COMITE VALMY

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Attentat de Nice et état d’urgence :
quelle politique pour la France ?
par Karine Bechet-Golovko

dimanche 17 juillet 2016, par Comité Valmy


Attentat de Nice et état d’urgence :
quelle politique pour la France ?

Le soir du 14 juillet, fête nationale, après le discours du Président de la République annonçant la non reconduite de l’état d’urgence, un camion se lance dans la foule sur la Promenade des anglais, sur 2 km il va faucher les estivants comme dans un jeu de quilles. Peut-on trouver un acte plus symbolique ? Il est temps non pas de reconduire mécaniquement l’état d’urgence qui ne peut empêcher des attentats, mais de lancer une réelle réflexion sur les choix de notre politique internationale. Ce qui comprend et nos rapports à la Russie et nos rapports à l’UE.

Alors que les français fêtent le 14 juillet, après le feu d’artifice, un camion se lance dans la foule, faisant à ce jour 84 morts, 18 blessés en urgence absolue et des blessés dont le nombre n’est pas donné par la presse. Des mouvements de panique s’emparent du centre ville, comme l’attestent de nombreuses vidéos.

Le chauffeur, un tunisien de 31 ans, est abbatu par le Raid. Des tirs ont été échangés, on ne sait pas s’il était seul ou avait des complices et des armes factices ont été retrouvées dans le camions. Cet attentat est immédiatement considéré comme acte terroriste, sans avoir été revendiqué. Sa réalisation rappelle les consignes de Daesh en 2014 :

« Si vous ne pouvez pas trouver d’engin explosif ou de munition, alors isolez l’Américain infidèle, le Français infidèle, ou n’importe lequel de ses alliés. Ecrasez-lui la tête à coups de pierre, tuez-le avec un couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le dans le vide, étouffez-le ou empoisonnez-le. »

La Promenade des anglais ressemble plus aux rues Bagdad ou de Damas qu’à celles d’une ville française.

Pour autant la réponse apportée par le Chef de l’Etat fut la même que celle apportée après chaque attentat. Reconduire l’état d’urgence. Car la menace terroriste est présente. Mais sans réelle remise en cause de notre politique étrangère, sans même parler des choix de politique intérieure en matière sécuritaire. Car l’état d’urgence n’est pas et ne peut pas être un état permanent, sinon il n’est plus "d’urgence". C’est l’impasse dans laquelle se trouve le Gouvernement, incapable de mener une réflexion de fond et obligé de normaliser un état d’exception, tout en disant aux français de continuer à vivre "normalement".

Etat d’urgence, sécurité nationale et politique intérieure

Les gouvernants cherchent dans l’état d’urgence un placébo à l’accumulation des erreurs stratégiques commises ces dernières années. Un constat pourtant s’impose : un état qui refoule sa souveraineté aux calendes grecques ne peut assurer sa sécurité intérieure. Car cette politique impliquant des éléments de souverainté n’est plus justifiée.

Commençons avec l’état d’urgence, instauré suite aux attentats de Paris et Saint Denis du 13 novembre 2015 par décret du Conseil des ministres dans la nuit. Il fut depuis continuellement reconduit par une loi votée par le Parlement. Cet état d’urgence légalise une restriction des libertés, comme le droit de manifestation, la liberté d’association, et autorise à prendre des mesures restrictives de liberté sans intervention préalable de l’autorité judiciaire, comme les assignations à domicile, les facilités de perquisition. Il s’agit en quelque sorte d’un arsenal juridique nécessaire pour faciliter et accélérer les enquêtes lorsque des attentats sont déjà commis. Ces dispositions permettent d’aller plus vite, mais ne permettent pas, en soi, d’empêcher des actes terroristes. Au mieux, il est possible de découvrir de nouveaux projets terroristes prévus par des groupes sous surveillance. Ce qui n’est pas négligeable, mais n’est pas suffisant pour régler le problème.

Une question rhétorique se pose toutefois : est-il possible d’atteindre le risque zéro en matière de terrorisme ? Des pays comme Israel qui y sont continuellement confrontés nous montrent que c’est impossible. Mais les français ne sont pas prêts, pour autant, à changer leur mode de vie, à prendre cette menace au sérieux, sauf dans les quelques jours qui suivent un attentat. Combien de jours les plages de Nice resteraont-elles fermées ? Et est-ce nécessaire ? Souvenons-nous aussi de la sécurité dans les stades de foot lors de l’Euro et de l’état d’urgence, de l’inefficacité des contrôles à l’entrée, par exemple, des mouvements de foule. Sans même se demander comment il est possible de concilier Euro et état d’urgence. Mais la France est très douée pour sous-estimer les problèmes, ne pas vouloir les regarder en face. De cette manière, il n’est pas nécessaire de les régler et avec un peu de chance, quelqu’un les règlera pour vous. Ca ne marche pas avec le terrorisme et il est temps que les dirigeants et les citoyens en prennent conscience, même si cela peut perturber leurs vacances.

Dans cette logique, F. Hollande d’en appeler "à la réserve opérationnelle", qui compterait environ 50 000 personnes et serait déployée sur le territoire pour aider les forces de l’ordre. Cette réserve qui est censée faire le lien entre la Nation et l’armée. Ainsi, dans les périodes difficiles, l’on se souvient de cette Nation si dangereuse.


Le chef de l’Etat a annoncé "faire appel à la réserve opérationnelle". Et président de la République de préciser : "C’est-à-dire à tous ceux qui à un moment ont été sous les drapeaux ou dans les effectifs de la gendarmerie pour venir soulager les effectifs de policiers et de gendarmes."

Or, ces "50 000" comprend déjà la réserve de la Gendarmerie nationale. Sur le site de la Gendarmerie, il est inscrit que, en 2016, la réserve comprend 26 000 personnes. Car les armées sont passées d’une réserve de masse à une réserve beaucoup plus ciblée. En effet, depuis 2000, elle a été largement ... "ciblée" :

Années 2000 2012

Total des armées 500 000 94 050

Gendarmerie 135 000 40 000

Rapport 27% 4 3, 80%

Il ne reste pas grand monde à déployer, mais ils ont été merveilleusement bien triés. C’est rassurant. Sans compter que la deuxième partie de la réserve, dite "réserve citoyenne", composée de volontaires citoyens, fut un flop total. Et c’est normal, vous ne pouvez pas agiter la Nation quand ça vous arrange, la dépoussiérer un peu, lui refaire une beauté pour la rendre présentable et attrayante. Ou bien brandir Nation et nationalisme, comme les deux facettes inéluctables d’une même médaille. Choisissez votre camp, choisissez vos valeurs, si la population est dans l’ensemble plutôt manipulable, elle ne peut pas aussi vite prendre un tel virage. Passer du danger de cette Nation sanguinaire à sa défense.

Autrement dit, les mesures proposées dans l’urgence par le Président ne sont pas celles qui permettent de lutter contre le terrorisme, elles permettront peut être de rassurer la population et de mener l’enquête sur cet acte précis.

Mais il faut penser à l’avenir. La menace terroriste est une constante de notre époque et l’état d’urgence ne peut être une constante d’un régime démocratique. Il faut reconnaître que ce sont nos erreurs politiques qui ont construit cette menace terroriste, elle est le fruit de notre "stratégie" internationale, ou de son absence. Seule une modification de cette politique internationale permettra de faire retomber la pression terroriste. Car finalement les deux, la politique intérieure et la politique internationale, sont liées.

UE, Russie et lutte contre le terrorisme

La politique française en matière de lutte contre le terrorisme n’est pas orientée, aujourd’hui, vers une défense des intérêts nationaux, mais se perd dans les méandres d’intérêts conjonctuels qui la dépassent.

La bureaucratie européenne montre l’inefficacité des structures de l’UE à aider dans la lutte contre le terrorisme. Les mesures ne peuvent que revêtir un caractère national et la coopération ne peut se faire qu’entre états. Les frontières et leur contrôle, la coopération policière et judiciaire entre les pays. Ce sont des éléments importants, des éléments hors UE. Car ce sont des mesures de souveraineté nationale, qui n’ont rien à voir avec les priorités de cette organisation néolibérale, dont le but premier est la lutte contre les barrières étatiques.

Autement dit, à ce jour, la lutte contre le terrorisme ne peut se construire que contre l’UE. Et d’une manière générale, cela impose de revoir ses alliances. L’Europe - et non l’UE - a besoin de la Russie pour régler la question. Ce qui n’implique pas de casser la vaisselle avec les Etats Unis, mais de savoir défendre ses intérêts et les faire respecter. Ce qui implique de restaurer une politique nationale. Restaurer les relations avec la Russie est un impératif de la sécurité européenne. Pas en raison d’une hypothétique et absurde menace d’invasion russe, mais parce que la Russie est le pays-clé dans la lutte contre l’état islamique, organisation qui incarne maintenant la terreur globalisée sur fond de scénario hollywoodien. Or, collaborer avec un pays contre lequel on adopte des sanctions est non sens.

Malheureusement, l’on ne voit pas poindre la moindre tentative de réflexion de fond chez les dirigeants actuellement en place en France. Dans ce vide politique et intellectuel, le terrorisme a de beaux jours devant lui.

Karine Bechet-Golovko
vendredi 15 juillet 2016

Russie politics


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