COMITE VALMY

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Source : Site intenet du Rassemblement pour le Liban

Adieu Beyrouth méditerranéenne ! - Par Georges Corm

lundi 30 août 2010, par Comité Valmy


Après le génocide architectural et archéologique pratiqué par Solidere, voici le temps des démolitions des vieux immeubles de Ras Beyrouth et d’Achrafié pour construire les « tours » de bétons et de vitres. Déjà, les vieilles demeures patriciennes de notre capitale ou les petits immeubles modestes en pierre, avec des arcades gracieuses et des toits de tuile, avaient commencé à disparaître dès les années soixante du siècle dernier. Palmiers, acacias et autres végétations luxuriantes, familiers de tout paysage méditerranéen traditionnel, se sont faits de plus en plus rares.

Aujourd’hui, tout est remplacé par ces tours au style architectural moderne et monotone, typique de Dubaï ou Abou Dhabi ou Qatar, style lui même inspiré de l’évolution de l’architecture des villes des Etats-Unis en bordure de l’Atlantique ou du Pacifique. Dans la zone que s’est appropriée Solidere, le nom des rues est devenu celui des grandes avenues de New York et le nom des tours rappelle celui des beaux immeubles de la capitale d’affaires des Etats-Unis. Cependant que les nouveaux « souks » de Beyrouth ne sont qu’une énorme farce, n’étant qu’un simple « mall » de magasins modernes, comme il en existe partout aux Etats-Unis ou dans les pays arabes pétroliers.

En réalité, irrémédiablement Beyrouth perd tous les jours un peu plus son caractère de ville méditerranéenne pour ressembler aux « villes de sel » des monarchies et émirats pétroliers de la péninsule arabique. Notre économie est d’ailleurs de plus en plus dépendante de la conjoncture pétrolière et des investissements fonciers ou bancaires des ressortissants de ces riches principautés ou de nos émigrés faisant fortune là-bas. Comme si un mouvement de plaques tectoniques souterraines aboutissait à éloigner le Liban et sa capitale de la Méditerranée pour l’arrimer de plus en plus solidement à la péninsule arabique, à ses modes de consommation, à ses niveaux de vie, à ses comportements et ses mœurs.

Peut-être que la nouvelle génération de Libanais, celle qui n’a pas connu le Liban d’antan et les vrais souks du centre historique de sa capitale, trouve-t-elle cette évolution fort à son goût ; après tout, Beyrouth s’est alignée sur le style architectural américano-saoudien qui domine la péninsule arabique. Pourquoi ne pas devenir un appendice de la formidable prospérité pétrolière qui enrichit tant de gens ? Pourquoi ne pas vivre comme à New York ou au rondpoint de la Défense à Paris, ou comme à Dallas ?

Faut-il s’accrocher à un Liban disparu pour toute la nouvelle génération de jeunes Libanais et pourquoi dénoncer un Liban de la prospérité traduite en tours de béton de luxe, comme il en existe partout ? La réponse facile est bien d’accepter les faits accomplis et irrémédiables.

Mais la réponse réfléchie consistera à se demander au préalable qu’elle sera désormais l’originalité architecturale de notre capitale, reflétant sa spécificité culturelle et sa richesse humaine. Si la locomotive de la globalisation pétrolière qui a affecté la péninsule arabique doit nous passer sur le corps ici aussi, qu’elle sera alors encore notre raison d’être Libanais, plutôt que Saoudien ou Qatari ou Koweitien ou Dubaïote, par les mœurs sinon par la nationalité ?

Notre visage arabe avait été jusqu’ici celui de notre participation plus qu’active à la renaissance de la langue et des lettres arabes, au dialogue des cultures et des valeurs avec l’Occident conquérant, voire notre appui aux luttes de libération nationale des peuples arabes voisins. Ne sera-t-il plus demain que celui d’une arabité de la fortune matérielle, de l’investissement dans le foncier de luxe, d’une forte religiosité à but ostentatoire, comme le symbolise si bien la gigantesque nouvelle mosquée de l’ancienne Place des Martyrs, place historique qui disparaît tous les jours un peu plus, peuplée désormais exclusivement d’immeubles de grand luxe ?

Mais peut-être que notre jeunesse n’est même plus à même de se poser un tel problème. Ceux qui émigrent aux Etats-Unis, au Canada ou en Europe et Australie ont fait le choix d’une vie plus digne. Ceux qui émigrent au Golfe espèrent la fortune rapide. Ceux qui restent sont divisés entre familles très aisées et familles très pauvres. Ni les unes ni les autres, pour des raisons opposées, n’ont la possibilité effective de réfléchir au destin de notre culture et de notre identité. Cessons donc de penser, de critiquer, d’être des esprits chagrins : vous verrez tout ira bien mieux !

20-08-2010 Georges Corm


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