autres de notre Convention Collective doit s’en rappeler. Cela m’a coûter au final d’être licencié de ma boite (c’était une grosse banque), sans que les chefs de mon OS ne bougent de trop !!! tu veux le nom de l’OS et les faits, je pourrais te les donner hors antenne. ilyco@orange.fr Le combat mon gars, je l’ai mené depuis tout petit, parce que pas d’eau, pas d’électricité,et rien à bouffer, ça peut conditionner !!!! La banque, c’était mon métier et je ne suis pas fier de ce que nous faisions subir au peuple et aux petites entreprises que nous mettions en difficultés.

        Quant à la relative passivité de la gauche elles est bien simplifié par les actes de la social démocratie et de DSK et ses troupes "valeureux" combattants au coté du Capital.

        Cette passivité que l’on retrouve au dela du PS d’ailleurs est bien liée entre autre à la lutte des places.

        Ce n’est donc pas le GÖÖÖHE des chefs qui nous suvera, mais bien l’action et le COMBAT d’un peuple informé, formé et convaincu qu’’il ne peut plus faire confiance qu’en lui même. Tu vois je ne couvre personne à part mes quelques neurones quand je m’expose au soleil.

        Contacte moi si tu veux ,maintenant que tu as mon email. ( je pars quelques jours et ne manquerai de te répondre dès mon retour).

        Je ne conteste donc aucunement pas l’intervention de Todd j’y mets juste mon grain de sel . Et sur certains points, c’est plus clair comme ça.

        Amitiés

        MCOCO Le Rebelle Médocain

  • On peut saluer le fait qu’un essayiste célèbre reconnaisse des évidences que dénient la caste fascisante au pouvoir.

    Par contre, je trouve fabile la présentation de la crise, ou pas un mot n’est dit sur la financiarisation du capitalisme et les ravages que l’accélération donnée par la technologie (informatique et télématique) aux flux financiers et informatifs a provoqués, ravages dont on mesure aujourd’hui le niveau et l’ampleur des conséquences sociales (misère pour un continent entier ou quasiment) et politiques (démission de la "représentation" nationale et européenne devant les puissances, politique d’ultra-droite soutenue par un appareil policiers sans précédent et un enfermement dans les pratiques et les dogmes d’une quasi-dictature).

    La crise est perçue semble-t-il sous l’angle anthropologique et Todd donne l’exemple de l’âge des votants. C’est l’antienne "les vieux votent à droite" qui n’est pas fausse, mais très courte. On lui préfèrera les déséquilibres structurels du vote. Il faut 5 fois plus de voix pour élire un communiste qu’un ultra-droite et le découpage électoral favorise encore les partis conservateurs, de la même manière que l’obligation d’avoir cent signatures de "grands électeurs" pour avoir le droit de se présenter à l’élection présidentielle bloque l’émergence de candidatures atypiques et de rupture avec le système, dans le cadre de cette élection. L’attribution de l’argent public aux partis et non pas aux candidats eux-mêmes definissant un autre conservatisme pour les députés et les programmes politiques, sans parler de l’élection carrément censitaire que constitue celle des sénateurs.. Sans parler du matraquage médiatique, lui aussi essentiellement à l’ultra-droite, qui biaise très fortement les élections et sert les élites dans leur positions et leurs dogmes.

    Enfin, la mondialisation bénéfique sortie par Todd de son seul chapeau est peut-être provoquée par les effets endorphinoïdes de l’annonce de sa retraite. Je crois bien qu’on n’osait - sauf Minc, mais il est aussi démonétisé qu’un Levy saluant le caractère démocratique de Tsahal un jour avant le massacre d’humanitaires en route pour Gaza par mer - pas depuis la montée énorme et le maintien des chômages en pays développés qui coincident avec le consensus de Washington, démarrage, il me semble, de la mondialisation telle qu’on la connaît.

    Il faut ajouter à cette bénéfique mondialisation la montée des dictatures, la dérive accélérée de tout un continent, - l’Afrique- vers un sous-développement chronique, les "émeutes de la faim". Tous bouleversements dramatiques et violents dues à la dérégulation consusbstantielle au tourbillon des produits, des gens et des flux financiers autour de la planète, qui sape les économies, exacerbe les politiques vers la prime permanente à la richesse, les politiques "sécuritaires", maltraite les corps sociaux avec leurs protections apportées par les politiques de types Keynes ou collectivistes.

    Et je pourrais citer bien d’autres exemples relatifs aux asymétries de richesses et de ressources, qui croissent depuis que la mondialisation contemporaine est apparue, et non pas le règne du commerce à l’échelle mondiale auquel peut-être Todd fait allusion.

    On se demande pourquoi il lutterait contre cette "mondialisation heureuse", finalement. D’ailleurs sa solution est elle aussi plutôt courte, il me semble. Ce n’est pas le protectionnisme qui va couper l’herbe sous les pieds à la faucheuse de droits, de liberté et de richesses qui s’appelle marchés financiers. Ce sont des entreprises plus générales, de maîtrise à l’échelle de la France au moins, de l’Europe si possible.

    On ne refera pas un Etat protecteur avec le libre-choix citoyen de son développement socio-économique en fermant les frontières seulement. Il faut que nous ayons la maîtrise de l’outil et des instruments. On ne voit donc que la maîtrise de la monnaie comme fondamentale. Ce qui veut dire redonner à l’Etat le droit de battre monnaie et l’interdire aux banques, et supprimer l’obligation pour ce même état de se financer auprès des marchés financiers, qui sont en gros, les banques et les assurances, plus les hedges funds. Voilà des réformes actives qui me semblent plus pertinentes que la fermeture plutôt passive des frontières.

    Surtout au niveau de l’UE. Ca ne changera rien au fait que les traités UE s’appliquent dans tout leur ultra-libéralisme, ni dans le fait que, concrètement, continuera la permanente "dégradation des termes de l’échange" capital-travail, puisque les fondamentaux du système ne seront pas bouleversés, fondamentaux d’échanges économiques se déroulant très majoritairement entre pays de l’UE.

    E. Todd propose, donc, une recette qui je crois est bénéfique, mais pas à la hauteur des enjeux et des révolutions à accomplir.


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