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L’implicite de la crise kirghize - Le nouveau réalisme russe face au pragmatisme d’Obama - par Jean Géronimo

mardi 3 août 2010, par Comité Valmy


‘’La longévité et la stabilité de la suprématie américaine sur le monde dépendent entièrement de la façon dont ils manipuleront ou sauront satisfaire les principaux acteurs géostratégiques présents sur l’échiquier eurasien et dont ils parviendront à gérer les pivots géopolitiques clés de cette région’’.

Zbigniew Brzezinski

Le Grand échiquier

(2000, p. 250)

A l’issue de la crise politique provoquée par le renversement du président K. Bakiev, on a pu un moment redouté le pire pour l’avenir du Kirghizstan. Car à ce coup d’Etat plus ou moins manipulé de l’extérieur et potentiellement porteur d’instabilité politique interne, ont succédé des troubles inter-ethniques particulièrement sanglants et à terme, porteurs d’instabilités externes - en particulier en périphérie post-soviétique. Face à cet enchaînement de violences ethniques, le président russe Dimitri Medvedev a déclaré, le 15 juin 2010, que la situation au Kirghizistan était devenue ‘’intolérable’’.

Dans son essence, cette crise est politiquement non neutre en termes de restructuration des rapports de force sur l’ancien espace soviétique et notamment, de redéfinition du rôle de la Russie dans sa zone d’intérêt historique. Aujourd’hui, cette dernière tend à abandonner l’interventionnisme systématique - à dominante idéologique - qui la caractérisait sous la période soviétique, au profit d’une attitude plus prudente et responsable, privilégiant ses intérêts nationaux mais s’efforçant, dans le même temps, de préserver les grands équilibres politiques de la région.

Cette orientation plus réaliste de sa politique extérieure a conduit Moscou à rejeter toute action unilatérale dans le règlement de la crise kirghize et au-delà, à agir prioritairement dans le cadre des structures de sécurité collective instaurées, sous son impulsion, sur l’espace post-soviétique. Mais en définitive, le comportement russe semble étroitement lié aux enjeux réels - plus ou moins cachés - de la crise kirghize. Car, à terme, cette crise pourrait remettre en cause la présence américaine soucieuse de se maintenir en Asie centrale mais contrainte aujourd’hui, à un certain pragmatisme pour défendre ses intérêts économiques et son nouveau statut dans la région comme puissance alternative à la Russie.

Dans cet axe, Washington cherche à maintenir le statu-quo politique en Asie centrale – au moyen d’une étroite coopération, voire d’un soutien des régimes en place – dans l’optique d’y stabiliser sa zone d’influence et in fine, préserver son accès aux ressources énergétiques. Et cela, d’autant plus qu’à une échelle plus globale intégrant l’Eurasie post-communiste, la puissance américaine - sur la base du levier otanien - serait désormais, selon l’éminent conseiller du président Obama, Zbigniew Brzezinski (2004, p. 7), ‘’l’ultime garant de la stabilité internationale’’ .

En ce sens, il s’agira dans le cadre de cette étude d’analyser l’implicite de cette crise.

Avenir incertain

Le caractère critique de cette crise eurasienne s’explique par son double impact. Dans un premier temps, elle tend en effet à redistribuer les cartes des Etats présents en Asie centrale et au delà, à modifier les règles du jeu en zone post-soviétique, au profit d’une Russie renforcée et de retour dans son espace historique. Cette dernière, selon Brzezinski (2008, p. 208) chercherait aujourd’hui à ‘’instaurer un nouvel arrangement qui reviendrait à isoler l’Asie centrale du reste du monde (…)’’ . Dans un second temps, cette modification des règles tend à accroitre les risques de déstabilisation et de contagion révolutionnaire en Asie centrale, comme l’a rappelé le 29 juin 2010 le président kazakh, Noursoultan Nazarbaïev, dans un discours alarmiste à Astana, lors d’une conférence de l’OSCE . Désormais, un degré élevé d’incertitude caractérise donc le devenir de cette vaste région.

Jusque là et depuis la disparition de l’URSS le 25 décembre 1991, ces règles ont été imposées par une puissance américaine avide de profiter de sa victoire éclatante de la Guerre froide et de la faiblesse temporaire de la Russie post-soviétique, dans le but d’accélérer son recul dans sa proche périphérie – c’est-à-dire, dans son ancienne zone de domination impériale. Car la ‘’fin de l’histoire’’ issue de la chute de l’Union soviétique, reconnait Brzezinski (2008, p. 24), a conféré aux américains un nouveau statut impérial et une arrogance dans leur certitude de pouvoir ‘’désormais fixer les règles du jeu’’ – et au-delà, d’instrumentaliser les nouvelles règles internationales de la guerre. Mais surtout, selon la stratégie de déstabilisation patiemment mise en œuvre par Z. Brzezinski et parfaitement résumée dans son ouvrage majeur ‘’Le Grand Echiquier’’, il s’agit d’empêcher toute velléité russe de reconstruire son ancien Empire . Dans ce but, Brzezinski prône une politique centrée sur l’émancipation des anciennes républiques de l’URSS de la tutelle russe – principalement en zones caucasienne et centre-asiatique. Selon lui, cette contrainte oblige l’administration américaine à ‘’garantir l’indépendance des Etats post-soviétiques de la région’’ (Brzezinski, 2004, p. 92) – dont, naturellement, celle du Kirghizstan. Mais plus globalement, il s’agit de freiner, voire de bloquer l’émergence sur l’espace eurasien d’une nouvelle puissance majeure, potentiellement menaçante pour l’hégémonie américaine.

Cette orientation apparait clairement dés 1992, dans la conclusion de deux rapports du Pentagone, précisant que le maintien de l’hégémonie américaine née de la guerre du Golfe et de l’implosion du bloc soviétique implique de ‘’convaincre d’éventuels rivaux qu’ils n’ont pas besoin d’aspirer à jouer un plus grand rôle’’ – et que, dans le cas contraire, Washington serait contraint de les ‘’dissuader’’ . Le plus troublant est que cette aspiration américaine au ‘’premier rôle’’ sur le continent eurasien s’est maintenue jusqu’à aujourd’hui, sous des formes certes moins agressives avec l’administration Obama, qui a fait de l’Afghanistan - et donc de manière indirecte, en raison d’inter-actions stratégiques, du Kirghizstan - une des priorités de sa politique étrangère.

Ainsi, dans la vision de Brzezinski, l’Asie centrale serait la pièce maîtresse d’une véritable partie d’échecs menée à l’échelle de l’Eurasie et en cela, elle transforme le Kirghizstan en une variable clé du Grand échiquier. Car en définitive, la main mise sur le Kirghizstan permettrait à Washington de mieux contrôler l’évolution géopolitique future de l’espace post-communiste et plus particulièrement, le comportement d’une Russie revancharde.

Une zone stratégique

Dans la mesure où le Kirghizstan est au cœur d’une zone centre-asiatique stratégique et convoitée par les puissances américaine, chinoise et russe - voire européenne - cette crise prend une dimension particulière. Car, en dehors de son immense potentiel énergétique, l’Asie centrale apparaît comme un levier fondamental dans l’optique du contrôle du continent eurasien, centre névralgique du nouveau monde, selon Brzezinski. Sans ambages, ce dernier a rappelé l’intérêt politique évident de cette région pour la stratégie américaine de long terme, en matière de sécurité énergétique et de contournement de la Russie – via des circuits alternatifs : ‘’A un certain moment, probablement pas si lointain, des oléoducs et des gazoducs allant de l’Asie centrale à l’océan Indien en passant par l’Afghanistan et le Pakistan deviendront réalisables. Voilà de bonnes choses à faire.’’ (Brzezinski, 2008, p. 199). Depuis la fin de la Guerre froide, ce statut stratégique de l’Asie centrale au sein de la sphère eurasienne ne cesse de se renforcer, tout en restant une source de tensions croissantes entre russes et américains. Aujourd’hui, Washington va jusqu’à contester la légitimité de la domination russe dans cette région, nuisible selon elle pour son développement de long terme.

La Russie, affirme Brzezinski (2008, p. 208), ‘’devra admettre qu’elle ne peut contrôler indéfiniment cet immense territoire, au sous-sol potentiellement aussi riche, sans faire partie d’un ensemble plus vaste. Et cet ensemble est, par essence, la communauté euro-atlantique’’. A l’amorce de la décennie 2010, l’espace eurasien représente environ 75 % de la population mondiale, 60 % du produit national mondial et 75 % des ressources énergétiques de la planète . Considérée par Brzezinski (2000, p. 249) comme ‘’la scène centrale de la planète’’, l’Eurasie se présente désormais comme le moteur politique et économique du développement mondial. Dans l’optique d’y verrouiller la domination politico-militaire américaine, l’extension de l’Otan - et de sa zone de responsabilité eurasienne - devient pour Brzezinski (2004, p. 296) un point incontournable : ‘’le champ d’action stratégique de l’Alliance atlantique est appelé à s’élargir à l’ensemble eurasien’’ - d’où l’émergence d’une véritable fonction politique de l’Otan.

Sur un plan historique, l’Asie centrale - comme entité eurasienne - fait partie de la sphère d’influence russe, partiellement structurée sous le soviétisme. Cela a été récemment confirmé par l’ancien premier ministre russe (septembre 1998 - mai 1999), E. Primakov : ‘’La Russie a des intérêts évidents par rapport à ces pays (de l’Asie centrale : jg), qui ont appartenu à l’Union soviétique. Il existe des relations fortes entre les peuples, une histoire commune, un ancien espace économique unifié (…)’’ . En ce sens, on peut parler du maintien d’une forte culture soviétique en Asie centrale, contribuant in fine à renforcer l’unité, donc la stabilité de cette région. Or, dans la mesure où la ligne Brzezinski vise à introduire le ‘’pluralisme géopolitique’’ dans cette région - dont le Kirghizstan, depuis la révolution ‘’colorée’’ de 2005, ne serait qu’une parfaite illustration - elle remet en cause le rôle unitaire et régulateur de cette culture héritée du soviétisme. Car, dans son essence, cette stratégie pluraliste tend à éroder le lourd monolithisme russe, perçu comme le levier de sa domination politique et pour cette raison, considéré comme néfaste par le célèbre stratège américain. Par ce biais, la ligne anti-russe de Brzezinski est un facteur accélérateur de crise.

Dans le cadre de cette lutte pour la domination régionale, le Kirghizstan acquiert donc une indéniable dimension géopolitique et cela, d’autant plus qu’il abrite deux bases militaires majeures des Etats américain et russe – reflétant, en quelque sorte, une forme d’équilibre post-guerre-froide des puissances. Et, en définitive, sa position au cœur des itinéraires stratégiques de la région en fait un Etat-pivot incontournable sur l’Echiquier eurasien. Cela explique, depuis la disparition de l’URSS, la politique bienveillante de Washington à l’égard du Kirghizstan, dans le but de s’en faire un allié solide et de l’utiliser comme tête de pont pour s’implanter durablement dans la région. Dans ce schéma, on peut expliquer la première révolution libérale (‘’des tulipes’’) - qui a amené K. Bakiev au pouvoir en 2005 – comme une tentative de contrôle américaine d’une ancienne république soviétique, visant de facto à déstabiliser l’autorité russe et à remettre en cause son influence en Asie centrale. Sur ce point, on rappellera le rôle décisif des ONG contrôlées (via leur financement) par Washington dans le déclenchement de ces supposées révolutions spontanées d’inspiration libérale et en ce sens, il semble logique que le Kirghizstan soit caractérisé par une densité d’ONG anormalement élevée – déjà en 2005, 8000 ONG théoriquement kirghizes mais réellement étrangères, dans la mesure où elles sont de facto contrôlées par le pouvoir américain . En dernière instance, on rappellera la contribution déterminante de ces ONG dans la promotion de la ‘’démocratie’’ et par ce biais, dans la réussite des premières révolutions colorées en Géorgie (2003), en Ukraine (2004) et au Kirghizstan (2005) – dont une conséquence majeure a été d’ébrécher l’autorité russe (et ses intérêts) en Asie centrale.

De ce point de vue, on peut comprendre les critiques sans cesse réitérées de V. Poutine à l’égard de certaines ONG au comportement douteux et financées de l’étranger, utilisées par Washington comme moyens d’ingérence dans la vie politique interne des Etats de la zone post-communiste et au-delà, comme catalyseurs des révolutions libérales. Par leur intermédiaire, l’immuable Brzezinski a été particulièrement actif en Tchétchénie – via son ‘’Comité américain pour la paix en Tchétchénie’’ (American Committee for Peace in Chechnya), installé dans les locaux de Freedom House ( !) et en fait, destiné au soutien informel des indépendantistes tchéchènes. Ironie de l’histoire, c’est justement une seconde révolution - début avril 2010 - qui a renversé Bakiev dont le régime a été accusé de dérive autoritaire et de corruption généralisée.

La position russe

Aujourd’hui, une question majeure concerne la pertinence d’une intervention militaire russe pour - définitivement - stabiliser le pays et par ce biais, éviter une déstabilisation plus globale de la zone centre-asiatique. Dans les années 90, la Russie était déjà intervenue dans la région pour calmer les tensions ethno-nationalistes mais très vite, elle s’est laissée enfermée dans un conflit sanglant et surtout, elle a été accusée par les belligérants de nourrir la discorde pour justifier son action militaire. L’administration russe ne veut plus revivre un tel cauchemar.

Dans le contexte actuel de la retombée des tensions au Kirghizstan, l’hypothèse sur l’éventualité d’une action russe doit tenir compte de trois paramètres. D’abord Moscou a, jusqu’à présent, refusé d’intervenir en raison du ‘’syndrome géorgien’’ de l’été 2008 et de l’hostilité de l’opinion publique internationale qualifiant alors la réponse russe à l’agression de l’armée géorgienne de ‘’disproportionnée’’. Lors de sa visite du 5 juillet 2010 à Tbilissi, la secrétaire d’Etat américaine, H. Clinton a de nouveau condamné ‘’l’invasion et l’occupation de la Géorgie’’ par l’armée russe . Ensuite, le Kirghizstan se situe dans l’espace sécuritaire théoriquement couvert par l’organisation politico-militaire de l’OTSC, ce qui incitera probablement Moscou - le cas échéant - à organiser une action dans un cadre collectif impliquant l’accord des autres Etats de la région, issus des ex-républiques de l’URSS. Enfin, Moscou doit tenir compte des intérêts des Etats kazakh, ouzbek et tadjik dans la mesure où le Kirghizstan se trouve dans leur espace d’influence politique et comporte d’importantes minorités ethniques provenant de ces derniers – d’où le problème actuel des réfugiés ouzbeks (15 % de la population kirghize), contraints de fuir les massacres ethniques .

De ce point de vue, en créant artificiellement de nombreuses minorités ethniques disséminées à l’échelle de l’URSS, l’héritage stalinien du tracé irrationnel des frontières des républiques soviétiques pèse encore très lourd aujourd’hui. Même si, par la suite, en vertu des valeurs égalitaristes du socialisme, la position officielle du PCUS a été d’imposer une politique de tolérance multi-ethnique dans la totalité de l’Empire soviétique, ‘’paradis des peuples’’. Dans ses grandes lignes, ce tracé arbitraire de l’époque stalinienne est donc responsable de la montée des problèmes ethniques en Asie centrale et des tensions nationalistes, souvent meurtrières, qui lui sont étroitement associées. Ces tensions ethno-nationalistes ont d’ailleurs précipité la fin de l’URSS, comme l’avait annoncé de manière prophétique à la fin des années 70, H.C. d’Encausse dans son célèbre ouvrage ‘’L’Empire éclaté’’ . Et de ce fait, cette grave erreur du Vojd (guide) a été la condition permissive d’une forte ethnicisation des crises politiques sur l’ancien espace communiste – dont la tragédie kirghize ne serait, finalement, qu’un sous-produit logique.

Loin d’être spontanés et malheureusement transformés en véritables pogroms, les affrontements inter-ethniques semblent avoir été guidés par une main extérieure, dont certains mouvements extrémistes internationaux. Cette hypothèse a été confirmée le 1/07/2010 par Nikolaï Bordiouja, secrétaire général de l’OTSC : ‘’Nous avons des preuves que les événements à Och ont été planifiés et exécutés par des membres d’organisations internationales extrémistes’’. Selon N. Bordiouja, ces derniers auraient pris une part majeure ‘’dans les attaques contre des habitants kirghizes et les ouzbèkes, ainsi que dans des crimes religieux’’ . Une telle configuration renforce, dans un futur proche, les risques d’extension de la crise kirghize à la périphérie post-soviétique – et dans ce cas, elle ferait le jeu d’une puissance américaine désireuse de recouvrir ses positions récemment perdues (principalement l’Ukraine, voire l’Ouzbékistan) au profit de la Russie. Au cœur du Grand échiquier, tous les coups sont permis.

Ainsi, ce qui rend la position russe particulièrement délicate est que le Kirghizstan - désormais intégré à la zone d’intérêt américaine - se trouve à la fois dans sa ‘’zone d’influence’’ traditionnelle héritée de l’ère soviétique et dans la ‘’zone de responsabilité’’ de l’OTSC, organisation politico-militaire dirigée par elle, mais dont les autres membres redoutent l’influence excessive de Moscou en son sein. Celle-ci est en effet suspectée de vouloir reproduire son diktat de la période soviétique, voire d’instrumentaliser la crise kirghize en vue de renforcer son leadership dans la Communauté des Etats indépendants (CEI) issue de l’implosion de l’URSS. Et un facteur aggravant de la paralysie de cette organisation politico-militaire eurasienne est d’une part, la faiblesse de ses moyens militaires (dont la Russie - suivie du Kazakhstan - est de loin, le plus gros contributeur) et d’autre part, son incapacité à gérer des conflits internes à un Etat-membre – l’OTSC étant plutôt préparée à assurer une sécurité collective contre toute menace extérieure concernant un Etat de l’organisation. Mais globalement, toute intervention extérieure - sous leadership russe, puissance régionale dominante - devra être obligatoirement couverte du vernis de la légitimité de l’OTSC (associée à l’ONU), jusqu’à présent frappée d’une inquiétante passivité.

Finalement, dans le cadre de la réunion du 14 juin 2010 de l’OTSC, Nicolaï Patrouchev, président du Conseil de sécurité russe, a déclaré que les Etats-membres de l’organisation eurasienne ‘’n’ont pas exclu l’usage éventuel de tous moyens à la disposition de l’Organisation, en fonction de l’évolution de la situation au Kirghizstan.’’ Et un peu plus tard, le 8 juillet 2010, le chef de la diplomaite kirghize, Rouslan. Kazakbaïev a annoncé que l’OTSC avait décidé d’accorder une aide militaire et technique au Kirghizstan - dont ‘’un grand nombre d’unités de matériel de guerre’’ - pour renforcer la sécurité dans le sud en proie à de vives tensions ethniques . Mais cette prise de conscience est, sans doute, venue un peu trop tard.

Le syndrome afghan

A cela, on doit ajouter la crainte des dirigeants russes de retomber dans une sorte de ‘’piège afghan’’, lié au début des années 80 à l’enlisement de l’armée rouge dans un conflit périphérique (encore) planifié de l’étranger. En décembre 1979, la puissance soviétique fut en effet ‘’incitée’’ à intervenir à la demande du gouvernement de Kaboul, à la suite de l’initiative américaine de former et d’armer la guérilla anti-communiste (dont les fameux talibans) en vue de déstabiliser le régime afghan pro-soviétique. Selon la douteuse idée de Zbigniew Brzezinski, l’administration américaine cherche à l’époque à jouer la carte des ‘’excités islamistes’’ – selon ses propres termes – contre la ‘’dictature communiste’’ alliée de l’URSS et de son ‘’axe du mal’’. La nécessité de protéger le pouvoir en place, contre la menace d’un coup d’Etat insidieusement encouragé par Washington, justifiera le maintien de l’armée rouge jusqu’en janvier 1989. Pour reprendre l’expression de Brzezinski, il s’agit alors de donner à la Russie soviétique ‘’sa guerre du Vietnam’’ .

L’objectif sous-jacent à cette initiative américaine est d’épuiser l’économie de l’URSS exsangue à la fin des années 70 mais aussi, dans le même temps, d’éroder dans une sale guerre sa légitimité idéologique comme ‘’avant-garde du socialisme avancé’’ . Mais une autre raison de cette intervention russe, répondant à une logique sécuritaire, était – déjà – d’éviter la déstabilisation de l’Asie centrale, région particulièrement vulnérable sur le plan politique. Car historiquement, la Russie y a joué un rôle de verrou sécuritaire – certes, associé à une forme de paternalisme politiquement orienté. En conséquence, négliger ce paramètre serait pour Washington une erreur très grave et au moins, un comportement impardonnable. Et au-delà, cela traduirait un déficit d’intelligence stratégique des responsables de la ligne extérieure américaine pour comprendre réellement le monde russe et notamment, la psychologie particulière de ses dirigeants politiques.

Depuis la désastreuse guerre d’Afghanistan (au moins, 15000 morts soviétiques au combat ), la Russie post-soviétique redoute à nouveau d’être piégée dans un conflit meurtrier, politiquement et économiquement coûteux – sans parler de la dimension humaine. D’autant plus qu’un tel conflit nuirait à son image internationale et risquerait, en définitive, d’épuiser son économie en phase de redressement mais considérablement fragilisée par la récente crise mondiale – avec une chute du PIB de 8 % en 2009. Or l’objectif avoué du président Medvedev est de moderniser l’économie russe sur la base d’un partenariat renforcé avec l’Occident, principalement avec l’Union européenne. Sur ce point on peut d’ailleurs rappeler que le projet russo-européen ‘’Partenariat pour la modernisation’’ a été au centre du sommet Russie-UE des 31 mai et 1 juin 2010. Dans son essence, cet objectif contraint la liberté d’action de la Russie et surtout l’oblige, au moins en apparence, à respecter les règles internationales occidentalisées et à géométrie variable de ‘’non ingérence’’ – fondées sur les normes de souveraineté étatique/intégrité territoriale. Or ces règles sont le plus souvent arbitrairement imposées - et politiquement manipulées - par la gouvernance mondiale libérale, comme on l’a vu dans le cas de l’indépendance illégale du Kossovo, en violation des principes onusiens (principalement, la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU sur l’intégrité territoriale de la République serbe). Mais le plus inquiétant est que le Kossovo espère aujourd’hui intégrer l’Otan, toujours perçue par Moscou comme un résidu de la Guerre froide et surtout, comme une organisation structurellement anti-russe.

Dans ce cadre, on peut comprendre les hésitations de l’Etat russe, héritier politique de l’URSS, car toute intervention solitaire de sa part serait perçue par l’Occident dans la continuité de l’unilatéralisme soviétique et de ses aspirations impériales – voire comme une forme de réactivation de la Guerre froide. Une telle configuration exposerait la Russie à des sanctions économiques - du type embargo - pouvant freiner son développement technologique (comme ce fut le cas du temps de l’URSS, avec le ‘’filtrage’’ américain des exportations occidentales des technologies sensibles vers l’Union soviétique). Cette hypothèse est d’autant plus plausible que certains nouveaux membres de l’UE issus de l’Europe de l’Est manifestent une hostilité permanente - quasi instinctive - à l’égard de Moscou et pour cette raison, sont à l’affut du moindre prétexte pour l’isoler. Dans un passé récent, la Pologne et la République tchèque ont été au sein de l’Union européenne les plus fervents soutiens d’une politique anti-russe et privilégiant les intérêts américains (notamment, dans la mise en œuvre du premier projet anti-missiles américain, suspecté d’être dirigé contre la Russie). Dans ce schéma, toute intervention serait suicidaire pour une Russie désireuse de s’intégrer à l’ordre économique mondial - via, notamment, son adhésion à l’OMC (jusque là, consciemment freinée par Washington) - dans le but de profiter du commerce international et d’optimiser son modèle de croissance. Pour justifier sa non-intervention au Kirghizstan, Moscou peut donc, avec une certaine légitimité, avancer le motif politiquement correct d’un ‘’conflit interne’’ – illustrant, en cela, le nouveau réalisme russe.

Ainsi, dans la mesure où il s’agit d’une ‘’affaire interne’’, une action militaire de Moscou serait perçue comme une ingérence politique dans un Etat théoriquement souverain : ‘’Il s’agit d’un conflit intérieur, et la Russie ne voit pour le moment pas de conditions qui lui permettraient de prendre part à son règlement’’ a déclaré la porte-parole du président russe Natalia Timakova, dans la première phase du conflit. Et surtout, cette intervention pourrait provoquer un conflit régional comme première pierre d’une escalade incontrôlable et in fine, génératrice d’une crise plus globale. Comme l’a fort justement souligné E. Primakov, sur la base d’expériences douloureuses issues de la période soviétique mais concernant aujourd’hui également le Caucase Nord : ‘’On ne pourra rien résoudre par des moyens militaires (…).’’ Les leçons de l’histoire semblent avoir porté.

A qui profite la crise ?

Dans ce contexte particulier, on peut se demander qui a intérêt à accélérer la déstabilisation du pays pour, dans une phase ultérieure, en récolter les fruits. A priori, toute aggravation - ou réactivation - de la crise kirghize peut précipiter et justifier une intervention militaire extérieure, tant du coté russe que du coté américain. Dans cet axe, une radicalisation de la crise pourrait donc être instrumentalisée par les deux puissances en vue d’une reprise en main musclée de la région et par ce biais, y renforcer leur leadership. Autrement dit, dans le cadre de la lutte d’influence - certes atténuée sous l’administration Obama - entre les deux anciens ennemis de la Guerre froide, cette crise pourrait être détournée à des fins politiques.

Mais, dans le même temps, cette instabilité politique croissante de la région pourrait faire le jeu des partisans de l’ancien président Bakiev, des mouvements nationalistes et des extrémismes religieux (voire des organisations mafieuses liées à l’économie de la drogue ). La plupart de ces hypothèses ont d’ailleurs été reprises, le 29 juin, par le président kazakh Nazarbaïev : ‘’En principe, (ces troubles, ndlr) affaiblissent le front de la lutte contre le terrorisme international et l’extrémisme, dont la ligne de front passe dans l’Afghanistan voisin. Le chaos et la déstabilisation dans la région profitent aux trafiquants de drogue ainsi qu’aux vendeurs d’armes et de personnes’’ L’ensemble de ces groupes anti-gouvernementaux auraient un intérêt objectif à manipuler les troubles inter-ethniques et à réorienter la colère du peuple kirghiz contre le pouvoir en place, dans le but ultime de le renverser – ou au moins, en multipliant les micro-conflits, fragiliser sa politique répressive et réduire son impact sur leurs intérêts.

En définitive, cette instrumentalisation des mouvements ethno-nationalistes tend à s’inscrire comme une pratique courante dans l’espace post-soviétique. Et elle fut d’ailleurs couramment utilisée par l’ancienne administration G.W. Bush, dans l’optique d’affaiblir le pouvoir russe et de le déstabiliser sur ses appuis périphériques, via la compression de sa sphère d’influence – notamment en Ex-Yougoslavie, en Tchétchénie et en Géorgie et, plus globalement, dans la région du Caucase considérée par le pouvoir central russe comme une véritable poudrière. Or, comme l’a rappelé Alexandre Khloponine, vice-premier ministre et représentant plénipotentiaire du président russe dans la région fédérale du Caucase du Nord, le Caucase est ‘’une région stratégique pour la Russie’’ .

Cela a renforcé la détermination de V. Poutine à rejeter toute forme d’ingérence dans les affaires intérieures russes et au-delà, à ne tolérer ‘’aucune atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Russie’’ . De manière implicite, le premier ministre russe vise les excès passés de l’ingérence américaine en zone post-soviétique – et dans le même temps, il cherche à montrer que la Russie a repris, de manière générale, le contrôle de son ‘’pré-carré’’ (dont fait partie le Kirghizstan). Cette inflexion radicale de la politique russe, centrée sur la défense de ses intérêts nationaux élargis à sa proche périphérie, a été illustrée de manière spectaculaire par son intervention décisive en Géorgie en août 2008 – qui contraste avec son impuissance passée lors de la crise serbe de la fin des années 90, exclusivement gérée par la surpuissante Otan au profit des intérêts américains. De manière indéniable, Moscou a retenu la leçon

A la croisée des chemins

Dans ses grandes lignes, l’enjeu implicite de la crise kirghize est la capacité de Moscou à retrouver son leadership régional et sa crédibilité politique - via la réactivation de son rôle de gendarme - au détriment de la puissance américaine. Autrement dit, il s’agit désormais pour Moscou de trouver des sources alternatives de légitimité à sa domination historique en périphérie post-soviétique, tout en préservant ses relations avec l’Occident – réalisme économique oblige. De ce point de vue, la crise kirghize lui offre une réelle opportunité de renforcer sa présence dans sa zone d’intérêts vitaux. D’autant plus qu’elle apparait aux yeux des belligérants, notamment pour le gouvernement intérimaire kirghiz, comme la seule puissance réellement capable de mettre de l’ordre dans la région – dans la continuité du soviétisme. Et, en dernière instance, la volonté russe de relancer son leadership politique sur l’espace de la CEI dépendra, de beaucoup, de sa capacité à remettre le Kirghizstan ‘’sur le droit chemin’’ et par ce biais, à retrouver une certaine aura régionale.

Mais le temps presse, car après l’instauration récente d’une ‘’république parlementaire’’ au Kirghizstan, dont Moscou met en doute la viabilité, le premier défi pour la nouvelle république sera sa capacité à réintroduire la légitimité de l’Etat central, considérablement érodée depuis le déclenchement - et la gestion douteuse - de la crise. Cela a conduit le Président Medvedev à lancer, le 28 juin 2010 un avertissement solennel : ‘’Dans la situation actuelle, il existe tout un tas de scénarios pour le Kirghizistan, y compris le plus désagréable, conduisant à l’effondrement de l’Etat’’

Car, à terme, cette désagrégation de l’Etat-central pourrait devenir le catalyseur de l’implosion des grands équilibres en Eurasie post-communiste – au risque, finalement, de déstabiliser le Grand échiquier.

Jean Géronimo

Docteur en Economie Spécialiste de l’URSS et des questions russes

Université Pierre Mendès France, Grenoble

Mail : Jean.Geronimo@upmf-grenoble.fr

CREPPEM Centre des Recherches Economiques sur la Politique Publique en Economie de Marché


publié sur le site du Comité Valmy le 3 août 2010

I) Brzezinski Z. (2004) : ‘’Le Vrai Choix’’, éd. Odile Jacob.

II) Brzezinski Z. / Scowcroft B. (2008) : ‘’L’Amérique face au monde’’, éd. Pearson.

III)  : ‘’Violences au Kirghizstan : une menace pour l’Asie centrale’’, N. Nazarbaïev, 29/06/2010.

IV) Brzezinski (2008, p. 24) admet en particulier que ‘’(…) ces nouvelles règles nous permettent de décider quand et comment entamer des guerres, comment les instrumentaliser ou les prévoir’’.

V) Brzezinski Z. (2000) : ‘’Le Grand échiquier – L’Amérique et le reste du monde’’, éd. Hachette (1° éd. : Bayard, 1997).

VI)  : ‘’Retour russe’’, S. Halimi, Le Monde diplomatique, sept. 2008. Voir aussi ‘’Washington et la maîtrise du monde’’, Paul-Marie de La Gorce, Le Monde diplomatique, avril 1992. Dans un de deux rapports, il est explicitement précisé que la cible prioritaire des menaces américaines est la Russie, considérée comme l’‘’unique puissance au monde qui puisse détruire les Etats-Unis’’.

VII)  : ‘’Le Grand échiquier de Brezinski’’, Hubert-Cyprien Fabre, Institut de Stratégie et des Conflits.

VIII)  : "Il s’agit d’une crise très sérieuse", selon Evgueni Primakov’’, Le Monde pour le Monde.fr, 15/06/2010.

IX)  : ‘’ Le Kirghizstan et ses 8.000 ONG, étrange laboratoire de la démocratie en Asie centrale’’, C. Chauffour / B. Petric, CAUCAZ.COM, 22/11/2005.

X)  : ‘’Hilary Clinton rassure la Géorgie sur le soutien des Etats-Unis’’, leParisien.fr, dépêche AFP, 5/07/2010.

XI) Pour rappel, dans la nuit du 10 au 11 juin 2010, des affrontements armés ont éclaté à Och entre la population kirghize et la minorité ouzbèque de la ville. Les troubles interethniques se sont poursuivis pendant une semaine, conduisant les autorités à décréter l’état d’urgence à Och et à Djalal-Abad. Selon les informations officielles, les violences ont fait 275 morts, mais le bilan pourrait être beaucoup plus lourd (approximativement évalué à 2000 morts). Selon l’OMC, ces émeutes auraient affecté directement ou indirectement 1 million de personnes (300000 réfugiés et 700000 déplacés à l’intérieur). Sources :  : ‘’Deux mille morts au Kirghizstan’’, Présidence, Dépêche AFP, Le Figaro.fr, 18/06/2010.< :a>

XII) D’Encausse H.C. (1978) : ‘’L’Empire éclaté’’, Paris, éd. Flammarion.

XIII)  : ‘’Violences au Kirghizstan : l’OTSC accuse des organisations extrémistes’’, N. Bordiouja, 1/07/2010.

XIV)  : ‘’OTSC : des mesures de règlement au Kirghizstan approuvées’’, N. Patrouchev, 14/06/2010.

XV)  : ‘’Kirghizstan : l’ ‘’Otan’’ russe accorde une aide militaire’’, R. Kazakbaïev, 8/07/2010.

XVI)  : ‘’La stratégie anti-russe de Zbigniew Brzezinski’, A. Lepic, 22/10/2004.

XVII) Depuis la décennie 60, l’économie soviétique souffre d’un déclin structurel de sa productivité qui, progressivement, l’amène vers le taux de croissance zéro au début des années 80. Brzezinski le sait parfaitement comme il sait que l’URSS ne pourra pas financer durablement une guerre dévoreuse de ressources et qui, de ce fait, comprime l’investissement dans la sphère de l’économie civile. Conformément à la thèse de Jacques Sapir, l’URSS est avant tout une économie mobilisée (via le plan central) et militarisée en fonction d’un objectif politique précis (traduit en priorités économiques) – en quelque sorte, une véritable ‘’économie de guerre’’. Réf. : Sapir J. (1990) : ‘’L’économie mobilisée - Essai sur les économies de type soviétique’’, éd. la Découverte.

XVIII) Entre 1979 et 1989, 620 000 Soviétiques ont servi dans la guerre d’Afghanistan. Le bilan officiel s’élève à 14 453 morts, 53 754 blessés et 415 932 malades. Mais des statisticiens militaires russes estiment que le bilan réel est plus proche de 26 000 morts, pour la seule 40e armée ! Ils ont aussi perdu 118 avions de combat, 333 hélicoptères, 147 chars, 1 314 blindés de transport, 11 369 camions… Du coté de la population afghane, le nombre de morts s’élèverait entre 1 et 1,5 millions. Sources :  : ‘’Afghanistan : leçons russes pour l’Otan’’, F. Pons, 11/03/2010.

XIX)  : ‘’Kirghizstan-violences : Moscou refuse d’intervenir’’, N. Timakova, 12/062010.

XX) Primakov, 15/06/2010, op. cit.

XXI) Toute déstabilisation du pays risque de freiner la lutte anti-drogue menée par les américains en Afghanistan (premier producteur mondial d’opium), d’autant plus que cela perturberait le fonctionnement de la base de Manas, centre de transit incontournable vers ce pays. Mais plus globalement, sous l’impulsion de la Russie fortement touchée par ce fléau - 80 tonnes de stupéfiants y sont ‘’importés’’ chaque année d’Afghanistan – l’OTSC cherche en Asie centrale à combattre le problème de la drogue et de l’économie parallèle/mafieuse qui lui est associée. Or l’incertitude croissante au Kirghizstan complique cette action collective anti-drogue de l’OTSC (tout en détournant des ressources précieuses) et en cela, avantage de manière objective les structures mafieuses implantées sur l’espace centre-asiatique. Et il faut rappeler que l’une des principales routes de l’exportation de la drogue passe au sud du Kirghizstan (à Osh et à Djalal-Abad), là où ont eu lieu les affrontements inter-ethniques. ‘’La région d’Och représente une sorte d’embouchure par laquelle les stupéfiants se propagent dans toute l’Asie centrale. Cette région est une plaque tournante du trafic de drogue’’ a déclaré le directeur du Service russe de contrôle des stupéfiants (FSKN), Viktor Ivanov. Pour combattre le trafic d’héroïne provenant d’Afghanistan, Moscou serait désireuse d’implanter de nouvelles bases militaires dans les Etats limitrophes du Kirghizstan, du Tadjikistan et du Kazakhstan. Pour l’ensemble de ces raisons et dans la mesure où il est au centre de la lutte d’influence entre russes et américains pour le contrôle de l’Asie centrale, le Kirghizstan doit être considéré comme un pion stratégique de l’Echiquier eurasien. Sources :  : ‘’Kirghizstan : Moscou entend implanter une base militaire pour combattre le trafic d’héroïne’’, V. Ivanov, 24/06/2010.

XXII) Nazarbaïev, 29/06/2010, op. cit.

XXIII)  : ‘’Caucase, une région stratégique pour la Russie’’, A. Khloponine, 15/052010.

XXIV)  : ‘’Extrémisme au Caucase : crimes sous couvert de mots d’ordre politiques’’, V. Poutine, 6/07/2010.

XXV)  : ‘’Les Kirghizes réforment leur Constitution, Moscou méfiant’’, O. Zioubenko, Le Point.fr, 28/06/2010.

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