COMITE VALMY

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La lettre de Léosthène, le 30 juin 2010, n° 591/2010 Cinquième année. Bihebdomadaire. Abonnement 350 euros. http://www.leosthene.com/

G8 et G20, répartition des rôles - par Hélène Nouaille

mercredi 30 juin 2010, par Comité Valmy


“ Réunis juste avant le G20, les Américains, les Japonais et les Européens, plus la Russie, ont décidé d’une nouvelle division du travail international. Au G8 de traiter les questions de sécurité et de paix internationales. Au G20 de seulement coordonner les politiques économiques à travers la planète ”. Au détour d’un éditorial désabusé sur les résultats concrets des sommets qui se sont tenus à Toronto (Canada) en fin de semaine dernière, Frédéric Lelièvre relève, pour le Temps (1), un des rares points remarquables qui vaille d’être souligné. Le reste est fait de réformettes à la marge et de mésententes à la fois sur les objectifs et les méthodes (2), l’effort ultime ayant porté sur un communiqué final (3) négociable auprès des opinions publiques de chacun.

“ Car le club des vieilles grandes puissances (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon et Russie) a tenté de renaître ce week-end ”. Réunis au nord de Toronto, à Muskoka (Ontario), le club né à Rambouillet en 1975 à six, élargi l’année suivante au Canada à sept puis à huit en 1998 en accueillant la Russie, se voulait à sa naissance informel : “ l’idée était que ces dirigeants se réunissent entre eux, sans une armée de conseillers, pour discuter des affaires du monde (dominées à l’époque par la crise pétrolière) en toute franchise et sans protocole, dans une ambiance décontractée (...). Il n’a ni secrétariat ni règlement intérieur arrêté. C’est le membre du groupe dont le tour est venu d’exercer la présidence qui définit l’ordre du jour et décide de la manière la plus appropriée de traiter chaque sujet ” (4).

Devenus rituels, “ les travaux du groupe ont évolué au fil des années pour tenir compte des besoins nouveaux et des évènements politiques. Ce forum qui, à l’origine, était axé essentiellement sur l’ajustement des politiques économiques à court terme entre les pays participants, a adopté depuis une perspective plus générale et plus structurelle”. Ces “besoins nouveaux”, comprenez la nécessité de dialogue avec les pays émergents, obligent les dirigeants à élargir leur consultation à de nouveaux partenaires après les crises financières des années 1990. C’est ainsi que naît en 1999 le groupe du G20 (dix-neuf pays plus l’Union européenne), dont les ministres des finances, les dirigeants des banques centrales et les chefs d’Etat se consultent régulièrement (5) en se réunissant par groupes séparés (chefs d’Etats et de gouvernements, responsables des finances et depuis avril 2010, ministres de l’emploi).

Les deux groupes, G8 et G20, sont restés distincts, le premier représentant près de 36000 des presque 60000 milliards de dollars de la richesse produite dans le monde (PIB, 2009, chiffres du FMI), le G20 (dont le G8) 91% du PIB mondial. Regardés autrement, ces chiffres montrent aussi l’état des forces dans le monde et leur évolution : “ Ce qui traduit le plus le changement de rapport de force, c’est la création du G20. Les membres du G7 qui s’étaient opposés avant, au « Conseil de sécurité économique » de Jacques Delors, à la tentative d’élargissement de Mitterrand, en 1989 (...), et à celle de Chirac, en 2003, ont fini par se résigner à un élargissement à vingt, issu d’un compromis Sarkozy/Bush. Ils ont reconnu par là qu’ils ne gouvernent plus le monde seuls. Ils restent les plus riches et les plus forts, mais ils ne sont plus les maîtres exclusifs ” résumait Hubert Védrine pour la revue Le Débat, en mai 2010 (6).

Depuis ce que l’ancien ministre des Affaires étrangères français appelle ailleurs la “première mondialisation” menée par les pays européens depuis 1850 avec la constitution de leurs empires, le relais de la puissance politique a été pris avec les Etats-Unis. Jusqu’à la fin de la guerre froide : “ Les Occidentaux se sont collectivement illusionnés dans l’appréciation de la situation d’après, non pas la « chute » du Mur en novembre 1989 (...), mais d’après la fin de l’URSS en décembre 1991. Vous vous souvenez du climat de l’époque : nous sommes à la fin de l’histoire, les Occidentaux ont gagné, leurs conceptions vont s’imposer partout, etc. Illusion d’optique : cette euphorie a pris une forme aimable et bonhomme, sous les administrations Bush père et Clinton, et une forme brutale et militarisée, frappée d’hubris, sous l’administration Bush fils, tout en gardant d’un bout à l’autre une forme ingénue et niaise en Europe. Brutales ou niaises, les deux approches ont échoué ”.

La situation se complique avec la crise financière puis économique (voir la carte), née aux Etats-Unis, qui met à mal les puissants du G8. Non pas que, dans le contexte d’un monde étroitement interconnecté, les pays émergents soient épargnés : quand l’Union européenne, 16000 milliards de dollars de PIB, première puissance économique et commerciale, destination par exemple de 20% des exportations chinoises, éternue et songe à soigner ses déficits, le reste du monde ne peut qu’être inquiet pour sa santé. Mais il y a bien “ une remise en question classique des rapports de force, une redistribution de la puissance ” (6). Une redistribution qui se fait dans le désordre : les pays émergents sont fragiles, dépendants de leurs exportations (productions manufacturées et/ou matières premières), concurrents pour une part, disparates dans leurs ambitions. Ils ne peuvent à peu près rien sur le dérèglement du système financier mondial. Ils vivent dans le système imposé par l’Occident.

Et ils ne sont pas les puissances militaires du monde. On trouve au G8 quatre des cinq premières puissances nucléaires du monde et l’essentiel de la puissance militaire (les Etats-Unis à eux seuls représentent plus de la moitié du budget militaire mondial, qu’on y ajoute les alliés de l’OTAN et la Russie...). La Chine ne représente, malgré ses efforts actuels (constitution en particulier d’une marine de haute mer), 9 à 10% du budget américain (lequel atteint officiellement près de 700 milliards de dollars, environ le PIB de la Turquie). En revanche, aux pays émergents du G20 appartient la vitalité économique et les capacités de croissance. Qu’à-t-on vu lors des deux sommets, G8 et G20, au Canada ? Il suffit de regarder les agendas, distincts, des deux groupes : le G8, une fois réglée, si l’on peut dire, la question de la régulation financière (repoussée au sommet de Séoul, en novembre prochain), s’est réservé les questions de sécurité internationales (7). Le G20 “ a été désigné comme principale tribune pour la coopération internationale ” dit le communiqué final dès l’introduction (3).

Et de quoi traite le communiqué final du G8, au-delà des sujets convenus sur la santé, la faim dans le monde, la place des femmes ( !), l’environnement – promesses d’aides éternellement non tenues ? “ La prospérité, le développement et la sécurité sont inextricablement liés, et le bien‑être économique ainsi que la sécurité de nos pays et de ceux du monde entier sont, en conséquence, interdépendants ”. La “ paix et la sécurité internationales ” occupent les points 27 à 42 du communiqué final et l’annexe II (7). Y est dessinée, au travers des grandes questions du moment, dont la prolifération nucléaire, une vision d’un monde souhaitable (“ Les conflits, la criminalité, la piraterie et le terrorisme continuent à menacer la stabilité, la sécurité et la prospérité mondiales. Nous, le G8, sommes déterminés à aider les États et les régions partenaires pour qu’ils continuent à renforcer les capacités de sécurité civiles dont ils ont besoin pour faire face à ces vulnérabilités ”).

Avec un avertissement très clair : “ Nous, les dirigeants du G8, demeurons profondément préoccupés par de graves menaces pour la paix et la sécurité internationales (...). Nous ne pouvons baisser la garde (...)”. Et en se posant sans ambiguïté en leader et en garant d’un ordre mondial auquel tous sont sensés souscrire ou avoir souscrit : un monde “ fondé sur les principes de liberté, de démocratie, de respect des droits de la personne et de primauté du droit ”. Pour assurer cet ordre, nous “ demeurons prêts à poursuivre nos efforts sur la base de ces principes, en partenariat avec les uns et les autres et avec d’autres pays concernés pour faire face à des enjeux de sécurité qui nous touchent tous ”. Tous les points chauds du monde sont évoqués, de l’Iran à la Corée du Nord, de la Palestine à la Birmanie, du Soudan au Sahel, de la Somalie au Yémen, sans oublier l’Asie centrale, le conflit afghan et le Pakistan. Le vocabulaire est très neutre, choisi – il a fallu 45 heures pour parachever le communiqué final, nous dit le Temps qui offre sur les deux sommets un dossier très complet (8).

Bien sûr, le G8, comme le G20, sont des structures informelles, parallèles aux organisations internationales reconnues de tous (ONU), qui ne rendent de compte à personne – très loin des principes de démocratie que pourtant elles prônent, dans la mouvance de “gouvernances” vagues, préférées aux “gouvernements” responsables devant leurs électeurs. Très peu transparentes, contestées des absents et de ceux qui y sont mal représentés (Afrique), critiquées, souvent violemment dans les rues, elles ne sont qu’un forum de rencontres. Mais, lorsqu’on sait lire ce qu’il s’y passe, on voit se dessiner, derrière la novlangue des communiqués (celui du G8 s’est donné pour titre Reprise et renaissance), un rapport de forces, une configuration du monde qui façonnera le quotidien de tout un chacun – guerre, paix, conditions de vie. Derrière les masques des photos de groupe, il y a la réalité des (dés)équilibres, des volontés de puissance, des ambitions des Etats. Il s’est donc passé quelque chose au Canada, cette année : une réaffirmation par le club des vieilles grandes puissances qu’en dépit des incertitudes du moment, elles veillent, arme au pied, à l’ordre du monde tel qu’elles l’ont instauré – mouvement réfléchi ou impensé, la question vaut réflexion.

Hélène Nouaille

Carte :

La propagation de la crise du crédit dans l’espace et dans le temps, 2008-2009

Notes :

(1) Le Temps, le 28 juin 2010, Moins d’ambition

(2) Les Echos, le 28 juin 2010, Nicolas Barré, L’occasion ratée du G20

(3) Communiqué final du G20 de Toronto, les 26 et 27 juin 2010 (français)

(4) Historique du G8, Evian, 2003

(5) Composition du G20 aujourd’hui : Afrique du Sud, Allemagne, Arabie Séoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, Etats-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie et Union européenne.

(6) Hubert Vedrine.net, le 25 mai 2010, La redistribution de la puissance, texte publié dans la revue Le Débat n° 160, mai-août 2010

(7) Déclaration du G8 à Muskoka (Canada)

(8) Le Temps, le 28 juin 2010, Le G20 au chevet de l’économie

Léosthène, Siret 453 066 961 00013 FRANCE APE 221E ISSN 1768-3289. Directeur de la publication : Gérald Loreau (gerald.loreau@neuf.fr) Directrice de la rédaction : Hélène Nouaille (helene.nouaille@free.fr) Copyright©2010. La Lettre de Léosthène. Tous droits réservés.


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