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SYKES-PICOT ET UN SIECLE CALAMITEUX…
par René Naba

L’Envers des Cartes du 30 mai 2016

mardi 31 mai 2016, par Comité Valmy


SYKES-PICOT ET UN SIECLE CALAMITEUX…

Prochetmoyen-orient.ch revient sur l’histoire de l’accord Sykes-Picot, signé le 16 mai 1916 par la France et la Grande-Bretagne (avec l’aval de la Russie et de l’Italie) prévoyant le partage de l’empire ottoman à l’issue de la Première guerre mondiale. Comme à son habitude très personnel, le texte de René Naba n’en constitue pas une « histoire totale », mais une chronique politique et polémique insistant sur le croisement d’évènements passés et actuels.

René Naba a été responsable du monde arabo musulman au service diplomatique de l’AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient. Auteur de « L’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres » (Golias) ; « Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français » (Harmattan) ; « Hariri, de père en fils, hommes d’affaires, premiers ministres » (Harmattan) ; « Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David » (Bachari) ; « Média et Démocratie, la captation de l’imaginaire un enjeu du XXIème siècle » (Golias). Il est consultant à l’Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l’Homme (IIPJDH) dont le siège est à Genève. Depuis le 1er septembre 2014, il dirige le site Madaniya.

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« Il a fait deux séjours assez long en France, où la cour – dans l’idée qu’il deviendrait un jour un personnage important dans l’Empire -, le traita parfaitement bien. Isaac Bey a perdu dans ses voyages, soit en France, soit en Russie, les qualités solides qui rendent les Ottomans recommandables et a contracté, à un haut degré, les défauts des Européens. Esprit d’intrigue, légèreté, inconsidération, corruption, tout ce qui caractérise essentiellement les sociétés de la Cour dans laquelle il était admis se fait singulièrement remarquer en lui »1.

CASCADES DE DESASTRES DIPLOMATIQUES

Les accords Sykes-Picot paraissent rétrospectivement comme la première pantalonnade diplomatique de la France au XXème siècle. Sur fond des désastres de Trafalgar, de Waterloo, de Fachoda et de Sedan, culminant avec la capitulation française de 1940 face à l’Allemagne nazie, elle conduira l’historien français Marcel Gauchet à conclure qu’ « en Mai 1940, la France a brutalement cessé d’être une grande puissance ». La capitulation de 1940 sera en effet suivie, quatorze plus tard du désastre de Dien Bien Phu (1954), première défaite d’une armée occidentale d’un pays membre permanent du Conseil de sécurité face à un peuple basané. Deux ans plus tard en 1956, ce sera le désastre diplomatique de l’expédition de Suez contre l’Égypte nassérienne.

SYKES-PICOT : UN MARCHE DE DUPES

Deux projets étaient en concurrence dans cette zone pétrolifère : un projet français prévoyant la constitution d’une « grande Syrie », autour de Damas, et un projet anglais préconisant la constitution d’un ensemble régional autour du bassin historique de la Palestine. Par un tour de prestidigitation dont seule une diplomatie chevronnée a le secret, les Anglais vont retourner le projet français à leur profit édifiant un ensemble régional regroupant l’Irak, la Jordanie (Transjordanie à l’époque) et la Palestine, au grand dam de Paris qui devra se contenter d’un projet de substitution très en deçà de ses attentes avec les inévitables rancœurs qu’une telle défaillance suscitera.

Sous l’impulsion du Colonel T.E Lawrence, l’ami des bédouins et espion en chef des Anglais dans la zone, les Hachémites, supplétifs de la Couronne britannique, chassés d’Arabie par les Wahhabites, compenseront la perte de leur magistère sur La Mecque, par deux trônes, l’un en Irak, l’autre en Jordanie, avec en prime un accès à la mer, via Haïfa, en Palestine, sous mandat britannique. Les Juifs obtiendront, parallèlement, la mise en œuvre de la Promesse Balfour de Novembre 1917, prévoyant la constitution en Palestine d’un « foyer national juif », noyau du futur état israélien. Mais les Syriens, en guise de « grande Syrie » obtiendront une « Syrie mineure » sérieusement amputée d’une large fraction de ses provinces historiques.

Le projet français ne manquait pourtant ni d’audace ni de grandeur. En visionnaire, Aristide Briand, alors chef de la diplomatie française, avait chargé Georges Picot, alors consul général à Beyrouth, le 2 novembre 1915 des recommandations suivantes :


- Que « la Syrie ne soit pas un pays étriqué. Il lui faut une large frontière constituant un territoire pouvant se suffire à lui-même » ;

- Un tracé frontalier englobant « la Palestine avec des garanties données aux autres populations concernant Jérusalem et Bethléem » ;

- Un territoire qui comprendrait « Beyrouth, Damas, Alep, la partie du Wilayet D’Adana située au sud de Taurus » ;

- À l’Est, la frontière suivrait « la ligne de faît dans les wilayets de Diyarbakir et de Van (frontière turco-irakienne) pour redescendre vers Mossoul et atteindre l’Euphrate à la limite de la province de Deir Ez Zor ».

Les « régions minières de Kirkouk » devaient figurer dans les frontières de l’état syrien. Telle une peau de chagrin, ce bel ensemble va se rétrécir et la « Grande Syrie » débouchera d’une Syrie réduite à sa plus simple expression. Ce projet grandiose, assurait la France d’une présence pérenne au Moyen Orient, en même temps qu’il sécurisait son indépendance énergétique. Une « Grande Syrie » englobant Jérusalem, Bethléem, Beyrouth, Damas, Alep, Van Diyarbakir, jusque même Mossoul et Kirkouk, c’est à dire un territoire incluant la Syrie, une partie du Liban, de la Palestine, de la Turquie et de l’Irak.

Mais face aux habiles négociateurs anglais, la France capitulera. Reniant ses promesses, la Syrie, du fait français, sera réduite à sa portion congrue au prix d’une quadruple amputation, délestée non seulement de tous les territoires périphériques (Palestine, Liban, Turquie et Irak), mais également d’une partie de son propre territoire national : le district d’Alexandrette. Cette trahison qui conduira le ministre syrien de la défense, Youssef Al Azmeh, à prendre les armes contre les Français à Mayssaloune (1925). Il périra ainsi que près de 400 des siens dans cette bataille fondatrice de la conscience nationale syrienne.

LE DON DU DISTRICT D’ALEXANDRETTE

En 1937, vingt ans après Sykes-Picot, une nouvelle prime sera allouée aux génocidaires des Chrétiens d’Orient, Arméniens et Assyriens. La France cédera à la Turquie – son ennemi de la Première guerre mondiale – le district syrien d’Alexandrette, qu’elle troquera pour dissuader Ankara de rejoindre l’Allemagne nazie à la veille de la deuxième guerre mondiale. Mais la capitulation de la France après 40 jours de combat, exonérera la Turquie de cet engagement. Rétrospectivement, la cession d’Alexandrette est apparue comme une prime gratuite accordée à l’Etat génocidaire des Arméniens et des Assyriens de la part d’un pays se présentant comme « le protecteur des Chrétiens d’Orient ».

La Syrie vivra douloureusement cette amputation du Sandjak, désigné dans le langage populaire sous le vocable d’« Al Watan Al Salikh – la patrie amputée », cadeau empoisonné de la France à elle-même qui empoisonnera pendant un siècle les relations entre Paris et Damas. L’un des plus célèbres « non-dits » des relations internationales, la perte d’Alexandrette-Iskandaroune, dans la foulée de l’implantation d’un Foyer National Juif en Palestine, a constitué le moteur des revendications nationalistes et des récriminations anti-françaises et antioccidentales d’un pays hâtivement décrété « infréquentable », sans que l’opinion occidentale, particulièrement française, ne se soit penchée sur le bien-fondé de cette virulence nationaliste. Blessure secrète, elle alimentera l’animosité des dirigeants syriens, bien avant l’avènement du parti Baas, contre l’ancienne puissance mandataire, allant jusqu’à lui dénier un droit de regard sur le Liban. Depuis lors, la Syrie a tenu la dragée haute à la France s’opposant frontalement à toutes ses équipées en terre arabe, que cela soit en Algérie où elle sera le premier pays arabe à y dépêcher des volontaires auprès des « Fellaghas », lors de l’agression tripartite de Suez en 1956, contre Nasser. Elle engagera alors le combat sur le front syrien et au Liban dont elle fera un « verrou arabe » pendant près d’un demi-siècle. Parallèlement, la diplomatie atlantiste s’appliquera à développer un axe Tel-Aviv, le Caire, Beyrouth dans le prolongement du traité de Camp David de 1979.

LE TRISTE SORT DES CHRETIENS D’ORIENT

Comment expliquer l’alliance actuelle de la France avec la Turquie contre la Syrie, c’est-à-dire l’alliance avec l’artisan du premier Etat génocidaire du XXème siècle. La Syrie abrite le mémorial du génocide arménien à Deir Ez-Zor. La Syrie est toujours le siège des patriarcats d’Orient depuis la chute de Constantinople. Le génocide arménien a déclenché une forte émigration des Arméniens chrétiens vers la France, les États-Unis, le Liban et surtout la Syrie, alors que la Turquie s’est vue offrir Alexandrette et s’est hissée au rang de partenaire majeur de l’Occident au sein de l’OTAN face au Monde arabe et à l’Union soviétique à l’époque de la Guerre froide.

Au vu de ce bilan, force est d’admettre que tous les grands exodes des Chrétiens d’Orient auront été consécutifs à des équipées occidentales. Il en a été de même après la création d’Israël qui a produit un important exode des Chrétiens palestiniens vers la Californie et l’Amérique latine. Il en a été de même de la guerre civile inter libanaise, une guerre dérivative à l’échec américain au Vietnam, qui a provoqué un fort exode des Chrétiens libanais vers le Canada, l’Australie, la France et les deux Amériques. Répétition aussi avec l’invasion américaine de l’Irak qui a provoqué un nouvel exode des Chrétiens irakiens (assyro chaldéens). Répétition aussi avec la destruction de la Syrie (2011-2015), qui a fait refluer vers l’Europe les naufragés de la politique de prédation économique de ce pays.

Force est d’admettre également que les Chrétiens arabes auront toujours été les grands sacrifiés au bénéfice de la stratégie israélo américaine et qu’il importait désormais que leur soit scellé à celui de son environnement arabe. Les chrétiens arabes n’ont pas vocation à devenir une diaspora complémentaire des diasporas dans les pays occidentaux, à titre de vestige d’une civilisation perdue.

Protectrice des Chrétiens d’Orient, la France a institutionnalisé et instrumentalisé le communautarisme tant au Liban que dans l’ensemble des pays sous son mandat, au mépris du principe de la laïcité et de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, pourtant l’un des principes fondateurs de la République française, au nom de la préservation de prétendus intérêts supérieurs du pays. La mise à l’index du président libanais Émile Lahoud, unique chef d’état chrétien du Monde arabe, à l’initiative du président français Jacques Chirac, n’est pas un cas isolé.

LE SYNDROME DE VICHY

L’Allemagne a été battue par une coalition occidentalo-soviétique. Sauvée par le général de Gaulle et les Français libres, l’honneur de la France est rétabli, mais le pays sort très diminuée de l’épreuve. Malgré sa capitulation en 1945, l’Allemagne, divisée puis réunifiée, n’a plus jamais connu ni défaites militaires, ni revers diplomatiques. Grâce à sa compétitivité économique, elle s’est imposée comme la première puissance économique européenne, le moteur de l’Union européenne.

Infamie suprême, la capitulation de la France devant les troupes du IIIème Reich s’est doublée du sabordage de la flotte française en rade de Toulon (27 novembre 1942), fait sans précédent dans les annales maritimes internationales. Plutôt que de résister stoïquement aux bombardements, comme l’ont fait les Londoniens, plutôt que de rebondir à l’instar des États-Unis après la destruction de leur flotte à Pearl Harbour ou de prendre exemple sur l’Union Soviétique sacrifiant 20 millions de personnes pour défendre Stalingrad, la France s’abandonne au Maréchal Pétain et à tous les revanchards qui n’ont pas accepté le front populaire et ses congés payés. La France de Vichy capitule et bascule dans la collaboration.

Face à cette succession de défaites et d’humiliations, la France restaurée renoue avec la politique de la canonnière : Sétif en Algérie (8 mai 1945) à Thiaroye au Sénégal en 1946, à Sanaga au Cameroun en 1957 et à Bizerte en Tunisie en 1958. L’effondrement des deux piliers de la stratégie atlantiste sur la rive sud de la Méditerranée (Zine Al Abidine Ben Ali (Tunisie) et Hosni Moubarak (Égypte), les deux béquilles arabes du projet sarkozyste de l’Union pour la Méditerranée (sur fond d’effondrement bancaire du système capitaliste), fait resurgir les pulsions mortifères des deux anciennes puissances coloniales de la zone – le Royaume Uni et la France, dans ses anciennes chasses-gardées : la Libye (mars 2011) et la Syrie (été 2012).

Incorrigible récidiviste, la France renoue avec ses vieux démons, réactive son vieil attelage avec la Turquie, en soutenant la destruction de la Syrie, cadeau compensatoire au néo-ottoman pour le refus de l’Union Européenne de l’admettre en son sein.

Au regard de cette duplicité française et de la voracité turque, le parrainage franco-turc a grandement obéré la crédibilité de l’opposition syrienne off-shore dans sa contestation du régime baasiste. Tout au long de cette séquence, la France – médiatiquement pro-arabe -, est devenue substantiellement pro-israélienne.

Les courbettes des dirigeants français devant les princes arabes ne doivent pas faire illusion. Fusent-elles d’un « cheval fougueux », elles sont de peu de poids face au dispositif nucléaire de Dimona – symbole de la supériorité technologique de Tel-aviv – et gage d’une hégémonie militaire absolue israélienne sur le monde arabe depuis 60 ans. Excepté la parenthèse gaulliste, (1958-1981), la politique étrangère française, dans ses deux composantes chiraco-sarkozyste et hollando-fabusienne a généré une diplomatie philo-sioniste enrobée du vocable prétentieux de « politique arabe » fondée sur des hommes providentiels : Saddam Hussein durant la décennie 1970-1980, Rafic Hariri pour la décennie 1990-2000, le Qatar pour la décennie 2010, avant que François Hollande ne jette son dévolu sur la dynastie la plus obscurantiste de la planète, la dynastie wahhabite d’Arabie saoudite.

Aux yeux de l’historien français Marcel Gauchet, mai 1940 marque le moment où « la France a brutalement cessé d’être une grande puissance ». Depuis mai 1940, le syndrome de Vichy gangrène le débat intellectuel et politique de la France. Episode calamiteux, il sera suivi de deux autres catastrophes jamais entièrement assimilées : Dien Bien Phu et la guerre d’Algérie. Contrecoup funeste de son obsession pour la période 1940-1944,

UN SIECLE CALAMITEUX POUR LE MONDE ARABE

Calamiteux pour la France, les accords Sykes-Picot l’ont été aussi pour le monde arabe, et tout particulièrement la Palestine. La promesse d’un « Grand Royaume Arabe », un leurre mitonné et vendu par les Anglais aux Hachémites, a débouché sur la « Promesse Balfour », c’est-à-dire la promesse de création d’un Foyer National Juif en Palestine. Avec le consentement complice des pays occidentaux, la prolifération et la consolidation de bantoustans ont imposé la réalité de l’occupation et de la colonisation israélienne, selon une stratégie très efficace d’aménagement du territoire pour étouffer les grandes agglomérations urbaines palestiniennes (Ramallah, Bethléem, Naplouse, Hébron et Djénine).

Cette prolifération coloniale en guise de « Foyer National Palestinien » a rempli sa mission initiale : la fiction d’un improbable Etat palestinien en guise de solde de tout compte occidental d’un conflit centenaire dont la responsabilité première incombe essentiellement aux pays occidentaux. La promesse Balfour s’est révélée être une mèche à combustion lente qui a gangréné tout le XXe siècle et dont les répercussions retentissent encore de nos jours sur la vie internationale rendant tellement difficile la relation entre le Monde arabe et l’Occident.

Avec Sykes-Picot, en 1916, la France a capitulé face à son allié anglais. Un quart de siècle plus tard, en 1940, la France a capitulé face à son « ennemi héréditaire » allemand, avant de capituler quinze ans plus tard, en 1955, face à son ancien colonisé vietnamien à Dien Bien Phu.

Constat douloureux pour l’histoire militaire de la France depuis deux siècles, les capitulations désastreuses pour le pays se sont succédées : face aux Anglais à Waterloo en 1815 ; face à l’Allemagne en 1870 à Sedan ; de nouveau face à l’Allemagne nazie en mai 1940 ; face au Vietnamiens, quinze ans plus tard à Dien Bien Phu en 1954, soit quatre désastres en deux siècles.

Cible privilégiée des jihadistes, pourtant ses alliés objectifs contre le président syrien Bachar Al Assad – avec le double carnage de Charlie Hebdo (janvier 2015) et de Paris (13 novembre 2015) – la France apparaîtra rétrospectivement parmi les grands perdants de la guerre de Syrie et, selon l’expression de Marcel Gauchet « parmi les grands perdants de la mondialisation et parmi les grands perdants de l’Européanisation ». Un couple turco-allemand en en train de se substituer au couple franco-allemand, amorçant une victoire des anciens vaincus de la Première guerre mondiale.

Dans l’affaire syrienne, à un siècle d’intervalle, la France réveille sa connivence avec la Turquie avec les conséquences désastreuses. Perspective cauchemardesque qui démontre l’inanité de la politique française aux Proche et Moyen-Orient : « une éventuelle intégration de la Turquie à l’Union européenne entraînerait un recentrage des pays des Balkans par rapport au barycentre actuel de l’UE situé aujourd’hui en Allemagn. L’adhésion de la Turquie profiterait surtout à ce pays le plus peuplé de ce futur nouvel ensemble eurasiatique. La Turquie passerait ainsi devant l’Allemagne en termes de droit de vote au Conseil européen et en représentativité au Parlement de Strasbourg.

« Cette adhésion serait un formidable tremplin de puissance pour la Turquie, laquelle pourrait retrouver son rôle de « passerelle » entre les deux continents comme à l’époque ottomane de la Turquie d’Europe où son influence se faisait ressentir jusqu’à Vienne. La communauté turque d’Allemagne est la plus importante d’Europe. Nouvelle société germano-turque, l’Allemagne, si elle acceptait l’entrée de la Turquie dans l’UE, verrait son identité binationale s’accentuer. Le couple franco-allemand céderait la place au couple turco-allemand », soutient Hadrien Desuin (3).

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Allemagne-Turquie : Une revanche des anciens alliés vaincus de la 1e Guerre Mondiale, en somme. Au terme de ce siècle, si cette éventualité de concrétisait, la France aura eu tout faux. Précurseur, la France l’a souvent été au cours de son histoire, mais cette spécificité nourrie d’une conception hiératique de l’universalisme de sa mission versera dans la spéciosité au point de devenir un renoncement récurrent : celui de son indépendance nationale. Aux chemins de crête qu’elle ambitionnait d’arpenter, elle substituera les méandres fangeux de chemins qui ne mènent nulle part…

Faute d’un sursaut, à défaut de revisiter son histoire par une lecture critique de ses échecs, la France pourrait bien être la risée de la communauté diplomatique internationale ; Atteinte d’un phénomène d’hystérésis, « à l’insu de son plein gré ». Un astre mort qui continue de briller de sa luminosité d’antan, sans la moindre vitalité.

René Naba
30 mai 2016

REFERENCES : 1. Paris, 2 novembre 1915 (Archives du ministère des affaires étrangères) Instructions d’Aristide Briand, ministre des Affaires étrangères (1862-1932) à Georges Picot, consul de France à Beyrouth. Document publié dans « Atlas du Monde arabe géopolitique et société » par Philippe Fargues et Rafic Boustany, préface de Maxime Rodinson. Editions Bordas.
2. Sudhir Hazareesingh, professeur à Oxford : « Ce pays qui aime les idées – Histoire d’une passion française ». Editions Flammarion, 2015.
3. Hadrien Desuin http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2015/10/20/31002-20151020ARTFIG00254-turquie-ue-comment-erdogan-tord-le-bras-aux-europeens.php

1 Dépêche du 1er Messidor an III (19 juin 1795) de Verniac, Ambassadeur de France auprès de la Sublime porte, in « La vie de Pierre Rufin, orientaliste et diplomate (tome 1er) », par Henri Déhérain, conservateur de la Bibliothèque de l’Institut – Librairie orientale Paul Geuthner- Paris 1929.

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