COMITE VALMY

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Il y a 65 ans, le 6 août 1945,

La guerre froide a commencé à Hiroshima - Par Anatoli Kochkine,

vendredi 6 août 2010, par Comité Valmy


MOSCOU, 20 avril 2005. (Par Anatoli Kochkine, docteur en histoire-RIA Novosti).

Les historiens occidentaux, surtout américains, sont très partagés sur la question de savoir "si les bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki ont mis un terme à la Seconde Guerre mondiale". Sans écarter l’importance de l’effet psychologique des frappes atomiques, qui ont certainement accéléré la capitulation du Japon, on ne saurait accepter la thèse selon laquelle ce sont elles qui ont décidé de l’issue de la guerre. C’est d’ailleurs ce qu’avaient convenu d’importantes personnalités politiques occidentales. Ainsi, Winston Churchill avait déclaré : "Il serait erroné de penser que c’est la bombe atomique qui a décidé du sort du Japon".

Les faits attestent que le bombardement atomique n’a pas poussé le Japon à la capitulation. Le gouvernement et le commandement nippons n’avaient pas averti la population de l’emploi par les Américains de la nouvelle arme atomique et continuaient de se préparer en vue d’une bataille décisive sur leur territoire. La question relative au bombardement d’Hiroshima n’avait même pas été examinée à la réunion du Conseil supérieur de la Guerre. L’avertissement lancé le 7 août à la radio américaine par le président des Etats-Unis, Harry Truman, selon lequel le Japon allait être soumis à de nouvelles frappes atomiques, avait été interprété par le commandement japonais comme "de la propagande alliée". Après qu’Hiroshima eut été réduite en cendres par la fournaise atomique, les militaires nippons avaient continué d’affirmer que l’armée et la marine impériales étaient encore en état de combattre et, après avoir porté des coups sensibles à l’ennemi, d’obtenir des conditions d’armistice honorables pour le Japon.

D’après les calculs des états-majors américains, pas moins de neuf bombes atomiques étaient nécessaires pour assurer des débarquements sur les îles japonaises. Or, comme on devait l’apprendre par la suite, après la destruction d’Hiroshima et de Nagasaki les Etats-Unis ne possédaient pas d’autres bombes atomiques. Et la fabrication de nouveaux projectiles demandait beaucoup de temps. "Ces bombes que nous avions larguées étaient les seules dont nous disposions, et à l’époque les cadences de production étaient très basses", devait dire le secrétaire d’Etat américain à la Guerre, Henry Stimson.

Il est évident que les bombardements atomiques des villes japonaises ne visaient aucun objectif militaire important. Le général McArthur, à l’époque commandant en chef des Forces alliées du Pacifique Sud, devait admettre en 1960 que "l’utilisation de la bombe atomique en 1945 ne répondait à aucune nécessité militaire". Soucieux de masquer les véritables buts poursuivis par le bombardement atomique, Harry Truman déclara le 9 août 1945 que la frappe atomique avait été portée "sur la base militaire d’Hiroshima" pour "évider des pertes parmi la population civile". Cependant, en décidant de recourir à l’arme atomique, les dirigeants américains entendaient l’utiliser contre la population civile des villes nippones. Des documents irréfutables sont là pour le prouver. Ainsi, dans l’ordre opérationnel N°13 du commandement américain en date du 2 août il était indiqué : "Le jour de l’attaque a été fixé au 6 août. L’objectif est le centre et le quartier industriel de la ville de Hiroshima. Le deuxième objectif de réserve est l’arsenal et le centre de la ville de Kaukura. Le troisième objectif de réserve est le centre de la ville de Nagasaki".

En portant des frappes atomiques contre les quartiers centraux fortement peuplés d’Hiroshima et de Nagasaki les Américains voulaient surtout créer un choc psychologique et pour ce faire exterminer le plus de gens possible. Harry Truman avait personnellement approuvé la proposition de son plus proche conseiller, James Byrns, d’"utiliser la bombe le plus rapidement possible contre le Japon et de la larguer sur une usine de guerre entourée de quartiers habités par les ouvriers, et d’effectuer le bombardement sans avertissement préalable". On sait que ces recommandations avaient été respectées.

Le bombardement atomique du Japon avait aussi un autre objectif important : intimider l’URSS et les autres Etats, assurer à l’Amérique la domination dans le monde de l’après-guerre grâce au monopole nucléaire. En envisageant l’emploi des bombes atomiques, les dirigeants américains pensaient que le bombardement "rendrait la Russie plus conciliante". Les propos tenus par Harry Truman à ce sujet sont largement connus : "Si la bombe éclate, ce qu’elle fera, je pense, je disposerais incontestablement d’un gourdin pour ces garçons". A cet égard, il est difficile de ne pas être d’accord avec le chercheur anglais Patrick Blackett selon lequel les bombardements atomiques étaient "dans une bonne mesure un acte dirigé contre la Russie". En réalité, les explosions atomiques à Hiroshima et à Nagasaki ont été non pas le dernier accord de la Seconde Guerre mondiale, mais la première salve de la guerre froide.

Il existe une thèse selon laquelle en apprenant le bombardement atomique d’Hiroshima Staline aurait accéléré l’entrée de l’URSS dans la guerre contre le Japon de manière à pouvoir intervenir de plein droit dans le règlement d’après-guerre en Asie orientale. C’est possible. Seulement le contraire est très probable. En décidant les bombardements atomiques, Harry Truman voulait certainement devancer l’entrée de l’URSS dans la guerre pour attribuer aux Etats-Unis tous les lauriers de la victoire et jouir du monopole de l’occupation et de la gestion du Japon vaincu. Pour ce qui est de Staline, ses actions avaient été irréprochables : l’URSS était entrée dans la guerre le 8 août, c’est-à-dire en conformité exacte avec les engagements pris à Yalta : trois mois jour pour jour après la capitulation de l’Allemagne.

En décidant de bombarder Hiroshima les Américains étaient certains que Staline respecterait sa promesse d’aide militaire en Extrême-Orient. Le 28 mai 1945,le représentant personnel du président des Etats-Unis, Harry Hopkins, qui se trouvait à Moscou, avait informé Washington que Staline l’avait personnellement informé, lui et l’ambassadeur américain, Averell Harriman, de ce qui suit : "L’Armée soviétique sera entièrement déployée en Mandchourie d’ici au 8 août". Au demeurant, les alliés pensaient qu’effectivement "l’entrée de l’Union soviétique dans la guerre convaincrait définitivement le Japon de l’inéluctabilité de sa défaite totale". La suite des événements devait confirmer la justesse de ce jugement. Dès le 9 août, lors d’une réunion extraordinaire du Conseil supérieur de la Guerre, le premier ministre japonais, Suzuki, déclarait : "L’entrée en guerre ce matin de l’Union soviétique nous place définitivement dans une situation sans issue et rend impossible la poursuite de la guerre". On connaît aussi les propos du chef suprême des armées, l’empereur Hirohito, qui dans le rescrit : "Aux soldats et marins", avait écrit : "Maintenant que l’Union soviétique est entrée dans la guerre contre nous, poursuivre la résistance... serait mettre en danger l’existence même de notre empire".


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