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Perses et ottomans au XXI° siècle - par Comaguer

dimanche 13 juin 2010


Une semaine est passée depuis l’attaque de la flottille de la paix dans les eaux internationales – très - au large des côtes israéliennes.

L’opération humanitaire a été interrompue par un coup de force militaire qui est, en droit, un acte de piraterie caractérisé. Ayant la forme d’une ONG : Opération Non Gouvernementale elle bénéficiait d’un soutien politique évident du gouvernement turc. La flottille était partie d’un port turc, avait fait escale dans un port de la République non reconnue de Chypre Nord et son principal navire arborait le pavillon turc qui avait récemment remplace son pavillon comorien. Les victimes connues sont pour l’heure toutes de nationalité turque, une d’entre elles ayant la double nationalité turque et étasunienne.

Les réactions de la population turque allant jusqu’à des attaques de consulats israéliens auxquelles ont fait écho les manifestants israéliens faisant éclater leu joie devant l’ambassade de Turquie à Tel Aviv démontrent que l’évènement a pris un caractère d’affrontement politique turco-israélien.

Cet affrontement avait de nombreux signes avant-coureurs : en Janvier 2009 au forum de Davos sévère et spectaculaire attaque verbale du premier ministre turc Erdogan contre le Président israélien Shimon Pérès, amélioration des relations entre la Turquie et la Syrie, en Mai 2010 accord entre la Turquie le brésil et l’Iran pour permettre l’enrichissement de l’uranium iranien hors d’Iran.

Pourtant dans les justifications qu’ils ont fourni avant comme après de leur attaque du 31 Mai, les dirigeants israéliens ne s’en sont pas pris à la Turquie et ont feint d’ignorer le soutien du gouvernement turc à l’opération. On a vu que pour le public israélien il s’agissait au contraire d’une leçon sévère, bien que facile militairement, donnée à la Turquie et en violation flagrante du droit international.

Comme si l’attaque de la flottille n’était qu’une péripétie, Netanyahou s’en est tenu à la position stratégique d’Israël et a réaffirmé qu’il ne voulait pas que Gaza devienne un port iranien et que ceci justifiait définitivement, ou au moins jusqu’à nouvel ordre international et à respect par Israël d’un minimum de traités et d’accords internationaux, le blocus maritime de Gaza, venant compléter le blocus terrestre déjà condamné mais évidemment sans suite par le Conseil de sécurité (Résolution n° 1840 du 8 Janvier 2009).

Cette observation conduit à regarder de plus prés les rapports turco-israéliens et leur évolution.

Les rapports militaires sont étroits et l‘accord d’association entre Israël et l’OTAN signé en 2008 qui fait d’Israël un quasi membre de l’OTAN sans en avoir les obligations, en particulier l’acceptation du principe de l’unanimité des décisions a sein de l’Organisation n’ont pu que les conforter. La Turquie n’est pas une puissance nucléaire mais son armée est une des plus importantes de la région et elle manœuvre régulièrement avec l’armée israélienne. L’attaque de la flottille de la paix a eu lieu alors que s’achevaient les manœuvres MINOAS 2010 de l’OTAN en Méditerranée auxquelles Israël était associé.

Ces liens anciens solides et entretenus ont conduit certains à l’hypothèse selon laquelle Israël chercherait à accentuer les tensions connues entre le pouvoir civil et l’armée turque pour favoriser la reprise en mains par les militaires (soit par un coup d’Etat soit par des pressions et des menaces) d’une politique étrangère de relatif désalignement vis-à-vis du bloc occidental.

C’est oublier que deux semaines avant l’attaque de la flottille la Turquie, membre de l’organisation depuis 1952 avait voté pour l’accession d’Israël à l’OCDE alors même que l’unanimité des membres était nécessaire. Son opposition lui aurait permis de défendre avec éclat la cause palestinienne puisqu’au nombre des obstacles à cette adhésion figurait les inégalités sociales trop importantes entre citoyens israéliens et citoyens arabes d’Israéliens. Il n’en a pas été question puisque la Turquie n’a même pas compté au nombre des 3 pays membres qui étaient réticents à cette adhésion.

On en arrive à cette conclusion qu’en l’état actuel de choses, l’attitude anti-israélienne du gouvernement turc est plus une posture pro-palestinienne destinée à l’opinion publique turque qui s’en satisfait qu’un réel engagement contre la politique dominatrice d’Israël au Proche-Orient. Elle a l’avantage d’améliorer l’image de la Turquie dans le monde arabe où n’existe pas un gouvernement capable de s’opposer fortement à la politique d’Israël en Palestine. Certes La Syrie et le Liban font preuve de fermeté quant à la défense de leur indépendance mais n’exercent aucun leadership dans la défense des droits des palestiniens. La Turquie est donc en passe de se retrouver en position de leader de la politique de résistance à la politique antipalestinienne d’Israël et l’attaque de la flottille aura beaucoup contribué à améliorer encore cette position.

La classe dirigeante turque qui, sur cette question, ne se divise probablement pas entre civils et militaires est en passe de renouer avec un passé d’influence proprement ottomane quand la Sublime Porte gouvernait l’ensemble du Proche et du Moyen Orient domination qui ne s’acheva, on s’en souvient, qu’à la fin de la première guerre mondiale, la Grande Bretagne ayant alors suscité des régimes arabes opposés à la domination ottomane. A lire attentivement les discours du ministre des Affaires Etrangères turc et à voir toute l’activité diplomatique du gouvernement Erdogan pour exercer une influence régionale globale que ce soit en mer Noire en Méditerranée cette interprétation ne fait guère de doute.

Le véritable foyer de tension entre la Turquie et Israël n’est pas la question palestinienne mais la question kurde. La Turquie sait et s’en inquiète qu’Israël favorise les kurdes non pas par sympathie pour leur cause, mais comme facteur de déstabilisation que ce soit en Irak où la politique Us/raelienne vise à séparer le Kurdistan et son pétrole du reste de l’Etat irakien, ou en Iran où la minorité kurde peut jouer le même rôle. Ceci étant l’accroissement des pouvoirs kurdes en Irak inquiète la Turquie car les Kurdes de Turquie peuvent y voir un encouragement dans leur combat. Le soutien affirmé à la cause palestinienne peut donc bien être une riposte graduée au soutien d’Israël à la cause kurde. Si cette préoccupation est principale pour le gouvernement turc, ce qui est probable dans la mesure où malgré les offres réitérées de dialogue politique du PKK le gouvernement turc poursuit toujours la même politique répressive, on peut caractériser les relations turco-israéliennes comme tendues mais ne prenant certainement pas le chemin de la rupture.

Sur la question de l’enrichissement de l’uranium iranien, la Turquie et le Brésil n’ont fait que reprendre à leur compte une proposition des USA visant à faire enrichir l’uranium à 20% - celui destiné aux applications médicales – par un pays tiers. Que les Etats-Unis se soient ensuite scandalisés de cet accord ne doit pas faire oublier ce fait capital. D’ailleurs la Turquie n’a pas d’industrie nucléaire et elle en est à aspirer à construire deux réacteurs qu’elle commandera probablement à la Russie. Elle ne pourra servir que de point de passage à l’uranium avant et après enrichissement et sert au mieux à occulter aux yeux de médias décidément bien peu curieux que l’enrichissement aura lieu en France. La France qui ne craignant pas les acrobaties de langage pourra en même temps livrer à l’Iran de l’uranium seulement enrichi à 20% et donc sans possibilité d’utilisation militaire et crier partout que l’Iran a un programme nucléaire militaire caché.

La Turquie membre influent et historique du camp occidental.

C’est ce que démontre sa très ancienne adhésion à l’OTAN et à l’OCDE (1952). La Turquie n’est pas en train de sortir du bloc occidental et elle vise simplement à accroitre son influence régionale dans le cadre de ce qui se révèle progressivement être une multipolarité bien tempérée, qui convient aux plus perspicaces des dirigeants actuels de Washington. Ceux-ci essaient de s’infiltrer dans la tendance générale à la multipolarité pour éviter que celle-ci se développe contre eux. Ainsi, le récent accord de coopération militaire Brésil-Etats-Unis est un moyen d’éviter que le nouveau leadership du Brésil en Amérique du Sud ne s’affirme comme une opposition résolue aux gringos. Il ne s’agit plus pour Washington de faire barrage à la multipolarité mais de la canaliser. Signe d’affaiblissement sans doute mais manifestation forte d’une ferme détermination à ne pas sortir du jeu.

Dans ce nouveau scénario, la Turquie s’est vue attribuer un rôle très important : celui de faire pièce à l’influence régionale de l’Iran qui est et reste le véritable cauchemar de l’alliance US/ISRAEL.

Si l’attaque de la flottille peut donner l’illusion aux dirigeants du Hezbollah comme à ceux du Hamas comme au régime syrien que la Turquie est désormais leur plus fidèle soutien elle aura été une réussite et les stratèges de la « multipolarité bien tempérée » auront réutilisé à leur avantage la vieille rivalité historique entre la Perse et l’Empire Ottoman.

Mais ces mêmes dirigeants savent bien que l’ennemi choisi par l’Empire c’est l’Iran alors que la Turquie est et reste un ami autant qu’un vassal.

L’attaque de la flottille est intervenue alors que se déroulait à partir de la Crète sous le nom de MINOAS 2010 un exercice aérien entre l’armée de l’air israélienne et l’armée de l’air grecque dont l’objectif était le suivant : permettre à l’aviation israélienne de faire échec aux missiles anti missiles russes S300 qui sont aujourd’hui installés en Grèce et que l’Iran doit acquérir prochainement. A l’annonce de l’attaque de la flottille, le gouvernement Papandréou a suspendu les manœuvres qui devaient continuer jusqu’au 3 Juin mais il avait donné son accord car la Grèce membre de l’OTAN comme la Turquie depuis 1952 sait bien que l’ennemi officiel de l’Empire reste plus que jamais l’Iran et que dans l’état où les banques l’ont mise, elle ne peut rien refuser à Washington.

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