COMITE VALMY

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La crise italienne
et le retour de la crise de l’euro
par Jacques Sapir

lundi 12 décembre 2016, par Comité Valmy


La crise italienne et le retour de la crise de l’euro

La victoire massive du « non » au référendum italien, avec plus de 59% des suffrages, vient de déclencher le mécanisme d’une bombe à retardement au sein de la zone euro et de l’Union européenne. On le constate avec la forte remontée des taux d’intérêt sur la dette à 10 ans émise par ce pays.

L’ensemble des facteurs d’instabilité et de crise qui marquent cette zone va ressurgir à l’occasion de ce vote. Nous allons assister au déploiement d’un drame en plusieurs actes, drame qui pourra d’ailleurs, du fait de la constitution italienne et des mœurs de la vie politique en ce pays, virer par moment à la comédie. Pourtant, quelles qu’en soient les péripéties, il convient de garder à l’esprit que l’Italie occupe une place centrale dans l’Union européenne et la zone euro. De son avenir dépend tant la survie de cette zone que celle de l’UE.

Le pari perdu de Mattéo Renzi

Le premier acte en est la démission du Premier-ministre italien, M. Matteo Renzi, démission qui est effective depuis le vendredi 9 décembre. Ce dernier était considéré comme l’idole de la social-démocratie réformatrice en Europe. Il était vu par les responsables des institutions européennes et par les dirigeants des principaux pays de l’Union européenne, comme un garant des réformes à imposer à l’Italie. Or, et la campagne référendaire l’a montré, ce sont ces réformes qui ont mobilisé les électeurs pour le « non ». Renzi a commis l’erreur de vouloir faire de ce vote un plébiscite de sa politique. Celle-ci a été nettement rejetée. Or, sa politique, et ce fut aussi largement dit dans la campagne, était l’application à l’Italie du cadre disciplinaire conçu à Bruxelles et à Berlin. La victoire du « non » est ainsi directement une défaite pour les européistes d’Italie et d’ailleurs.

Des élections législatives devraient suivre la démission de Renzi, même si le président de la république italienne peut tenter une formule de replâtrage avec un des ministres du gouvernement de Renzi. L’idée étant de « tenir » jusqu’en 2018 et d’éviter des élections anticipées. Mais il est peu probable cependant qu’un gouvernement de transition tienne plus que quelques mois. Des élections sont donc à venir en 2017 en Italie.

L’Italie à l’heure des choix

La situation de l’Italie est aujourd’hui à un point critique pour ce qui concerne son économie et ses banques. C’est là que se jouera le deuxième acte. L’Italie traverse en effet depuis de nombreuses années, en fait depuis le début des années 2000, une crise grave. Aujourd’hui, l’Italie est à peu de choses près au niveau qu’elle avait atteint en 2000. Autrement dit, ces seize dernières années n’ont vu aucune croissance. La faible croissance enregistrée de 2000 à 2007 a été entièrement détruite par les années suivantes. Le constat est encore pire si l’on regarde la croissance par habitant. En PIB par tête, l’Italie est aujourd’hui revenue au niveau de 1997, autrement dit à un niveau antérieur à la création de l’euro. Nul ne doute que le discours des pères de l’euro selon lequel ce dernier devait créer spontanément un croissance d’au moins 1% par an y soit pleinement apprécié à sa juste valeur. Une partie de ce phénomène est imputable à la crise financière, bien entendu. Mais une partie seulement. Car, depuis 2010 il est évident que l’Italie affronte des problèmes différents de ceux de la crise financière.

Le Monte dei Paschi di Siena, la plus ancienne des banques italiennes, n’a pu conclure un accord pour se recapitaliser. Plus globalement, le plan — fort complexe — de règlement du problème des mauvaises dettes accumulées dans le système bancaire italien est lui aussi mis en cause. On sait que pour le Monte dei Paschi di Siena ces dettes se montent à 27,7 milliards et, pour l’ensemble du système bancaire, sans doute à plusieurs centaines de milliards d’euros. Le deuxième acte se jouera sur l’économie. Ce pays est, après la Grèce, le plus endettée de la zone euro. Or, l’Allemagne refuse tout sauvetage global du système bancaire italien, tout comme elle refuse un règlement global de la dette grecque par la voie d’une annulation d’une partie de ces dettes, ce qu’exige désormais le FMI. La combinaison de ces deux problèmes, la situation italienne et le bras de fer entre l’Allemagne et le FMI sur la Grèce, est grosse d’une nouvelle crise de l’euro.

Le choix des électeurs

Le troisième acte se jouera devant les électeurs italiens. Les élections à venir en Italie, et bien des choses ici dépendent de la volonté non seulement des partis au pouvoir mais aussi de certains partis d’opposition, vont probablement conduire à des changements importants. L’un des enjeux en sera l’importante crise bancaire que le pays traverse et qui prend d’ailleurs une dimension politique en raison de la compromission de plusieurs proches du Premier-ministre et du gouvernement dans cette crise.

Si les élections devaient avoir lieu rapidement, il est probable que le M5S de Beppe Grillo aurait une large majorité au Parlement, voire une majorité absolue. C’est pour cela que les élites au pouvoir ont une telle peur de ces élections. Si ces dernières sont repoussées de 6 mois, voire de 9 mois, la possibilité que la Ligue de Salvini (ex Ligue du Nord) prenne de l’ampleur n’est pas à écarter. Le système électoral italien est complexe, et le jeu des partis l’est encore plus. Mais, une chose est claire : le consensus austéritaire et européiste est en train de se fracturer. A l’horizon se profile la question du maintien, ou non, de l’Italie dans la zone euro. Le débat est plus avancé qu’il ne l’est en France. Un nombre grandissant d’acteurs et de responsables a compris que l’Italie DOIT sortir de l’euro. Mais, le problème pour eux est de savoir comment.

Cela implique, et c’est le quatrième acte, que les conséquences pour la France seront importantes. Je l’ai déjà écrit. En un sens, la défaite de Renzi est aussi la défaite de l’austérité, et donc celle de Fillon. Il faudra voir comment ce dernier va réagir et s’il va recomposer son projet économique. Mais, en tout état de cause, la victoire du « non » au référendum italien ouvre un espace important aux forces qui en France contestent l’euro et l’union européenne.

Jacques Sapir
12 décembre 2016


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