COMITE VALMY

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Source : HORIZONS le blog de Malakine - 29 septembre 2010

Quand le parti communiste était souverainiste et protectionniste ... par Malakine

mercredi 6 octobre 2010, par Comité Valmy


Un petit test qui nous propose de déterminer notre profil politique fait fureur actuellement sur Facebook. Plusieurs tendances sont proposées, dont celle de « communiste », ce qui a surpris et choqué une de mes contacts qui se voyait ainsi qualifiée. J’ai laissé un message expliquant que le test évoquait certainement le communisme de l’époque soviétique qu’elle n’avait probablement pas du connaître. Comme beaucoup, elle croyait que le communisme avait disparu à la chute du mur. En fait, non. La perestroïka ayant commencé dès 1985, il faut remonter à l’époque de Leonid Brejnev et de Georges Marchais pour ce faire une idée de ce qu’était le communisme avant qu’il ne s’éteigne pour ne devenir qu’une caricature de la posture de goch, vraiment à goch pour bat’ la droit’.

Ce petit échange m’a alors donné envie de me replonger dans mes souvenirs d’enfance, à l’époque où le monde était coupé en deux entre les pays dit capitalistes et les pays socialistes, synonyme pour beaucoup à l’époque, de paradis égalitaire et fraternel. J’ai donc parcouru le net à la recherche de vidéos du grand Georges Marchais, cette bête médiatique au talent encore aujourd’hui inégalité, dont je ne manquais aucune de ses héroïques prestations face à Jean Pierre Elkabbach et Alain Duhamel (oui, déjà…) lors de l’émission politique phare du moment Cartes sur table.

Séquence nostalgie.

Je n’ai pas tardé à retrouver les coups de gueule de mon premier mentor politique et ses passes d’armes légendaires avec ses intervieweurs préférés, pourtant infiniment plus respectueux à l’égard du personnel politique et de la politique elle-même qu’ils ne le sont aujourd’hui. Quelques éclats de rire plus tard et déjà plein de nostalgie, j’ai voulu retrouver la flamme de mes idéaux de prime jeunesse, ce communisme d’antan dont je parlais plus tôt à mon contact sur Facebook. J’ai passé donc la fin de soirée et jusqu’à une heure avancée, à visionner toutes les vidéos que j’ai pu trouver sur le site de l’INA, à la recherche d’une improbable pépite. Je n’en ai pas trouvé une, mais deux.

Et là, quel choc ! Je me souvenais bien de quelques affiches du PCF au début des années 80 avec écrit en bleu-blanc-rouge « produisons français » mais j’étais loin de me douter que le discours du PC des années 80 était si proche de celui que je tiens aujourd’hui. Parfaitement souverainiste, radicalement protectionniste, farouchement Keynesien, passionnément patriote.

Ce discours n’a (presque) pas pris une ride. On parlait déjà de crise. On dénonçait déjà le grand marché qu’on appelait à l’époque marché commun. On se soulevait contre les diktats de la commission de Bruxelles. On se braquait contre toute forme de dérive atlantiste. On se battait contre l’impérialisme, forcément américain. On accusait les hyper profits du capitalisme qu’on ne qualifiait pas encore de financier. On mettait en garde contre la concurrence des pays à bas coût, à l’époque l’Espagne et le Portugal. On comptabilisait les dégâts de la désindustrialisation en cours. On annonçait la montée d’un chômage structurel à trois millions de chômeurs. On proposait le salaire maximum contre l’explosion des inégalités. On accusait déjà les socialistes de trahison et de tentation d’abandonner les classes populaires pour s’allier avec les milieux d’affaires. On analysait avec précision les débuts de l’offensive néolibérale et de la mondialisation.

Marchais était un précurseur, presque un visionnaire !

Le PC de l’époque ne se contentait pas de dérouler un programme intenable de revendications sociales et salariales, même s’il n’oubliait pas d’en faire. Il proposait un programme économique construit et cohérent. Philippe Herzog, l’économiste du PC qui depuis a mal tourné, affirmait clairement que « ceux qui sont pour une relance de la demande sans protection du marché intérieur mentent » : le protectionnisme de relance avant l’heure.

Il faut dire qu’à l’époque les partis avaient manifestement du temps pour exposer leur analyse et leurs projets. Les séquences que je vous propose de visionner sont issues de la campagne officielle de 1981. On ne parlait pas encore de clip de campagne. Pas d’images montées à toute allure, pas de musique entrainante, pas de slogans accrocheurs. De vraies petites émissions de près de vingt minutes construits comme des exposés pour parler à l’intelligence du peuple et le convaincre d’adhérer à ses thèses. Et ces émissions passaient sur toutes les chaines, puisque toutes étaient publiques, plusieurs fois par jour ! Ah je vous jure, les campagnes électorales c’était quelque chose, à l’époque !

Pour être honnête, on note déjà dans le propos de Marchais les prémices des dérives futures. Dans la deuxième vidéo, lorsque le débat porte sur les pays du tiers monde, on sent déjà que l’internationalisme et le souci du développement des pays les plus pauvres, contient déjà les germes de la pensée bêtasse des échanges commerciaux gagnant-gagnant et du développement réciproque dans la division internationale du travail, que les adeptes de la mondialisation nous servent encore aujourd’hui. On relève aussi un début d’obsession féministe – dont on sent bien qu’elle est encore un peu forcée chez Marchais – qui préfigure la montée en puissance des revendications sociétales qui ne tarderont pas à prendre le pas sur l’analyse économique systémique.

La pensée qui vient immédiatement lorsqu’on se replonge dans cette époque, c’est que le parti communiste d’antan manque cruellement dans le paysage politique actuel : un parti dirigé par un chef médiatique et gouailleux, au phrasé populaire et à la gueule de prolo instruit aux cours du soir, un discours politique qui saurait articuler une exigence de partage de la richesse dans une logique de conflit de classe ,dans un esprit radicalement patriote et souverainiste.

On pense naturellement à Mélenchon. C’est vrai qu’il ressemble beaucoup au Georges Marchais de la grande époque. Il devrait être le nouveau Marchais. Il aurait dû. Mais à trop vouloir être fidèle à l’héritage communiste, il a tenu à s’allier à ce parti qui n’a plus de communiste que le nom, jusqu’à se rendre prisonnier de toute la bienpensance de la gauche posturale.

Georges, reviens, tu nous manques !

Malakine

Je vous invite donc à visionner sur le site de l’INA, cette première vidéo où il est surtout question du protectionnisme et cette seconde qui correspond apparemment à l’émission suivante où il est notamment question de l’Europe et du libre échange. En bonus, j’insère également une vidéo publiée à de multiples reprises sur Dailymotion par la réacosphère pour des raisons que chacun comprendra aisément. Malheureusement, l’intégralité de ce discours est introuvable sur le net. Dommage, il commençait bien !

3 Messages de forum

  • nous sommes très nombreux à avoir ressenti tout ce que vous décrivez avec passion...

    La plupart des thèses développées par les PC au cours de leur existence étaient pertinentes et tout à fait étayées.

    La critique marxiste du capitalisme et du développement de l’impérialisme n’ont pas pris une ride ;

    Mais, et il y en a un et il est de taille..c’est que le PC était un parti totalitaire car dogmatique détenteur de la seule et unique vérité hors de laquelle il n’y avait point de salut.. Tous ceux qui pouvaient émettre un avis plus nuancé devenaient très vite suspects et finissaient couverts d’insultes voire abattus.

    Ainsi furent trainés dans la boue les Tillon (dirigeant des FTPF, Mary, mutin de la mer noire et successeur de Dimitrov au Komintern , Lecoeur dirigeant des maquis du Nord et organisateur de grèves sous l’occupation, et combien d’autres qualifiés de Titistes, de Trotskystes, de fascistes et autres qualificatifs dont la rhétorique stalinienne a le secret..

    Et dans les démocraties populaires, la dénonciation de suppôts de l’impérialisme se terminait toujours par des aveux et mise à mort comme au temps de l’inquisition romaine..

    De tout cela, je n’en veux pas, la liberté de pensée se doit de transcender les dogmes qui prétendent à la vérité absolue.

    Les penseurs libres, héritiers des humanistes de l’antiquité et des"libertins" du XVIII° siècle , eux, ils la recherchent dans le respect de l’Autre dès lors que celui-ci adopte une attitudes d’acceptation de thèses différentes aux siennes, notamment les Droits de l’Homme.

    • Les droits de l’homme, façon Kouchner ou Buch. On te dit ce que c’est les droits de l’homme américain : te bombarder pour envahir ton pays comme en Yougoslavie, en Irak , en Afganistan et j’oublais le must en Israel, puis piller ton pays. Les droits de l’homme, ceux qui en parlent feraient bien de s’occuper des droits des pauvres aux USA et des indiens parqués. Howard Zinn
  • Merci à Malakine d’avoir exhumé ces deux vidéos !

    Il est vrai que les prémisses de dérives ultérieures sont bien présentes. Mais le passage sur le tiers-monde de la seconde vidéo n’est pas si mauvais, au contraire. Marchais critique l’échange inégal, matières premières contre produits industriels, et soutient l’industrialisation du tiers monde. C’est certainement la bonne voie, empruntée par de nombreux pays.

    D’ailleurs on voit bien, aujourd’hui, l’angoisse de l’impérialisme face à des pays qui devaient lui être soumis, mais qui produisent eux-mêmes les produits industriels dont ils ont besoin. La haine pour l’Iran, qui prétend se doter elle-même d’une industrie nucléaire, d’une industrie de raffinage de pétrole, et de tout ce dont elle pourrait avoir besoin, sans faire appel à des importations ruineuses, a pour fondement cette volonté impériale de maintenir le tiers-monde en situation de dépendance. La Chine, certainement, s’en sort assez bien : elle n’exporte pratiquement pas de matière première, mais essentiellement des produits industriels, en commençant par le textile, mais en ajoutant maintenant toute une gamme de produits sophistiqués. Elle a habilement su profiter de la volonté de désindustrialisation du capital dans les pays occidentaux.

    Mais l’essentiel n’est pas là. Les discours des dirigeants du PCF de l’époque pèchent surtout par une absence de position sur l’Etat, l’Etat de la bourgeoisie. Les seules allusions à ce sujet central est de « faire reculer la bureaucratie », sans remarquer que cette « bureaucratie » étatique tient l’essentiel du pouvoir. Plus curieusement, Georges Marchais pense que la solution est dans la « décentralisation » de l’Etat, qui est sans effet sur la nature de l’Etat lui-même. Bien sûr, il s’agit d’une campagne électorale, et pourquoi pas, mais quand même ! Dire que la société changera par une victoire électorale relève du mensonge pur et simple : tous ces gens ont lu Marx, ont lu « Les luttes de classe en France  » ! Mais en rejettent les enseignements. Bien sûr, le « produisons français » n’est pas si mal, mais c’est une réponse un peu mince à la construction de l’Europe alors en cours. La montée du chômage de masse, orchestrée par le capital par les délocalisations, c’est-à-dire la mise en concurrence de la classe ouvrière française avec les classes ouvrières du tiers monde, annonce déjà les graves revers que va subir cette classe ouvrière. Le but du capital est de détruire l’Etat national, qu’ils appellent déjà « providence », c’est-à-dire liquider la voie ouverte par le programme du CNR, et à lui subsister cette commission européenne qui a déjà l’autorité sur toutes les questions de production. C’est ce que j’essaie d’expliquer à ma grand-mère comme vous pouvezle lire ici.

    La « voie démocratique », comprise comme la voie électorale, exclusive de toutes autres mobilisations, de toutes autres préparations, de toute autres modes d’organisation, montre que le révisionnisme était déjà sérieusement installé. Pourtant, l’expérience nationale est bien là : en 36 comme en 68, les améliorations des conditions de vie, et en particulier des salaires en augmentation de 30 %, ne sont pas issues d’élections, mais d’une vaste mobilisation ouvrière, affirmée par la grève générale. La bourgeoisie a pu assez rapidement annuler ces progrès parce que, justement, elle avait pu garder intact son appareil d’Etat. A la Libération, l’affaire a été un peu plus compliquée pour elle, parce que sa trahison face à l’ennemi l’avait largement déconsidérée dans la population, et que l’alliance entre communistes et gaullistes a pu porter ses fruits. L’Etat reconstitué en 45, porte toujours en lui a marque de cette alliance : c’est ce que la bourgeoisie déteste. Ca a duré trente ans !

    Mais le capital n’a jamais cessé son combat, avec sa stratégie de « moins d’Etat », exprimé dès 1947, immédiatement après la Libération, qui reste sa défaite majeure. Cela montre que la position sur l’Etat est un enjeu central. Marx le disait déjà de son temps en observant ce qu’avait fait la Commune de Paris : l’objectif du prolétariat est de détruire pierre à pierre l’Etat de la bourgeoisie, pour construire le sien, qui pourra enfin servir ses intérêts  ! Daniel Rougerie


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