COMITE VALMY

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Le magazine Basta, complice de la gauche molle internationale contre le Venezuela »
par Bruno Adrie

dimanche 13 août 2017, par Comité Valmy


Le magazine Basta, complice de la gauche molle internationale contre le Venezuela »

Le 31 mai dernier, le magazine en ligne Basta ! se faisait le complice d’une bande – je devrais dire d’une kyrielle – d’« universitaires, intellectuels ou militants de la société civile » qui avaient signé un « appel international pour stopper la montée de la violence au Venezuela  ». En signant cet appel, ces personnalités avaient souhaité exprimer leur « profonde préoccupation face à la situation incontrôlée de violence politique et sociale au Venezuela qui [avait] déjà entraîné plus de cinquante morts, des centaines de blessés et de détenus renvoyés devant des tribunaux militaires ».

Ces «  universitaires, intellectuels ou militants de la société civile » affirmaient que le gouvernement était « de plus en plus délégitimé » et qu’il prenait « un fort caractère autoritaire ». Ils allaient même plus loin en écrivant que « l’appel à une assemblée constituante » avait été « prononcé de manière clairement anticonstitutionnelle” et « [pouvait] correspondre à une tentative de consolidation d’un régime totalitaire (sic) ».

J’ignore si ces «  universitaires, intellectuels ou militants de la société civile » s’étaient dressés, en avril 2002, contre le coup d’État orchestré par une Fedecámaras (le syndicat patronal vénézuélien) soutenue par les Etats-Unis. Une opération qui avait tourné court suite au rétablissement d’Hugo Chávez dans ses fonctions par une armée majoritairement restée fidèle à la légalité et aux institutions.

J’ignore si ces «  universitaires, intellectuels ou militants de la société civile », pour la plupart latinoaméricains, ont écouté le Diálogo de América entre Fidel Castro et Salvador Allende, un échange au cours duquel le président chilien explique qu’il est très compliqué de mener à bien un processus révolutionnaire dans le cadre contraignant de la démocratie bourgeoise. A la question d’Augusto Olivares, qui lui demandait de définir les obstacles qui s’opposaient à l’expérience politique chilienne, Salvador Allende avait répondu en se tournant d’abord vers Fidel Castro :

« Tu te rends compte Fidel, trois minutes pour définir les obstacles d’une révolution qui doit se faire au sein de la démocratie bourgeoise et avec les procédures légales de cette démocratie ! […] Des obstacles… qui naissent de quoi ? En premier lieu, d’une oligarchie avec suffisamment d’expérience, intelligente, qui défend très bien ses intérêts et qui reçoit l’appui de l’impérialisme, dans un cadre institutionnel où le Congrès a un poids et des attributions et où le gouvernement n’a pas de majorité. C’est ce qui explique que nos difficultés soient si sérieuses et qui fait que le processus révolutionnaire chilien rencontre chaque jour et à chaque instant, dans les cadres de cette légalité, des obstacles à la mise en œuvre du programme de l’Unité Populaire. Vous comprenez, Augusto Olivares, que les difficultés, dans le cas qui est le nôtre, sont aussi en rapport avec quoi ? Avec une liberté de la presse qui est beaucoup plus qu’une liberté de la presse, qui est un libertinage de la presse. On déforme, on ment, on calomnie, on tergiverse. Les médias sont puissants, les journalistes liés à des intérêts étrangers et à de gros intérêts nationaux. »[1] (traduction B. Adrie)

J’ignore si ces «  universitaires, intellectuels ou militants de la société civile » ont observé que, lorsque le cadre de la démocratie bourgeoise ne parvenait pas à empêcher l’élection d’un authentique mouvement de gauche révolutionnaire, alors l’armée et l’oligarchie nationale, soutenues par l’impérialisme, organisaient des sabotages, finançaient des grèves et des révoltes, allant bien entendu jusqu’à l’attentat, jusqu’au coup d’État, jusqu’à la torture, le tout emballé dans le bourdonnement assourdissant des unes calomniatrices de journaux fermement tenus en laisse par des magnats opposés à tout progrès social.

J’ignore si ces «  universitaires, intellectuels ou militants de la société civile » ont pris conscience, aujourd’hui, de l’erreur qui a été la leur de cautionner un texte sans doute élaboré par une officine de communication politique – ce qui reste à vérifier – et de s’imaginer que leur lâcheté et leur médiocrité pourraient passer, par un jeu d’ombres chinoises, pour de la sagesse et de la modération.

Ces médiocrates n’ont pas hésité à dire n’importe quoi. Ils ont affirmé que ceux qui, en suivant Maduro, prétendent « défendre un gouvernement anti-impérialiste et populaire » font non seulement preuve d’un «  aveuglement idéologique néfaste » mais contribuent, ce qui est plus grave, « à la consolidation d’un régime autoritaire ». Le record du monde de l’ânerie propulsée à travers les orbites médiatiques est battu lorsqu’ils affirment que, de leur point de vue, «  le refus de toute ingérence étrangère doit se fonder sur plus de démocratie, pas plus d’autoritarisme ».

Qu’ils expliquent cela à Manuel Zelaya ou à Jean-Bertrand Aristide, ces deux grandes figures qui ont fondé leur refus de l’ingérence étrangère sur une confiance vite trahie dans la démocratie et qui ont été défaits par des adversaires qui méconnaissent volontairement le dialogue et ne comprennent que le langage de la force. Mais puisque Fidel Castro est mort, pourquoi ces politologues en herbe n’iraient-ils pas nouer leur dicton dans sa barbe transformée pour l’occasion en quipu inca ? Quel acte de courage ce serait de leur part !

Je suis donc absolument certain que ces « universitaires, intellectuels ou militants de la société civile » n’ont jamais réfléchi au fait qu’un gouvernement assiégé n’est pas en mesure de laisser courir des processus démocratiques qui l’affaibliront devant les factieux. J’écrivais il y a quelques mois – et le lecteur me pardonnera de me citer :

« Seul un gouvernement fort, capable de contrôler l’information pourra résister aux campagnes de presse orchestrées par des journalistes pas du tout indépendants travaillant pour de grands groupes liés aux intérêts capitalistes étasuniens. Seul un gouvernement conscient de vivre en état de siège pourra lucidement se donner les moyens de contrecarrer l’action pas du tout spontanée de séditieux stipendiés et d’opposants mercenaires, armés et poussés sur la scène libertaire pour l’occasion. » («  Entre Fidel Castro et la dictature des marchés  »)

Même si Nicolás Maduro durcissait le régime, même s’il déclarait devoir suspendre momentanément certaines libertés, il ne ferait que sauvegarder son mandat sorti légalement des urnes. On ne propose pas le dialogue à un ennemi qui vous a déclaré la guerre et qui s’est donné pour objectif de vous anéantir coûte que coûte.

Savent-ils, ces « universitaires, intellectuels ou militants de la société civile », qu’en condamnant l’action du gouvernement de Nicolás Maduro, ils se sont mis à quatre pattes devant un État profond étasunien qui a décidé de remettre la main sur la politique et l’économie du Venezuela, un État profond qui se moque éperdument des droits de l’homme sauf quand ces derniers deviennent, entre ses mains, une arme de propagande apte à semer le chaos sur un territoire convoité. Les Etats-Unis ont-ils, ne serait-ce qu’une fois, apporté la liberté dans le sac à dos des GIs ? Et ne me parlez pas des plages de la Manche.

Il n’est pas difficile de deviner quelle main remplit la gamelle de ce petit troupeau progressiste empêtré dans ses certitudes, quelle main met des boulettes dans la gueule de ces aboyeurs toilettés couinant des sermons dictés, vautrés comme des chiots replets entre les coussins d’une gauche molle donneuse de leçons qui n’est que l’envers molletonné de la droite dure. Non à la violence, disent-ils, et, à ce moment précis, en signant et en publiant ce papier gras ramassé sur un des tas d’ordure de la mondialisation heureuse, ils exercent une violence insoutenable contre l’intelligence des nations et contre le peuple vénézuélien !

Et qu’importe que ces « universitaires, intellectuels ou militants de la société civile », soient des idiots utiles ou de parfaits cyniques rémunérés pour leur forfaiture. L’université, la presse et le monde militant ne manquent certainement pas de représentants appartenant à l’une ou l’autre de ces aimables catégories. Ce qui les réunit tous dans le crime, c’est la désinformation qu’ils colportent.

Pourtant, en cherchant un peu, on comprend rapidement qu’au Venezuela :
◾« Les secteurs populaires, soit 90% de la population ne participent pas aux manifestations de la droite (qui ont pour foyer les quartiers riches et la frontière avec la Colombie paramilitaire) et rejettent leurs violences. »
◾« Les news inversent la chronologie des faits : quand les manifestants pacifiques de droite rentrent chez eux, leur succède de manière bien huilée les groupes armés qui incendient les bâtiments des missions locales, des ministères, des tribunaux, des maternités, des centres de vote, des autobus, détruisent et pillent les commerces, brûlent vifs des êtres humains (déjà près d’une vingtaine) surtout s’ils sont noirs, tirent avec des mortiers, des grenades, des armes lourdes. »
◾« La majorité des victimes est causée par ces violences. »
◾« Comme dans toute démocratie, les forces de l’ordre répondent à cette insurrection armée : pain bénit pour les JT qui n’ont plus qu’à monter des images de la bataille comme preuve de la « répression de la dictature Maduro » contre des manifestants pacifiques. » ( Source : Venezuela infos)

Il est particulièrement regrettable que le magazine Basta ! ait choisi d’être le complice de ces « universitaires, intellectuels ou militants de la société civile » en publiant un torchon moralement indigne, politiquement indigeste et factuellement indigent.

Bruno Adrie
9 août 2017

[1] ”¿Te das cuenta, Fidel ? ¡Tres minutos para definir los obstáculos de una revolución que tiene que hacerse dentro de la democracia burguesa y con los cauces legales de esa democracia ! […]

Obstáculos… nacen de qué. En primer lugar de una oligarquía con bastante experiencia, inteligente, que defiende muy bien sus intereses y que tiene el respaldo del imperialismo, dentro del marco de una institucionalidad en donde el Congreso tiene peso y atribuciones, y donde el gobierno no tiene mayoría.

De allí entonces, que las dificultades sean bastante serias y hace que el proceso revolucionario chileno, dentro de los marcos de esta legalidad, encuentre cada día y en cada momento obstáculos para el avance del cumplimiento del programa de la Unidad Popular. Usted comprende, Augusto Olivares, que las dificultades en el caso nuestro también están en relación… ¿con qué ? Con una libertad de prensa que es mucho más que una libertad de prensa. Que es un libertinaje de la prensa.

Se deforma, se miente, se calumnia, se tergiversa. Los medios de difusión con que cuentan son poderosos, periodistas vinculados a intereses foráneos y a grandes intereses nacionales.”

Source :
In cauda venenum


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