COMITE VALMY

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Quand la France déporte un analyste russe
pour raisons politiques
par Karine Bechet-Golovko

dimanche 21 février 2016, par Comité Valmy


S. Byshok

Quand la France déporte un analyste russe
pour raisons politiques

Une fois n’est pas coutume, la Lithuanie a demandé la déportation d’un analyste russe, et l’annulation de son visa Schengen sur fondement politique. La France, pays des droits de l’homme, vient de s’exécuter sans même se poser une question, dans le silence total des médias français, qui doivent donc trouver cela normal.
Stanislav Byshok n’interviendra pas à la conférence internationale organisée à Paris sur la liberté de la presse dans le contexte de l’instabilité internationale et de la menace terroriste. Belle ironie du sort.

Mercredi 17 février, l’analyste politique Stanislav Byshok se rendait à Paris pour intervenir à la conférence sur la liberté de la presse à laquelle il était invité et devait intervenir sur la question des pressions que subissent les médias en Ukraine depuis le coup d’état et les atteintes portées à la liberté d’expression par le nouveau régime. Pas très politiquement correct, mais la France, état de droit démocratique, doit garantir la liberté d’expression des points de vue divergents et leur argumentation. C’est ce que l’on appelle une discussion.

Les temps ont changé.

Voici les faits. En arrivant à l’aéroport Charles de Gaulle, au contrôle des passeports, la police des frontières lui a demandé s’il détenait un titre de séjour dans un des pays de la zone Schengen. Lorsqu’il répondit que non, car il est citoyen russe et réside en Russie, ce qu’atteste son passeport russe, le garde-frontière lui demande de le suivre. Il sera détenu 6h dans le poste de police de l’aéroport.

Selon les propos des officiers de police, eux-mêmes très surpris, la Lithuanie a adopté un document qui interdit à S. Byshok d’entrer dans tous les pays de la zone Schengen à l’exception de ceux dans lesquels il a un titre de résidence. Or, il n’en a pas ... Il est donc interdit d’entrer pendant 3 ans dans l’Europe unifiée. Aucune motivation n’a été avancée.

Et la France, en membre discipliné de la politique européenne, qui depuis longtemps ne (se) pose plus de questions, s’est acquittée de sa mission de police avec efficacité et célérité.

Mais qui est Stanislav Byshok pour présenter un tel danger pour la florissante démocratie européenne ?

Ici sa biographie en anglais. S. Byshok est un analyste politique travaillant pour le groupe international de monitoring politique CIS-EMO, diplômé de psychologie, expert auprès des organismes internationaux, spécialisé sur la politique russe et ukrainienne. Auteur de nombreux ouvrages sur la question, il s’est orienté vers les dérives néo fascistes du régime ukrainien après le coup d’état. Montrant en cela non seulement l’échec de la démocratie ukrainienne vantée dans les sctructures européennes, mais le danger qu’à présenté pour le pays les pressions exercées pour faire signer l’accord de coopération Ukraine/UE, qui est à l’origine de tout ce fiasco.

Or, comme le souligne S. Byshok lui-même, la Lituahie a joué un rôle important lors de la signature de cet accord, lorsqu’elle assurait la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne en 2013. L’implication personnelle de la présidente lituanienne, Dalia Grybauskaité, explique l’agressivité de ce pays face aux personnes qui osent s’interroger sur le bien-fondé de la politique européenne en Ukraine.

Avant S. Byshok, toujours sur la demande de la Lithuanie, le directeur de la Public Diplomacy Foundation, A. Gorchakov, a également été interdit d’entrée en UE pour 3 ans et déporté de Pologne en décembre dernier. Quant à l’historien russe A. Dyukov, président du Fond "Mémoire historique", il a été arrêté à l’aéroport de Vilnius en août 2014, détenu pendant 9h dans une pièce sans recevoir ni à boire, ni à manger, sans avoir la possibilité de se reposer avant d’être déporté de Lithuanie vers Moscou. Il venait pour la présentention de son livre "La veille de l’Holocauste" traduit en lithuanien. Or, le discours officiel du pays concernant son rôle dans la mise en oeuvre de la solution finale a quelque peu changer depuis son "européanisation".

Donc, la répartition des rôles semble bien établie dans le cadre européen, et la Lithuanie, en ancien pays communiste qui se respecte, reprend la charge de la police politique. Les vieux réflexes surgissent, seul le maître a changé.

Rappelons que selon les termes mêmes du traité européen sur l’Union européenne dans sa version actuellement en vigueur, toute cette bureaucratie digne des 12 travaux d’Astérix est inspirée je cite :

"des héritages culturels, religieux et humanistes de l’Europe, à partir desquels se sont développées les valeurs universelles que constituent les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, ainsi que la liberté, la démocratie, l’égalité et l’État de droit ;"

Je ne savais pas que l’humanisme ne s’appliquait pas à tous, n’était donc pas lié à l’humanité. Je ne savais que la déportation sur motif politique pouvait être un des aspects de l’état de droit. Je ne savais que la démocratie justifiait la violation arbitraire des droits de l’homme.

Karine Bechet-Golovko
jeudi 18 février 2016

Russie politics


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