COMITE VALMY

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Source : Blog de Paul Jorion 19 juillet 2010

L’actualité de la crise : difficile réveil à l’Est, par François Leclerc

mardi 20 juillet 2010, par Comité Valmy


Quelle mouche a bien pu piquer le gouvernement conservateur hongrois, qui vient de recevoir les foudres du FMI en retour sur le nez ? Pourquoi a-t-il donc décidé de lever sans crier gare une taxe d’un montant de 0,45% de l’actif net des banques, au prétexte de contribuer à combler le déficit public ? Un taux bien plus élevé que ce qui est prévu dans d’autres pays – et n’est pas encore appliqué – qui devrait permettre à la Hongrie de recueillir 650 millions d’euros de recettes annuelles, le tiers des profits bancaires déclarés.

Une première réaction des établissements financiers d’Europe de l’Ouest ne s’est pas faite attendre, car ce sont eux qui détiennent les plus importantes participations dans les banques nationales et qui vont indirectement être mis à contribution si la mesure est maintenue telle quelle.

Ils se sont plaints par courrier auprès du FMI, en menaçant de retirer leurs investissements alors qu’il leur a été instamment demandé de ne pas le faire, ce qui précipiterait le pays dans une crise péniblement endiguée. Voici la liste de ces bonnes âmes, qui ont su frapper à la bonne porte après avoir dégagé, en amont de la crise, de très importantes marges à leurs investissements : Raiffeisen International (Autriche), Erste Group Bank (Autriche), KBC (Belgique), UniCredit (Italie), Intesa Sanpaolo (Italie) et BayernLB (Allemagne).

La réponse du FMI a été fulgurante. Avec ses partenaires, il a interrompu les négociations menées depuis plusieurs semaines avec le gouvernement, en vue de prolonger un accord portant sur un prêt de 20 milliards de dollars qui implique également la Banque mondiale et l’Union européenne. Il arrive à échéance en octobre prochain. Cette aide financière n’a été certes que partiellement utilisée, mais son existence permettait aussi au gouvernement d’accéder au marché international dans des conditions encore acceptables.

Le prétexte donné a été l’absence d’accord avec le gouvernement à propos de mesures en discussion dans les domaines de la santé et des transports en commun, afin de contribuer à l’assainissement des finances de l’État. Des « mesures difficiles » mais indispensables, a insisté Christoph Rosenberg, le chef de mission du FMI, appuyé par Olli Rehn, le commissaire européen aux affaires économiques. Suivant l’expression consacrée dans les milieux financiers, il faut gratter jusqu’à l’os !

Dans l’immédiat, le versement de nouvelles tranches du prêt est suspendu, les discussions devant reprendre en septembre prochain. György Matolcsy, le ministre hongrois de l’économie, a clairement indiqué, sur la chaîne CNBC, que le montant de la taxe bancaire faisait l’objet du désaccord, la seule alternative étant l’adoption de nouvelles mesures d’austérité auquel le gouvernement s’est refusé de souscrire.

Le vote de la loi portant sur la taxe bancaire aura lieu jeudi prochain, mais les modalités d’application restent à déterminer… Le calendrier de la suite est serré, car les élections municipales auront lieu en octobre, date d’échéance des accords avec le FMI, le gouvernement ne pouvant pas revenir en arrière avant qu’elles ne se tiennent.

Ce nouvel épisode de la crise dans les pays du PECO – acronyme retenu dans le jargon communautaire pour les pays d’Europe centrale et orientale – marque un tournant dans la politique menée jusque-là par le FMI. Ce dernier a joué les pompiers depuis des mois et des mois, sans désemparer, consacrant une très importante partie de ses moyens financiers à les soutenir. Une priorité même, sous forme d’un soutien indirect à l’Europe occidentale, ou plus précisément à ses banques qui ont pris possession du système bancaire du PECO, une excellente affaire jusqu’alors.

Jusqu’à maintenant, le FMI n’était pas trop regardant sur le reste, n’exigeant pas ces conditionnalités (les sévères contreparties que doivent consentir les États assistés) qui ont fait sa triste réputation. Se prévalant même de cette nouvelle ouverture pour se présenter sous son meilleur jour et déclarer qu’une page était tournée. Autre temps, autres mœurs.

Si la fermeture qui vient d’intervenir en Hongrie devait se confirmer, comme ce sera probablement le cas, cela signifierait que le temps de la rigueur est venu, dans les pays du PECO comme dans ceux de l’Ouest, ce que nous avions déjà cru comprendre dans le cas de ces derniers. Cela éclairerait sous un jour nouveau l’information qui vient de sortir, selon laquelle le FMI se préparerait à demander 250 milliards de dollars de rallonge aux 750 milliards déjà accordés, à l’occasion du prochain G20 de Séoul.

Selon le FMI, cette enveloppe serait destinée à prévenir les crises, et non plus seulement à y répondre quand elles ont éclaté, comme sa mission traditionnelle est de le faire, dans une douleur qui n’est pas partagée par tous. L’idée avancée est qu’il dispose du savoir faire pour tailler sur mesure des plans de soutien financier aux pays qui sont sur le fil du rasoir, avec comme objectif affirmé de calmer les nerfs des marchés préventivement. Une politique que le cas hongrois a précisément illustrée, avant le dérapage actuel. Ce dernier permet au FMI de montrer qu’il reste un gardien vigilant de l’ordre planétaire, et devrait sans doute lui permettre d’obtenir ces nouveaux moyens, après avoir montré patte blanche. Il sera toutefois intéressant de voir sous quelle forme cela lui sera toutefois accordé, en ces temps de disette budgétaire chez des puissances occidentales qui font la pluie et le beau temps en son sein.

Cette mission élargie s’inscrit bien dans le cadre des prétentions qu’il ne cesse de manifester, afin de jouer un rôle de plus en plus affirmé – voire clé – dans les solutions aux problèmes financiers (les bulles à résorber), que ni les États ni les banques centrales ne parviennent à véritablement régler, tout juste à contenir et à gérer à la petite semaine. Le FMI revêt peu à peu le costume du sauveur suprême, quand tous les prétendants à ce rôle doivent les uns après les autres l’abandonner, car ils ne sont pas de taille à l’endosser.

Ne pas réveiller le monstre – le marché – semble toutefois un délicieux enfantillage, tant que ne sont pas précisées les contre-parties qui lui seront proposées pour rester assoupi. L’ogre est insatiable. C’est un peu court comme politique, à croire que la science économique est à court d’idées.

Pour preuve de cette impasse globale, la semaine qui débute va être consacrée à l’attente triomphante – mais bien peu crédible – des résultats des stress tests des banques européennes, rythmée par les fuites bien intentionnées quant à leurs résultats présumés. Heure officielle de leur publication fixée ce matin par un mail du Committee of European Banking Supervisors (CEBS) qui est en charge : le 23 juillet à 18 heures CEST (Central European Summer Time). Réglons nos montres !

Cette semaine verra aussi l’audition, de l’autre côté de l’Atlantique où les nuages s’accumulent également, laissant un certain répit aux Européens, de Ben Bernanke, président de la Fed. Un passage devant une commission d’honorables parlementaires, auquel sont suspendus tous ceux qui en espèrent des éclaircissements sur la politique à venir de la Fed. De nombreux analystes considérent qu’une nouvelle vague de mesures s’appuyant sur une relance de la création monétaire est inévitable, vu les faibles perspectives de croissance et le maintien du chômage, pour ne pas parler de la tendance récessive qui menace. Alors que les parlementaires s’efforcent de fermer les robinets à crédit à l’administration Obama, de peur que leur laxisme puisse leur être reproché lors des prochaines élections de novembre prochain.

Il n’est pas sans intérêt, en attendant, de s’attarder un peu sur les PECO, qui sont à l’Est ce que les PIIGS sont à l’Ouest. Par parenthèse, à propos de ces derniers, Moody’s vient de dégrader la note de l’Irlande, confirmant qu’après le beau temps vient la pluie, et même l’orage en été. Que l’accalmie que l’on enregistre actuellement sur le front obligataire européen n’est sans doute pas sans rapport avec les achats auxquels les Chinois semblent avoir tout dernièrement procédé sur ce marché, une nouvelle crise européenne assortie d’une chute de l’euro n’étant pas dans leur intérêt, en raison de leurs propres difficultés. Et qu’il faut attendre la suite.

L’histoire de ce qui a été présenté, à la manière d’un beau livre d’images, comme la convergence entre l’Ouest et l’Est, un vieux rêve de ce côté, est en réalité singulièrement plus prosaïque. Pour résumer les faits à l’essentiel, tout s’est passé comme si les capitaux Ouest-européens s’étaient rués – cette fois-ci à l’Est – vers l’Eldorado que représentaient ces nouveaux territoires inexploités (enfin, exploités, mais pas de la même manière). Accueillis en héros et comme des libérateurs, ils ont conquis les unes après les autres les places qui s’offraient à eux : le marché immobilier, celui de la distribution et, cerise sur le gâteau, les services financiers.

La délocalisation Ouest-européenne de la production qui s’en suivit, afin de bénéficier des savoir-faire et des bas salaires, n’était qu’un des aspects de ce qui était une prise de pouvoir financière et économique globale. Alors que la déferlante fantasmée des plombiers polonais suscitait côté occidental des craintes infondées. Afin que la promesse du capitalisme puisse se réaliser, enfin, le crédit aux particuliers consenti par des banques devenues sous contrôle et pourvues des moyens adéquats s’envolait à l’Est. Pour ne pas prendre de risque et présenter une offre encore plus attrayante, le cours des monnaies locales montant sous cette nouvelle prospérité de façade, diminuant les remboursements d’autant, de nombreux crédit étaient accordés en euros, ou en francs suisses.

Lorsque, la crise financière aidant, les capitaux qui avaient afflué ont été brutalement retirés, car appelés dans l’urgence ailleurs pour combler des trous, tout l’édifice est tombé par terre, comme si un tapis lui avait été retiré de dessous les pieds. Une dynamique contraire s’est dès lors engagée, qui a amené les exportations à dégringoler – du fait de la crise économique en Europe de l’Ouest – les déficits des États à grimper, car les dépenses en avaient fait autant et les recettes diminuaient, les monnaies à chuter, alourdissant considérablement le poids des dettes, des particuliers comme des États. Sur les marchés financiers, les PECO n’étaient plus en grâce, le FMI a du précipitamment arriver et distribuer des crédits pour remplacer les capitaux privés qui avaient fuit. Un sauvetage de plus.

Le beau schéma qui faisait la fortune de tous, surtout des financiers qui l’avaient initié, était foutu par terre : la Russie et l’Ukraine vendant leurs matières premières, ensuite transformées dans les pays du PECO à moindre coût, les produits manufacturés exportés enfin vers les pays européens à plus fort pouvoir d’achat (où ils étaient souvent achetés à crédit).

Des deux côtés, du rêve avait été vendu. A l’Est, celui de l’accession à un modèle de consommation hier inaccessible, à l’Ouest celui d’une convergence européenne asseyant la prospérité de tous. Ce rêve trompeur masquait une rapide extension du capitalisme financier dans sa logique la plus redoutable, qui s’est depuis révélée. Il a fallu se réveiller, la rigueur est la seule promesse qui pourra maintenant être tenue.


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