Partie I : Mais où est passé l’Argent ?,
Partie II : Le cas de l’Energie Nucléaire
mardi 12 octobre 2010, par Comité Valmy
En parallèle aux revendications des travailleurs, du public et du privé, demandant le retrait de la réforme des retraites, il semble utile de se pencher sur le prétexte invoqué par le pouvoir politique
pour la mettre en oeuvre.
Le double argument réside d’une part dans l’allongement de l’espérance de vie et l’endettement de l’Etat (pour les fonctionnaires) et des caisses de retraite (pour tous).
Augmentation de la productivité et progrès technique
Or ces systèmes ont été mis en place à des époques où le pays, dans son ensemble, était beaucoup moins riche : il sortait de la guerre, de ses destructions, avec une technologie d’il y a 80 ans. En quelques décennies, des progrès technologiques ont augmenté la puissance et la productivité du travail humain dans des proportions jamais, ou rarement, atteintes dans l’histoire humaine. Par exemple :
1) L’électricité, le contrôle à distance, l’informatique, ont permis de remplacer de nombreux travaux manuels ou intellectuel par des dispositifs automatiques, éviter des déplacements de personnes.
2) Le nucléaire, l’aéronautique, le spatial, les TGV, ont permis des sauts quantitatifs en matière de production énergétique, de transport, de communication, de localisation, de connaissance de la terre.
3) Les nouveaux matériaux, la conception par ordinateur, la chimie et les accélérateurs ont ouvert la voie à des éléments microscopiquement agencés remplaçant des structures, des matériaux dont la fabrication était longue, délicate et coûteuse.
Prenons l’exemple d’un TGV rame duplex, marchant à 320 km de moyenne, transportant 1000 personnes, utilisant l’électricité (d’origine nucléaire à 80%), et comparons, avec les trains de 1950 : locomotive à vapeur ou électrique, charbon ou électricité produite par le charbon ou le fuel, perte d’une journéee par voyageur, ou, de nuit, un grand nombre de contrôleurs, de l’ordre de mille passagers assis, mais seulement 500 en couchettes...
Prenons l’exemple d’une banque : toutes les opérations qui se font automatiquement aujourd’hui, retrait d’argent, consultation, etc, étaient faites à la main.
Prenons l’exemple d’un réacteur nucléaire, servi par 300 personnes, fournissant 1400 mégawatts, et comparons avec une centrale au fuel, servie par le même nombre, mais ne fournissant que quelques centaines de Mégawatts.
Les gains de productivité pour les 30 dernières anées sont au moins d’un décibel(*2.7). Le PNB, la production nationale a ainsi était multipliée par 3 au moins.
Stagnation et recul du pouvoir d’achat, déplacement des revenus et des patrimoines
Ceci a provoqué une immense création de richesse. Pourtant, à partir de 1984, alors que le progrès continue (spatial, informatique, réseaux, aéronautique, médical), le niveau de vie moyen de la population stagne, l’état s’appauvrit, les dettes sociales et publiques augmentent. Ceci ne signifie pas que le pays, globalement, s’est appauvri. Au contraire, le patrimoine global (actif-passif extérieur)de la nation (voir les rapports de l’INSEE à ce sujet), s’est agrandi. Même celui de l’Etat, contrairement à ce qui est dit, a aussi grandi dans les 10 dernières années. Mais les rapports de propriété et de revenu ont changé :
1) En ce qui concerne le patrimoine, évalué en moyenne en 2010 à 400 000 euros par ménage (tout compris), il faut remarquer que l’Etat en 1980 possédait, directement ou indirectement, 40% de la production de biens et de services marchands (banques, assurances, industries, transports, télécommunication, télévision...). Il n’en posséderait plus que de 3% aujourd’hui. Les classes les plus aisées de la population, souvent non résidentes, et des étrangers, se sont emparées de cette part la plus stratégique, la plus internationalisée, la plus productive et la plus rentable (car souvent monopolistique) de cette production marchande.
Le patrimoine est en effet constitué, grossièrement (rapport INSEE de 2007 sur le patrimoine de 2003, actif-passif) :
– des immeubles d’habitations. Ceci représente 32% de la richesse
– des terrains et bâtiments abritant les entreprises et l’Etat (51%).
– des machines, brevets, oeuvres d’art, etc. (6%)
– des actifs financiers nationaux et étrangers, s’équilibrant au niveau national (1.5%),
La moitié des ménages n’ont quasiment rien (ils ne sont même pas propriétaire d’un logement).
Le reste du patrimoine est possédé :
– Par l’Etat (4%, 300 milliards d’Euros).
– Par de petites entreprises : environ 2000000, représentant vraisemblablement un quart de ce patrimoine.
Surtout il existe 200 000 entreprises, dont 1500 cotées en bourse, qui représentent plus de la moitié du patrimoine, possédées par moins de 1% de la population, et qui rapportent la moitié de la richesse. Moins d’un millier de milliardaires possède l’essentiel de ces 1500 entreprises les plus riches.
Le rapport 2010 de l’INSEE met à jour ces chiffres, mais je n’ai pu encore me le procurer.
Un rapport de la banque de France en (2008 ?) donne avec précision la structure du capital des entreprises.
2) En ce qui concerne le revenu, la productivité du capital est passée de 3% environ (de mémoire) à 8-10%. La part du capital dans le revenu est passé de 30% à 40 voire 50%. Mais il faut tenir compte que ce que l’Etat actionnaire gagnait (environ 12% du PNB) était réutilisé à son profit, donc pour tous. Les actionnaires privés (le capital) ne disposaient donc que de 18%, alors qu’ils raflent aujourd’hui de 37 à 50% de la production intérieure. La richesse produite chaque année est détournée au profit d’une infime minorité. En effet, les rapports de la banque de France décrivant la répartition du capital souligne cette concentration du capital et de ses revenus.
Politique mise en oeuvre depuis 1984
Pour en arriver à cette situation, manifestement voulue, la politique suivie par tous les gouvernements depuis 1984, au nom des traités européens notamment, a consisté à :
1) Créer la dépendance extérieure, en spécialisant la production, en supprimant des productions de biens (machines, pièces détachées, matières premières...) qui devront être importés, en plaçant la concurrence extérieure partout, et investissant des marchés (au prix de soutien à des dictatures) qui se substituent à la demande intérieure, cette dernière ne trouvant plus dans la production nationale ce dont elle a besoin. Elle a aussi internationalisé la dette, en ayant recours au marché financier pour financer la dette de l’Etat et des particuliers, suivant ainsi les traités européens (Maastricht, Lisbonne...) qui interdisent l’achat par les banques centrales des titres émis par l’Etat. Elle a ouvert le capital des entreprises publiques aux actionnaires privés, puis les a vendues, à des capitaux, souvent étrangers.
2) Détruire les ressources de l’Etat et de la sécurité sociale . Au delà des réduction des charges et d’impôts, les privatisations massives ont donc, de facto, supprimé des revenus de l’Etat environ 12% du PNB, soit plus d’un tiers de ses ressources. Les biens publics sont systématiquement bradés, car leur valeur est fixée par le marché, dans le meilleur des cas (sinon c’est entre copains, de gré à gré). Or seule une infime minorité d’acheteurs peut se présenter et fixe le prix. Les ventes à quelques millions de particuliers d’actions d’entreprises privatisées n’ont été qu’une étape, bien complétée par des krachs (dont celui de 1987) pour mettre dans les mains de quelques oligarques ces entreprises. L’Etat se désendette peut-être, mais au prix d’une perte énorme de ressources, bien supérieure au final au prix de la vente. De plus l’acheteur brade en général les usines ou unités non rentables (moins de 10% de rentabilité), sans considération sociales, et les dégâts collatéraux sont à la charge de l’Etat et de la sécurité sociale.
3) Mettre la pression sur les travailleurs. La mise en concurrence généralisée des entreprises et services, organisée par les traités européens, ne sert que les actionnaires. Les salariés, les consommateurs, n’ont en réalité qu’un choix très réduit : le chômage pèse de tout son poids, face à la concurrence internationale, pour annihiler les revendications des travailleurs. En plus des ententes illégales, les consommateurs ne peuvent guère, pour quelques euros, parcourir campagnes et grandes villes. Il est de plus souvent difficile de se retrouver dans une masse d’informations contradictoires et obscures. Seuls les marchés financiers sont capable de faire jouer à plein la concurrence, pour exiger une rentabilité maximale à leurs capitaux, et ceci d’autant plus qu’ils disposent, grâce à l’Europe qu’ils ont mise en place, de la législation la plus favorable qu’ils pouvaient imaginer.
En résumé :
A)L’argent public s’est perdu dans les privatisations et l’endettement. La dette de l’Etat envers ses salariés (fonctionnaires) n’est plus prioritaire, elle est réduite de manière unilatérale et illégitime, alors que sa dette envers les capitalistes, qu’elle a d’ailleurs favorisés de manière éhontée en leur vendant à bas prix ses biens (banques, assurances, usines, châteaux...) est considérée comme sacrée.
B)L’argent privé s’est perdu dans des profits exorbitants, souvent dépensés dans le luxe, ou dans l’aggravation du poids et du pouvoir d’une infime minorité sur le reste de la population (information, santé, politique, culture, défense...), et dans un nouveau colonialisme commercial, permettant des profits immenses, exploitant des quasi esclaves, pillant les ressources naturelles, détruisant l’environnement, soutenant des dictatures, à l’autre bout du monde, et creusant le chômage et la misère dans notre pays, mais avec un fleuve de mots creux (développement durable, éthique, échange équitable...). Des marchés intérieurs ont été abandonnés, laissés aux concurrents, des savoir-faire et des machines ont été transférés ou sacrifiés.
Il faut donc reposer le fond du problème : qui doit décider des investissements lourds, comment se répartit la richesse du pays et ses revenus ? Si dette il y a, qui doit la payer, à qui, et dans quelles proportions ?
Les traités européens qui organisent cet esclavage doivent être dénoncés, suspendus, renégociés et au besoin annulés. La poignée de milliardaires qui s’est emparée des leviers de commande du pays doit être expropriée, voire condamnée. L’économie doit à nouveau être mise au service de la population et de la nation, et contrôlée par le peuple, donc être de l’objet de (re)nationalisations massives concernant l’appareil financier et les industries stratégiques, le tissu industriel protégé. La nouvelle entreprise coloniale commerciale doit être stoppée et les relations internationales réorientées vers la coopération.
A cet égard, ce qui est mis en oeuvre par le gouvernement, dans le cadre des traités européens, pour l’énergie électrique est exemplaire. Il s’agit notamment de la loi NOME Nouvelle Organisation du Marché de l’Energie, ainsi que des grandes manœuvres autour d’EDF, Areva, GDF/Suez, le CEA, et autres.
Les effets sont bien identifiés :
1) Destruction de la qualité de vie de la masse des travailleurs (salaire, condition de travail, risque juridique), comme ce qui se passe à Chinon aujourd’hui et à France Télécom en général.
2) Enrichissement éhonté d’une infime minorité (stock-options, salaires, actions)
3) Hausse massive des prix pour les consommateurs et détérioration du service
4) Prédation coloniale à l’extérieure (mines, conquête de marché et filiales...)
5) Dépendance technologique et en matière première pour notre pays
6) Risques écologiques majeurs chez nous et dans les néo-colonies
7) Pertes massives de ressources pour l’Etat et les caisses de retraite, de chômage et de maladie.
Je ne vais aborder que l’aspect nucléaire du problème
La production d’électricité dans notre pays est aujourd’hui encore essentiellement dans les mains de l’Etat, car même la CNR est majoritairement détenue par l’Etat (Suez, actionnaire majoritaire, cherche à en prendre le contrôle). Les 58 réacteurs d’EDF sont propriété de l’Etat, EDF n’ayant qu’une fraction d’actionnaire privés. Toute la filière nucléaire (Areva, Cogema, CEA) est encore propriété de l’Etat. Ce système, représentant un investissement de 200 milliards d’euros environ, évite l’importation de 200 millions de tonnes de pétrole chaque année environ (ou de l’équivalent en charbon), soit un gain dans la balance des payement de 60 milliards d’euros. La vente de l’électricité rapportant environ près de 40 milliards chaque année, et donc donne un bénéfice substantiel à l’Etat. (1,2 à 4 milliards de bénéfice, selon 3 à 10% de rentabilité). Indirectement, par les taxes, les impôts et les charges que cette production induit sur le sol national, c’est chaque année 20 milliards qui alimentent caisses de l’Etat et des assurances sociales, et qui seraient en plus grande partie perdues par la privatisation, suivie de la délocalisation (achat de centrales US par exemple).
C’est ce système que l’UE veut démanteler et mettre dans les mains d’oligarques français et étrangers, politique qui reçoit le soutien massif des gouvernements et des partis pro-européens (verts, socialistes, radicaux, UMP, centre, Modem).
Politique mise en oeuvre
Pour ce faire la politique des petits pas est pratiquée, car une privatisation massive et brutale rencontrerait une opposition forte et largement majoritaire (80-90%) de la population. Pourtant, en connaissance de cause, tous ces partis raisonnables, ont voté toutes les lois et traités mettant en place ce démantèlement, formé et mis en place les personnes pour mettre en place cette politique (comme Mme Lauvergeon, ancienne responsable du cabinet de Mitterrand et présidente d’Areva), et disposent de la quasi totalité des sièges au parlement.
5 actions parallèles sont mises en place pour détruire ce système étatique et l’adhésion de la population à ce système :
1) Mise en place d’une politique internationale transformant la finalité d’EDF : il ne s’agit plus de fournir de l’électricité au pays, quitte à faire des accords pour assurer la fourniture de certaines matières premières et d’échanger de l’électricité aux heures de pointe ou de basse demande, mais de construire une grande multinationale au chiffre d’affaire permettant des bénéfices records. Cette politique a pour effet, par réciprocité exigée des pays cibles (notamment US), de mettre à terme notre pays dans la nécessité d’importer de la technologie étrangère, c’est à dire d’accepter la construction de centrales nucléaires sous contrôle US, allemand, russe, chinois, coréen ou japonais (ce qui ravit d’aise nos internationalistes). Au lieu de nouvelles centrales en France, du renforcement des existantes et de l’enfouissement des lignes, on achète des entreprises d’électricité dans le monde. Au même moment, certains dirigeants des compagnies d’électricité publiques et privées françaises rêvent d’acheter les réacteurs de Westinghouse (AP1000). En effet les représentants de cette entreprise US (et japonaise) parcourent la planète,avec l’appui massif du gouvernement US, pour, sans aucune nuance, vanter les mérite de leur produit et dénoncer les « erreurs » d’Areva.
2) Transformation d’une contrainte (produire de l’électricité sans que cela ne coûte au contribuable) en objectif (la création d’un actionnariat privé, même très minoritaire, permet à ce dernier d’exiger une rentabilité normale, de 8-10%), et donc de faire passer la productivité d’EDF de 3% avant privatisation (même partielle) à 8-10% aujourd’hui. Ceci par 5 moyens :
a) Pression sur les travailleurs (A Chinon, l’inspection du travail a dû dénoncer les méthodes de la direction), la gestion par le stress se généralise, le management dur est de mode.
b )Mise en danger de la santé des travailleurs et de la population et prise de risques technologiques et écologiques.
c) Aventures de prédation néo-coloniales : implantation dans des pays à risque, exploitation de mines sans souci pour les populations,..
d) Augmentation des prix pour le consommateurs, ceci grâce à des directives européennes qui dénoncent la distorsion de concurrence, et qui exigent de s’indexer sur les prix les plus forts et de vendre à des concurrents distributeurs d’énergie (possédés par des oligarques : Poweo propriété de Beigeber, lié aux légionnaires du Christ, Direct Energie, possédé par la famille Dreyfus, grand commercial de produits coloniaux, Suez, possédé par Albert Frère, grand oligarque colonial et belge...) à prix coûtant...
d)Limitation voire abandon de tous les investissements non rentables : sécurité, recherche, social, réseau de distribution... (quitte à faire quelques actions de propagande qualifiée de verte, artistique, scientifique ou charitable)
3) Destruction de toutes les synergies nationales : EDF est en premier lieu coupé en deux, production et distribution. Lors des tempêtes récentes, les personnels d’EDF-production avaient interdiction d’aider leurs collègues d’EDF-distribution, d’où appel à la solidarité européenne d’électriciens allemands ou autres (outre-mer)...A terme, les appels d’offre européens vont obliger EDF à acquérir du matériel US, allemand, russe ou japonais. Nos représentants à l’OMC et au FMI , DSK et Pascal Lamy, tous les deux socialistes, rappelleront les lois internationales à un gouvernement trop soucieux de l’emploi ou de la souveraineté nationale. De même les liens entre le CEA, Areva, et EDF seront brisés par des procès en distorsion de concurrence, obligeant les chercheurs à transférer gratuitement leurs savoir-faire aux concurrents étrangers.
La destruction des monopoles nationaux (SNCF, Télécom, EDF), de l’industrie nationale, le bradage des institutions publiques (aéroports), l’exigence d’appels d’offre pour la distribution d’énergie, ont pour effet de casser les liens entre le producteur national et les plus gros consommateurs (industries, services, villes, administration), dans le même but.
4) Mise en place d’une concurrence nationale en permettant à des entreprises privées d’acheter à bas coût de l’électricité nucléaire, en bénéficiant ainsi de l’investissement fait par la collectivité, et de le revendre avec une forte marge, et en obligeant EDF à pratiquer les mêmes prix élevés pour éviter la faillite de ces entreprises privées. La loi NOME réserve à ces concurrents 25% de la production à prix coûtant, alors qu’ils n’ont en rien participé aux investissements.
5) Mise en place d’une politique de développement durable forçant EDF à des investissements sans avenir ou à acheter une électricité hors de prix.
6) Destruction de la confiance de la population en EDF, au delà des péripéties de son comité d’entreprise, par, en premier lieu, la destruction des rapports de confiance entre les travailleurs et les directions. La mise en place, au contraire de la structure mise en place à la libération, d’une gestion moderne par des managers acquis à la manipulation des ressources humaines (appelé par d’autres matériel humain) : stress, coach, pression, harcèlement, indice et évaluation permanente, etc. En second lieu, cette confiance est détruite par la transformation d’un service public en machine à fabriquer des profits (à l’instar de France Télécom) , pratiquant les tarifs les plus élevés possibles, avec à terme des contrats individualisés (car l’UE attaque les contrats normalisés par l’Etat) les plus opaques possibles (voir les contrats mobiles et internet), pour délivrer à la population, dont le niveau d’instruction est attaqué en permanence (même des candidats à la présidence de la république ignorent les définitions d’énergie, chaleur, puissance, watt, joule, ampère, tension, etc...) un service absolument indispensable, l’électricité. C’est un pas crucial dans la mise en servitude de la plus grande partie de la population. Le service se dégrade aussi, en particulier pour la masse la plus pauvre de la population (agences supprimées, coupures de courant...)
Les conséquences de cette politique en matière d’emploi, de niveau de vie, d’environnement, de dépendance extérieure, d’image internationale, de ressources pour l’Etat et les caisses de retraite, de maladie et de chômage, de savoir-faire, sont catastrophiques. Il faut souligner que les écologistes et d’autres à droite comme à gauche ont soutenu cette politique européenne de privatisation, en sachant qu’elle leur ouvrait une autoroute pour remettre en cause l’énergie nucléaire. Bien sûr, dans le futur, lorsque les USA ou d’autres reviendront sur le marché français, il est hautement probable (d’après mon expérience) que ceux là même qui la condamnaient lorsqu’elle était sous pavillon public et national, la célèbreront alors...
Seul l’arrêt total de cette politique, la re-nationalisation et la redéfinition des objectifs d’EDF, d’Areva et du CEA sont compatibles avec une démocratie réelle.
Spécificité de l’énergie nucléaire
En dernier lieu, je voudrais souligner quelques aspects spécifiques à l’énergie nucléaire.
Cette énergie est caractérisée par une gigantesque concentration : 1 Kg de matière fissile correspond à 3000 tonnes de pétroles, et 1 litre de cette matière à 60 000 m3 de pétrole environ. Cette concentration se propage vers le danger et les déchets : une centrale en fonctionnement correspond à des dizaines de milliards de curies, et le danger représenté par quelques litres de produits de fission peut polluer des provinces entières. La puissance destructrice de l’énergie nucléaire est en proportion de cette énergie : une seule bombe de 20 kg d’U235 correspond théoriquement à 60 000 tonnes de TNT.
Ceci implique que le coût du nucléaire est essentiellement celui de la sécurité. Les coûts du carburant et des systèmes de transformation de l’énergie sont relativement faibles. C’est la raison pour laquelle, paradoxalement, cette énergie s’est développée dans une certaine transparence. Les données nucléaires sont en libre accès à l’AIEA, de nombreux échanges internationaux ont lieu entre experts : la sécurité bénéficie de l’échange de données. Enfin le traité de non prolifération permet, en principe, un accès libre (et même gratuit selon des scientifiques et juristes US) à l’énergie nucléaire des pays pauvres non détenteurs de l’arme nucléaire et qui renoncent à cette arme : on pourrait imaginer la fourniture, par les signataires du traités détenteurs de l’arme, de centrales gratuitement à tous ces pays. Il semblerait selon ces experts que ce serait le fond du texte du traité. Cela coûterait moins cher que la crise et la guerre éventuelle à venir.
C’est donc pure folie de vouloir introduire une compétition féroce, nationale et internationale dans le sujet. Cela risque d’aggraver les tensions internationales, inciter à l’armement nucléaire en détruisant l’esprit même du traité de non prolifération, et de créer un immense risque écologique en affectant la sûreté nucléaire puisqu’un de ses principe même, l’échange de données sur les accidents et les cœurs des centrales, sera compromis pour des raisons de concurrence internationale. Au contraire, il faudrait sanctuariser ce secteur des lois commerciales. Notons aussi qu’aux USA un « business » très rentable et confié au privé est l’assurance des centrales nucléaires : ceci signifie aussi que, pour que ce marché existe, un accident grave (Tchernobyl) de temps en temps (tous les 30 ans) est souhaitable. Le prix de la catastrophe (100 millards d’Euros environ) est largement compensé par les primes d’assurance sur la même période...
Le nucléaire, saut majeur dans l’histoire de l’humanité, représente à la fois le pire et le meilleur de ce que le travail humain peut donner. Mais le confier à la cupidité, à la soif de pouvoir et de richesses d’une poignée d’individus, dont le désir d’élévation intellectuelle n’est pas la première préoccupation, est un crime.