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L’ennemi commun des peuples

L’équipe de Trump :
quelle est l’ampleur du compromis ?
par Karine Bechet-Golovko

vendredi 13 janvier 2017, par Comité Valmy


L’équipe de Trump : quelle est l’ampleur du compromis ?

A moins de 10 jours de l’entrée en fonction du nouveau Président des Etats Unis, l’équipe Obama continue la politique d’Attila, adoptant de nouvelles sanctions contre la Russie, multipliant les déclarations rageuses. Si la Russie a décidé de ne pas prendre trop au sérieux l’hystérie de cette Administration sortante, il ne faut pas pour autant sous-estimer l’impact de ces démarches. Si Obama part, les sénateurs et membres du Congrès soutenant ce type de politique, eux, restent. Et leur influence est encore forte, comme le montre le processus de confirmation de l’équipe Trump.

Obama vient d’élargir la liste des personnes sanctionnées par cette fameuse liste Magnitsky, dont nous n’avions plus entendu parler depuis bien longtemps. Mais l’instrument existe, il serait dommage de s’en priver. Il s’agit de prendre des mesures coercitives contre des personnes concrètes sans enquête ni décision de justice. Ne serait-ce que sur ce plan, la démarche n’est pas digne d’un état de droit, mais c’est un détail. Sur le fond, qui confirme la forme, 5 nouvelles personnes russes sont donc touchées. Notamment, l’on retiendra le député LDPR Lugovoy, qui n’a aucun rapport avec l’affaire Magnitsky et le chef du Comité d’enquête, qui a en quelque sorte rang de ministre. Mettre sur une liste politique une personnalité de cette ampleur est une première et montre le dérapage du procédé. Ce dérapage a été rendu possible par l’adoption d’une loi faisant de "Magnitsky" un prête-nom, puisqu’il s’agit de pouvoir mettre dans cette liste n’importe qui, de n’importe quel pays, sur le principe de l’universalité.

Pour contiuer dans la série des sanctions, 3 sénateurs républicains, dont l’infatigable McCain, et 2 sénateurs démocrates, ont présenté un projet de loi visant à fortement bloquer les échanges économiques entre la Russie et les Etats Unis, échanges qui constituent un des éléments du programme de Trump. Il s’agit, par exemple, de limiter la participation des entreprises et particuliers américains aux privatisations russes, à l’achat de titres et bons du Trésor. Il s’agit également de porter un coup à la coopération en matière pétrolière et gazière, ce qui touche l’équipe Trump directement. sans parler de la possibilité de prendre des sanctions individuelles contre toute personne ayant un rapport avec une "violation des droits de l’homme" - notion très vague - ou en lien avec la corruption sur le territoire de la Fédération de Russie. Le projet de loi parle également de la condamnation de toute action entraînant la reconnaissance du statut de la Crimée, de l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud.

Ainsi, la ligne politique "anti-russe", quitte à porter atteinte aux intérêts américains, est une ligne défendue au-delà de l’appartenance à un parti. C’est pourquoi l’on y retrouve au coude à coude et des républicains et des démocrates. C’est une question de vision du Monde : défendre le monde unipolaire et la domination américaine ou non.

Et l’audition de Rex Tillerson au poste de Secrétaire d’Etat par le Sénat s’inscrit dans ce paradigme. Evidemment le candidat est dépendant de l’accord trouvé entre Trump et le Sénat sur toute une série de questions. Pour cela, plus de trois cents rencontres avec des sénateurs ont été organisées en amont. Il a fallu négocier. Dans quelle mesure un compromis a été trouvé et quel compromis, il est encore trop tôt pour le dire. Mais R. Tillerson prend un ton assez combatif. Il est attendu sur deux questions : le changement climatique et la Russie. Sur le changement climatique, il est à la fois dépendant des déclarations de Trump remettant en cause l’existence de ce phénomène et de sa propre activité industrielle. Sur la question de la Russie, sa position est encore plus sensible, puisqu’il est largement accusé dans la presse d’être pro-russe et d’entretenir des intérêts commerciaux avec la Russie, donc le Kremlin.

Ses déclarations attendues à l’égard de la Russie, selon le Washington Post, lors de l’audition n’en sont que plus virulentes. Il reproche notamment à la Russie de ne pas respecter les intérêts américains. Depuis quand un pays souverain doit respecter les intérêts d’un autre pays souverain, automatiquement, comme ça, comme un dû ?

“While Russia seeks respect and relevance on the global stage, its recent activities have disregarded American interests,” he will testify. “Russia must know that we will be accountable to our commitments and those of our allies, and that Russia must be held to account for its actions.” Et donc la Rusie est bien un danger :
“Russia today poses a danger, but it is not unpredictable in advancing its own interests. It has invaded Ukraine, including the taking of Crimea, and supported Syrian forces that brutally violate the laws of war,” his statement reads. “Our NATO allies are right to be alarmed at a resurgent Russia.”

Pour autant, il appelle au dialogue avec la Russie :


“We did not recognize that Russia does not think like we do,” he will say. “Words alone do not sweep away an uneven and at times contentious history between our two nations. But we need an open and frank dialogue with Russia regarding its ambitions, so that we know how to chart our own course”

Autement dit, il tente le grand-écart, position qui ne peut être que transitoire, avant de n’en traîner la chute. Le focus va être également tourné vers la Chine ou l’Iran qui ne respectent pas, selon les Etats Unis, leurs engagements.

Il y aura donc bien matière à négociation, et la Russie en fera partie. Car D. Trump n’a pas été élu avec le Parti républicain, mais contre le Parti Républicain. Or, il ne pourra gouverner contre, il est obligé de faire des concessions.

Et même si, en ce qui concerne la Russie, il est personnellement prêt au dialogue, il a présenté pour le Pentagone un russophobe convaincu, restaurant cet "équilibre" qui existaient déjà sous Obama entre Kerry plutôt favorable au dialogue, courcircuité par le Pantagone.

Autrement dit, la Russie n’a pas à attendre de la part de Trump de changements radicaux dans les premiers temps. La situation peut ne pas se dégrader, car il n’y a réellement aucune volonté politique d’aller encore plus loin, mais le passif qui lui est laissé par Obama est lourd, il va mettre du temps à le résorber et la situation intérieure est pour lui beaucoup plus importante que la Russie. Donc si amélioration il y aura, il y a des chances qu’elle soit lente et longue.

Karine Bechet-Golovko
mercredi 11 janvier 2017

Russie politics


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