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Face aux menaces de guerre pesant sur l’Iran... retour sur le précédent du renversement de Mossadegh par la CIA en 1953

lundi 30 août 2010, par Comité Valmy


La question des menaces qui pèsent sur l’Iran a été présente dans les récentes Réflexions et interventions de Fidel Castro. Il a fait référence, en particulier, à un fait qui s’est déroulé il y a 57 ans : le renversement du gouvernement légitime du premier ministre iranien Mohammad Mossadegh, après qu’il a décidé de la nationalisation du pétrole, jusqu’alors exploité par la Anglo-Iranian Oil Company, contrôlée par le gouvernement britannique, et qui des années plus tard s’est renommée British Petroleum (BP), la même entreprise qui a causé ces jours-ci, dans le Golfe du Mexique, la plus grande catastrophe écologique de l’histoire.

L’an dernier (4 juin), à l’Université du Caire, dans un discours adressé aux musulmans, le président Obama a reconnu que « en pleine Guerre Froide, les Etats-Unis avaient joué un rôle dans le renversement d’un gouvernement élu démocratiquement », celui de Mossadegh, en Iran.

Ce n’est que justice de le reconnaître, puisque depuis des décennies déjà on sait bien que le président nord-américain de l’époque, Dwight Eisenhower, le secrétaire d’Etat, John Foster Dulles, et son frère Alan Dulles, directeur de la CIA, ont dirigé le complot pour renverser le gouvernement de Mossadegh, un homme politique aux idées démocratiques et nationalistes, mais insoupçonnable de quelconque sympathie envers le communisme.

Dans ses mémoires, Eisenhower a écrit trois mois après être parvenu à la Maison Blanche que « l’Iran paraissait être sur le point de tomber entre les mains des communistes » et que son pétrole ne devait, « sous aucune circonstance, passer entre les mains du communisme ».

Aucune compagnie pétrolière nord-américaine n’avait été affectée par la décision souveraine de Mossadegh, puisque le contrôle de cette ressource stratégique était entre les mains de la Anglo-Iranian Oil Company, dont le gouvernement de Londres détenait 52% des actions depuis qu’elle avait été fondée au début du XXème siècle, après la découverte d’énormes gisements de pétrole en Iran.

C’est la CIA, qui n’existait alors que depuis six ans, qui a été chargée de mettre en œuvre ses manuels de subversion pour renversement un gouvernement légitime. Elle y est parvenue dans le cas de l’Iran et, l’année suivante, aussi au Guatemala, quand le gouvernement populaire et démocratique de Jacobo Arbenz eut l’audace d’inclure dans son programme une réforme agraire. Où le projet subversif de la CIA, dans ses diverses variantes, a subi échec sur échec, c’est à Cuba révolutionnaire à partir du 1er janvier 1959 et ce sur plus d’un siècle.

Claude Julien, journaliste français qui fut rédacteur en chef de la section internationale du journal Le Monde, a écrit dans son libre « L’Empire nord-américain », publié à Paris en 1968, un rapport minutieux et documenté sur la tentative réussie de la CIA en Iran, en 1953.

Après le 2 août, où a été organisé un référendum, lors duquel 99,4% des suffrages exprimés ont soutenu la décision du gouvernement de Mossadegh, la CIA a intensifié son action. Depuis la Suisse, où se sont réunis sous divers prétextes Allen Dulles, Loy Henderson, ambassadeur états-unien à Téhéran, et des membres de la famille du Shah Reza Pahlevi, ont été décidées les étapes du coup de force.

Pendant ce temps, sous la façade de touriste, arrive en Iran le général nord-américain H. Norman Schwartzkopf, personnage obscur qui avait réorganisé la police du Shah entre 1942 et 1948. On le considérait comme un expert de l’Iran. Entre ses mains, la CIA y a placé 10 millions de dollars, une somme respectable pour l’époque, pour les distribuer secrètement à des personnages du gouvernement plus motivées par l’argent que par le fait de rendre service à leur peuple. Avec une partie de cet argent – près de 400 000 dollars – ils ont également acheté des éléments agitateurs pour qu’ils descendent dans la rue manifester violemment contre le gouvernement. Ensuite, les grands médias de l’Empire se sont chargés de présenter les manifestations comme une insurrection populaire. Et les dignitaires de l’Armée loyales au Shah, qui s’était réfugié en Italie, ont été contactés et bien payés par Schwartzkopf pour qu’ils arrêtent Mossadegh et ses principaux soutiens.

Au monde on a livré un grand mensonge : le peuple iranien, qui lors du référendum du 2 août a manifesté sa confiance en Mossadegh, était le même peuple qui l’a déposé le 19 août.

Schwartzkopf, en accord avec le Shah, a choisi le nouveau gouvernement mené par le général Zahedi, qui occupait le poste de premier ministre. Celui-ci avait été chef de la police du Shah, était un des principaux accapareurs de blé dans le sud de l’Iran et, en plus, avait toujours eu des relations étroites avec des agents de l’Allemagne nazie, qui, après la fin de la Seconde guerre mondiale, s’étaient réfugiés sur le territoire iranien et vivaient dans les montagnes. Il fut l’homme auquel la CIA eut recours pour renverser Mossadegh au nom de la démocratie et former un autre gouvernement à Téhéran. Et de tels « mérites » n’étaient négligeables en ces temps de Guerre froide, durant le combat pour l’endiguement de l’Union soviétique.

Ce « démocrate » de Zahedi a organisé six mois après des élections dites ’libres’. La revue Times écrivit : « Tout ne fut qu’une fraude. Les 12 députés élus à l’Assemblée nationale furent choisis avant que le premier votant dépose son bulletin dans l’urne. Tous étaient des partisans du général Zahedi. Un électeur déposa son bulletin et après fit trois profondes révérences devant l’urne. Quand on lui demanda la raison, il répondit : ’Cette urne est une boîte magique’. On met un bulletin avec le nom de Mossadegh et, quand on dépouille, il s’est transformé en un vote pour Zahedi ».

Mossadegh fut condamné à trois ans de prison et à la réclusion à domicile pour le reste de sa vie. Il est mort en 1967.

Claude Julien raconte dans son livre que le gouvernement de Zahedi a réussi résoudre le litige pétrolier. La Anglo-Iranian Oil Company a commencé par disparaître en tant que telle. Et en guise de remerciement pour le rôle décisif joué par les Etats-unis, plusieurs grandes entreprises pétrolières de ce pays – la Standard Oil, la Texaco et la Socony Vacuun Oil, entre autres — ont été admises dans un nouveau consortium. Et ainsi les premiers pas ont été réalisés vers la naissance de la British Petroleum, où la Grande-Bretagne et les Etats-Unis avaient chacun 40% des actions. Avec la révolution islamique de 1979, la BP fut expulsée d’Iran.

Il s’agit d’une histoire intéressante et bien nécessaire pour comprendre les racines de la question iranienne, et des liens entre la BP et le gouvernement des Etats-Unis.

Article de Granma, quotidien cubain

Traduction AC http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/


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