COMITE VALMY

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Pologne : Une offensive sans précédent
contre l’idéal communiste
par Jacques KMIECIAK

lundi 13 février 2017, par Comité Valmy


Pologne :

Une offensive sans précédent contre l’idéal communiste

Une démarche de « décommunisation »
est engagée par le nouveau pouvoir en Pologne.

Changement de noms de rues et places évoquant le mouvement ouvrier, démolition de monumentsà la gloire de l’Armée rouge, lois de lustration visant à interdire l’accès à la fonction publique d’anciens « collaborateurs du régime » ou à obtenir leur révocation, tentative d’interdiction es symboles communistes…

Dès 1989 et la restauration du capitalisme outre-Oder, les dirigeants polonais prenaient des mesures dites de « décommunisation » visant à gommer de la mémoire collective les indéniables avancées sociales dont la Pologne populaire (1944 – 1989) était porteuse. Depuis 2015 et le retour au pouvoir du réactionnaire et russophobe Parti « droit et justice » (PIS) de Jaroslaw Kaczynski, cette campagne s’intensifie.

Haro sur les antinazis

En septembre dernier entrait ainsi en vigueur une loi interdisant toute référence au communisme dans l’espace public. Un idéal que le régime assimile au « totalitarisme ». Des centaines de rues ou d’équipements publics portant le patronyme d’opposants aux régimes dictatoriaux d’avant 1939, de héros de la lutte de libération nationale, d’intellectuels progressistes, de résistants antinazis sont ainsi visés.

Les appellations évoquant des organisations (bataillons de l’Armée populaire)ou des évènements (la Commune de Paris, la bataille de Stalingrad) le sont tout autant. Exit l’écrivain pacifiste Henri Barbusse, le dirigeant socialiste Salvador Allende, le fondateur de la Pologne populaire Boleslaw Bierut, le héros de la Commune Jaroslaw Dabrowski.
Bienvenue au clérical Karol Wojtyla (Jean-Paul II), au dictateur-maréchal Jozef Pilsudski, au politicien antisémite Roman Dmowski, au général Wladyslaw Anders, croisé de l’antisoviétisme, ou encore à Margaret Thatcher !

A Walbrzych (Basse-Silésie), dont l’essor industriel a été assuré à la Libération par les mineurs polonais rapatriés de France, la municipalité doit notamment se prononcer sur le cas des rues « Thomas Rabiega » et « Burczykowski ». Le premier nommé a vécu à Montigny-en-Ostrevent avant de diriger le syndicat des mineurs de Walbrzych à la fin des années 1940. Quant à la famille Burczykowski originaire de Sallaumines, elle fut décimée pendant la Seconde Guerre mondiale. Joseph, le père, est mort en déportation en Allemagne suite à la grève des mineurs de mai-juin 1941.

Christian Pedowski
« heurté »

Deux de ses fils Félix et Grégoire ont été fusillés à la citadelle d’Arras et un troisième, Edwin, abattu par la police. Internationalistes dans l’âme, ces résistants communistes combattaient au sein des Francs-tireurs et partisans (FTP) « pour votre et notre liberté ». « Ce sont les rapatriés du Nord qui ont donné cette dénomination à cette rue », souligne Bogdan Krol, l’âme de la communauté francophone de Walbrzych, lui-même rapatrié en 1947.

A Sallaumines, cette perspective de débaptisation « heurte » le maire PCF Christian Pedowski qui se dit aussi « offusqué. Ce n’est pas un hasard si une rue de notre commune porte le nom de cette famille depuis septembre 1974 ». Aussi, en lien avec l’association des Amis d’Edward Gierek, il a pris l’initiative d’écrire à son homologue de Walbrzych, Roman Szelemej pour le convaincre de renoncer à ce changement de patronyme. « Ici, ce nom symbolise la résistance à l’occupant nazi dont votre pays comme le nôtre ont eu tant à souffrir. L’engagement de ces francs-tireurs et partisans était un modèle d’abnégation. Ils ont largement facilité les conditions de la libération de notre territoire », souligne Christian Pedowski.

Une offensive
sans précédent

« Peu m’importe que les Burczykowski étaient ou non communistes. Ils luttaient contre l’Allemand », poursuit Bogdan Krol bien décidé à maintenir le prestige de cette France combattante jusqu’au coeur des Sudètes. Selon lui, la municipalité de Walbrzych, d’obédience libérale (le maire est membre de la Plate-forme civique (PO) de Donald Tusk aujourd’hui dans l’opposition) serait plutôt rétive à ces changements de noms pour des raisons d’abord administratives et pécuniaires. Une telle entreprise a un coût et elle obligerait aussi à une fastidieuse mise à jour des papiers des habitants concernés (cartes d’identité, etc).

Les élus de Walbrzych livreront d’ici le mois d’août leurs conclusions à l’Institut de la mémoire nationale (IPN) qui tranchera en dernier ressort. Cet instrument de propagande au service de l’Etat polonais prétend revisiter l’histoire du pays dans un sens ultranationaliste et clérical… Une offensive sans précédent qui s’accompagne d’une reprise à grande échelle, en dépit des accords polono-russes, de la destruction des monuments rappelant le sacrifice de 600 000 soldats et officiers de l’Armée rouge qui ont libéré la Pologne du nazisme. Et d’une criminalisation de l’activité du Parti communiste polonais (KPP) dont les militants sont traduits en justice ! Rien d’étonnant cependant à l’heure où « une majorité de citoyens polonais continue à considérer que le bilan de la Pologne populaire est positif » et où la crise « économique et sociale commence à être de plus en plus mal supportée », souligne l’historien Bruno Drweski.

Jacques KMIECIAK

Liberté Hebdo du 3 au 9 février 2017


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