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LIBAN
Pour Marine Le Pen, une visite libanaise haute
en symboles, même à Dar el-Fatwa !
par Scarlett HADDAD | OLJ

samedi 25 février 2017, par Comité Valmy


Pour Marine Le Pen, une visite libanaise haute
en symboles, même à Dar el-Fatwa !

En pratiquement deux jours (et deux nuits) Marine Le Pen a réussi à créer l’événement au Liban, faisant passer au second plan (même provisoirement) les négociations au sujet de la loi électorale et du budget. La présidente du « Rassemblement Marine » (c’est ainsi qu’elle appelle désormais le Front national) a multiplié les rencontres politiques, religieuses et populaires, notamment avec les adhérents de sa formation qu’elle a reçus à l’hôtel où elle est descendue (plus d’une cinquantaine), répétant à tous ses interlocuteurs l’importance que revêt à ses yeux le modèle libanais, ce que le patriarche maronite a d’ailleurs appelé « la culture libanaise », et la nécessité de l’étendre à l’ensemble du monde arabe.

Pourtant, ce qui a marqué les esprits reste son rendez-vous manqué avec le mufti de la République cheikh Abdellatif Deriane. Sur cet incident, qui a pris des proportions importantes sur les réseaux sociaux, toute la vérité n’a pas encore été faite. Les membres de la délégation qui ont accompagné Mme Le Pen au Liban sont convaincus que quelque chose a dû se produire qui a poussé le mufti à changer d’attitude au dernier moment.

Selon l’un de ces membres, le rendez-vous à Dar el-Fatwa (comme tous les autres) avait été pris à l’avance, à partir de Paris. Lundi soir, alors que Mme Le Pen était déjà à Beyrouth, un de ses collaborateurs a reçu un message de Dar el-Fatwa qui rappelait qu’elle devrait porter le voile pendant sa rencontre avec le mufti. Mais la réponse de Mme Le Pen était claire : il n’en est pas question. Même lorsqu’elle rencontré le cheikh d’al-Azhar en Égypte (où elle s’était rendue en 2015 et où elle avait rencontré aussi le président Sissi et les chrétiens coptes), elle n’avait pas porté le voile et elle ne le fera donc pas au Liban. En principe donc, les responsables de Dar el- Fatwa ne pouvaient pas ignorer qu’elle refusait de porter le voile et malgré cela, ils n’ont pas annulé le rendez-vous.

Elle s’était donc rendue le lendemain matin à Dar el-Fatwa, sans se douter de ce qui l’attendait. Mais avant même d’entrer sous le porche du siège du mufti, un des responsables des lieux l’attendait avec un foulard blanc. La suite, tout le monde la connaît. Mais dans l’entourage de Mme Le Pen, on se demande si entre-temps, le mufti n’avait pas reçu des instructions pour ne pas la recevoir, sachant qu’en fin de compte, le Premier ministre Saad Hariri a été son seul interlocuteur musulman tout au long de cette visite. Même au Parlement, les députés représentant les différents blocs avaient été soigneusement choisis parmi les chrétiens.

Et avec Saad Hariri, les positions étaient pour le moins antagonistes, ayant buté, comme prévu, sur sa position à l’égard de la Syrie. Saad Hariri désapprouvait le fait que Marine Le Pen estimait nécessaire d’engager des discussions avec le président Bachar el-Assad parce que l’alternative c’est Daech et ses semblables. Pour lui, Bachar el-Assad est l’un des pires criminels de l’histoire et les Libanais ont été ses victimes. C’est pourquoi toute solution en Syrie est meilleure que son maintien au pouvoir. M. Hariri a par la même occasion minimisé le rôle des groupes extrémistes, précisant que ceux-là ne sont pas musulmans. Ils ne sont d’aucune religion et ils n’ont pas d’avenir car ils sont combattus par le monde entier. Le rôle de la Russie a aussi été évoqué, notamment sur le plan de son appui au régime syrien et Mme Le Pen a précisé qu’à l’époque de la mondialisation que nous vivons, il y a deux axes, la mafia de la finance et le radicalisme islamique contre lesquels elle a choisi de se battre...

La discussion était donc vive et il est fort probable que des conseils soient parvenus au mufti pour trouver un moyen de ne pas recevoir Marine Le Pen sans perdre la face... En tout cas, selon son entourage, Mme Le Pen souhaite adresser une invitation au mufti Deriane pour une rencontre qui aurait lieu à Paris, loin de la pression médiatique, pour mener une discussion en profondeur sur le radicalisme islamique et les moyens de le combattre et sur le modèle de coexistence libanais...

Mais à part cet incident qui, selon l’entourage de la candidate à l’élection présidentielle française, a finalement tourné en sa faveur, auprès de son électorat, la visite du point de vue de la délégation était une parfaite réussite. MLP souhaitait venir au Liban pour confirmer son appui aux chrétiens d’Orient, afin qu’ils restent sur leur terre et toutes les discussions qu’elle a eues ont porté sur ce thème, avec des orientations différentes selon l’identité et la fonction de l’interlocuteur.

Avec le président de la République, la rencontre était donc essentiellement protocolaire se cantonnant dans les grandes lignes. Avec le ministre des Affaires étrangères, il a surtout été question du poids que représentent les déplacés syriens et les réfugiés palestiniens pour un petit pays comme le Liban. Il a été aussi question de la diaspora libanaise. Avec le patriarche maronite Béchara Raï, il a plutôt été question de la présence chrétienne dans cette région et du rôle des chrétiens dans la naissance du Liban moderne. Le patriarche a parlé de « la culture libanaise » qui se résume ainsi : en chaque Libanais, il y a un peu de chrétien et un peu de musulman, c’est une identité unique au monde, car les musulmans libanais sont différents des autres musulmans et il en est de même pour les chrétiens. C’est pourquoi, le patriarche maronite considère qu’il défend le Liban dans toute sa diversité et toutes ses communautés. Loin de lui donc l’idée de défendre uniquement les chrétiens...

Avec le chef des Forces libanaises, la discussion a été aussi très intéressante, touchant un peu à l’analyse géostratégique de la situation régionale. En même temps, Samir Geagea a fait visiter son fief à Mme Le Pen qui a vu ainsi l’impact des balles qui avaient été tirées sur lui, tout comme elle a fait la connaissance de son chat noir Lucky. Il a donc été longuement question des chrétiens d’Orient et de la manière dont la France pourrait les aider à rester sur place. Il a été aussi question de la Syrie et M. Geagea a exprimé son opposition au maintien de Bachar el-Assad au pouvoir, précisant dans le cadre d’une analyse globale que cela reste improbable. Il a aussi défendu le concept de « président fort » au Liban, précisant qu’il ne regrette pas son choix d’avoir appuyé la candidature de Michel Aoun. Avec Samy Gemayel, chef des Kataëb, la rencontre a porté sur la situation libanaise essentiellement...

Mme Le Pen a pu aussi rendre hommage aux militaires français tombés lors de l’attentat du Drakkar, en déposant des fleurs bleues, blanches et rouges devant le mausolée qui leur est dédié et elle s’est entretenue avec le mohafez de Beyrouth qui l’a menée à l’église Saint-Georges des grecs-orthodoxes où elle a écouté les explications du père Nectarios qui en a la charge.

Une visite haute en symboles et riche en entretiens donc qui a été largement couverte par les médias et qui a mobilisé le service de sécurité des FSI à la demande express du ministre de l’Intérieur Nouhad Machnouk qui a choisi des officiers francophones pour accompagner la candidate française. En dépit des controverses, le Liban a montré au cours de ces deux jours un visage apaisé et décomplexé, où les citoyens, quelles que soient leurs divergences, peuvent coexister en harmonie. Un message qui a été bien reçu par Mme le Pen.

Albert Jamo, conseil stratégique de la politique au Moyen-Orient, résume d’ailleurs l’ensemble des points de vue de Mme le Pen et de l’intérêt qu’elle porte aux chrétiens d’Orient par la phrase du pape Jean-Paul II : la pérennité des chrétiens et des musulmans au Liban dépend de leur capacité à réaliser la convivialité de toutes les religions dans ce pays...

Scarlett HADDAD
Jeudi 23 février 2017


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