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Quand la Grande-Bretagne largue les amarres...
Theresa May, première ministre : " Nos lois ne seront pas faites à Bruxelles mais à Westminster "
par Jean LEVY

dimanche 16 octobre 2016, par Comité Valmy


Quand la Grande-Bretagne largue les amarres...
Theresa May, première ministre : " Nos lois ne seront pas faites à Bruxelles mais à Westminster ",

"REPRENONS LE CONTRÔLE !"

Mercredi 5 octobre, Theresa May, clôturant le congrès du parti conservateur à Birmingham, a rythmé son discours de références à la " souveraineté " et à l’" indépendance " retrouvées. Elle s’est dite porteuse d’" une vision ambitieuse pour la Grande-Bretagne après le Brexit " et d’un " plan optimiste " pour que le pays joue " un nouveau rôle dans le monde ", car " le monde a plus que jamais besoin d’une Grande-Bretagne mondiale ".

Soucieuse de signifier aux électeurs que leur message souverainiste du " Take back control" ( Reprenons le contrôle")( a été entendu, Mme May a promis le vote au printemps 2017 d’une grande loi d’abrogation des lois européennes.

" Nos lois ne seront pas faites à Bruxelles mais à Westminster ", a claironné la première ministre, Les députés ont " mis entre les mains du peuple " la décision sur le Brexit, " maintenant, c’est au gouvernement de continuer le travail ". Certains ministres, comme celui du Brexit, David Davis, et celui du commerce international, Liam Fox, prônent une sortie de l’union douanière, seule voie à leurs yeux pour négocier des traités de libre-échange avec les pays du Commonwealth, qu’ils présentent comme de " fabuleuses opportunités ".

Mais ces positions ne font pas l’unanimité au sein des milieux patronaux, en particulier au sein de la City. Le monde de la finance juge suicidaire économiquement les mesures annoncées. Le ministre des finances, Philip Hammond, est leur principal relais au gouvernement. Ils plaident en faveur d’un " soft Brexit " qui sauvegarderait une forme d’accès au marché unique, même au prix d’un maintien de la libre circulation, qui frustrerait les électeurs anti-immigration.

Par contre, Theresa May est prête à privilégier l’une des promesses des Brexiters – la fin de la libre entrée des Européens – au détriment d’une autre, totalement contradictoire pour l’UE : l’accès au marché unique.

Dans le cadre de cette politique du "grand large", la Première ministre a donné à son discours une tonalité que les médias français qualifient de "populiste".

C’est ainsi la nouvelle Première ministre a développé une longue plaidoirie en faveur de l’intervention de l’état pour contrer les inégalités sociales et amortir le choc du Brexit. Des tories, largement perçus comme le parti des nantis, elle entend faire « le parti des travailleurs ordinaires », pourfendeur des privilèges et promoteur d’une « grande méritocratie qui fonctionne au bénéfice de tous ».

Pour Theresa May, le Brexit offre l’occasion d’une "révolution tranquille », destinée à la fois à donner au Royaume-Uni « un nouveau rôle sur la scène mondiale" et à positionner les conservateurs "au centre de l’échiquier politique"

Renvoyant dos à dos "la gauche socialiste et la droite libertarienne", elle s’en est prise à ces "gens en position de pouvoir" [qui] se comportent comme s’ils étaient plus proches des élites internationales que des gens qui vivent en bas de chez eux, qu’ils emploient ou qui passent dans la rue"

« Si vous êtes un citoyen du monde, vous êtes un citoyen de nulle part. Vous ne comprenez pas ce que le mot même de “citoyen” signifie », a-t-elle lancé en dénonçant les sociétés qui esquivent l’impôt et les patrons qui font passer leurs dividendes avant la retraite de leurs salariés. « Voila pourquoi je suis ici : défendre les faibles et résister aux forts », a-t-elle proclamé sous un torrent d’applaudissements d’un public de gens bien mis.

Au-delà des accents démagogiques, la Première britannique doit tenir compte - face aux adversaires du Brexit - des deux courants qui au sein des Britanniques - ont concouru à faire sortir la Grande-Bretagne de la forteresse Europe : la masse des déshérités, la population des villes anciennement manufacturières, aujourd’hui en déshérence du fait de la politique d’austérité imposée par Bruxelles et victime de la concurrence inter-européenne que l’UE institue en faveur d’une main d’œuvre étrangère sous payée, en application de la "libre circulation" des hommes, des capitaux et des marchandises sur le territoire de l’Union.

Mais les partisans du Brexit ne sont pas seulement issus des couches populaires, même si celles-ci ont fait la différence. Une part de la grande bourgeoisie de Grande-Bretagne, pour ses intérêts propres, regardait au-delà de l’Europe, imposant déjà un statut dérogatoire à certaines lois communautaires. Mais, même ainsi, elle se trouvait à l’étroit au sein de l’Union. Le souvenir de l’Empire des Indes, là où le soleil ne se couchait jamais, hante beaucoup d’esprits de la haute société. Cette bourgeoisie regarde vers le large, pour son commerce, importer, exporter, faire des affaires. Un horizon qui suppose la création de richesses, donc d’une industrie. L’autre lorgne vers l’Europe, ses salles de marchés, un espace sans frontière de spéculation, un immense casino où s’accumulent les fortunes ...

Ce n’est pas la première fois, dans l’histoire de la Grande-Bretagne, que ses "élites" se sont entre elles opposées. A la fin des années 30, le gouvernement du conservateur Chamberlain pactisait avec l’Allemagne de Hitler. Une fraction importante de l’aristocratie, avec le duc de Windsor, regardait tendrement défiler les hordes nazies. Le "danger bolchevik" primait toute autre considération.

A l’opposé, une autre partie du capital, dont Winston Churchill était le champion, voyait dans le Troisième Reich, un concurrent dangereux dont il fallait barrer la route. En s’alliant - provisoirement - avec le diable, qui avait alors le visage de Staline. C’est cette vision de l’histoire qui a alors heureusement triomphé.

Aujourd’hui, le choix de Theresa May, comme celui de Churchill en 1940, rompant avec l’Europe intégrée sous direction allemande, constitue un tournant historique de la Grande-Bretagne et une leçon pour les peuples du continent. Cette mise en cause du mythe européen doit donner confiance aux autres peuples, d’abord parce que l’évènement montre aux autres nations qu’il est possible de sortir de l’Union européenne quand le peuple le décide majoritairement. Ensuite, que cette rupture est l’acte fondateur d’une nouvelle souveraineté, condition de la mise en route d’une politique conforme aux intérêts nationaux.

Merci au peuple britannique qui a ouvert le chemin.

Jean Lévy
du Bureau national du Comité Valmy
13 octobre 2016

A partir d’informations parues dans "Le Monde"
daté du 5 octobre 2016


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