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Le Pentagone empoisonne votre eau potable
Joshua Frank, CounterPunch

jeudi 31 août 2017, par Comité Valmy


Le Pentagone empoisonne votre eau potable

Le plus grand pollueur du pays n’est pas une entreprise. C’est le Pentagone.

Le ministère de la Défense, en vertu d’une exemption de l’EPA (Environmental Protection Agency) de 1980, est toujours autorisé à brûler les déchets d’armement, à faire exploser les explosifs toxiques, et même dans certains cas à gérer des déchets radioactifs. Chaque année, le Ministère de la défense génère plus de 750 000 tonnes de déchets dangereux - plus que les trois plus grosses sociétés chimiques combinées.

L’armée est largement dispensée de respecter la plupart des lois environnementales fédérales et étatiques, et l’EPA fait de son mieux pour que cela ne change pas, en particulier en ce qui concerne le perchlorate, une substance nocive dont l’agence étudie la quantité exacte qu’on peut absorber sans danger.

Au cours des cinq dernières décennies, le gouvernement fédéral, les entreprises qui travaillent avec le Ministère de la Défense et l’industrie chimique ont uni leurs forces pour bloquer les efforts pour protéger la santé publique contre le perchlorate, une composante du combustible de roquette qui s’est révélée préjudiciable à la croissance des enfants et à leur progrès intellectuel, du fait qu’elle perturbe la fonction de la glande thyroïde qui régule le développement du cerveau.

Des centaines d’installations et de bases militaires de la Défense répandent du perchlorate dans tout le pays. Selon les analyses de l’EPA, on trouve du perchlorate dans l’eau potable et les nappes phréatiques de 35 états. Le Centre de contrôle des maladies et des études indépendantes a également démontré de manière incontestable qu’il y a du perchlorate dans nos aliments, dans le lait de vache et le lait maternel humain. En conséquence, pratiquement tous les Américains ont une certaine dose de perchlorate dans le corps. Plus la dose est élevée, plus c’est dangereux et plus cela augmente les risques de cancer de la thyroïde et autres cancers.

À l’heure actuelle, seulement deux États, la Californie et le Massachusetts, ont fixé un niveau maximal autorisé de perchlorate dans l’eau potable. En Californie, on a trouvé du perchlorate, non seulement dans les nappes souterraines, mais aussi dans les vaches laitières. L’EPA, tout en reconnaissant le problème, ne veut pas emboîter le pas à ces États, bien que l’administration Obama ait promis de réglementer l’usage du produit toxique en 2015. Il ne l’est toujours pas, et on ne voit pas comment il le sera avec Trump à la barre.

Les niveaux de perchlorate sont élevés dans la rivière Colorado qui fournit de l’eau à plus de 20 millions de personnes. C’est dans le sud-ouest de la Californie que le produit chimique est le plus répandu en raison du grand nombre d’opérations militaires et d’entreprises sous-traitantes de la Défense dans la région.

En 2001, l’EPA a estimé que la somme nécessaire pour nettoyer les sites militaires toxiques dépasserait les 350 milliards de dollars, soit cinq fois le montant du Superfund(1) du CERCLA destiné au secteur privé. Mais le gouvernement fédéral a fait preuve de complaisance en permettant au perchlorate de contaminer petit à petit nos réserves d’eau. Ce laxisme et le défaut de contrôle réglementaire ont permis aux entreprises travaillant pour le Pentagone, la NASA et la Défense de fixer leurs propres critères et de réduire le coût élevé, mais nécessaire, de la dépollution des eaux souterraines.

Bien que la situation soit devenue catastrophique au cours des dernières années, l’administration Clinton n’a pratiquement rien fait pour seulement commencer à nettoyer ces sites et n’a même pas vérifié ce que le Pentagone faisait de l’argent qu’il recevait. Au cours des années 1990, le ministère de la Défense n’a dépensé que 3,5 milliards de dollars par an pour dépolluer les sites militaires toxiques, la plus grande partie en études et pas en réel assainissement. En 1998, le Defense Science Review Board, un comité de consultants créé pour donner un avis indépendant au secrétaire de la Défense, a examiné la question et a conclu que le Pentagone n’avait pas de politique, ni d’objectifs, ni de programmes clairs de dépollution de l’environnement, ce qui a conduit l’avocat Jonathan Turley , qui occupe la chaire Shapiro de droit d’intérêt public à l’Université George Washington, à qualifier le Pentagone de « pire ennemi de l’environnement ».

« S’ils peuvent dépenser 1 million de dollars pour un missile de croisière, ils peuvent dépenser 200 000 dollars pour s’assurer que notre nourriture ne soit pas contaminée par le carburant de leurs fusées, non ? a déclaré Renee Sharp, un chercheur de Environmental Working Group. Mais si le programme de dépollution de Clinton ne valait pas grand-chose, celui de Bush était pire encore.

Pendant que Bush se vantait d’augmenter de milliards de dollars le budget global du Pentagone, son administration réduisait le programme d’assainissement environnemental. Obama n’a pas inversé la tendance et n’a pas réglementé l’usage du perchlorate même si son administration savait qu’il polluait les réserves d’eau de notre pays. Il est peu probable que la tendance s’inverse. Trump a maintenant réduit le financement de l’EPA de milliards de dollars tout en promettant de modifier de nombreuses réglementations environnementales. Cela signifie que la dépollution de nos sites militaires sera largement bloquée et que le perchlorate continuera à empoisonner l’eau potable dans tout le pays.

Les sites militaires américains, qui occupent une surface de plus de 20 millions d’hectares, figurent parmi les legs les plus pernicieux et dangereux du Pentagone. On y trouve des fragments de bombes toxiques, des munitions non explosées, des déchets dangereux enterrés, des décharges de carburant, des fosses ouvertes remplies de débris, de tas de matériel brûlé et, oui, du combustible de fusée. Un mémo interne de l’EPA de 1998 a prévenu du danger qui se profilait : « Considérant la surface impliquée et probablement le nombre de sites, l’armement et les munitions enterrées représentent le plus grand programme de nettoyage des États-Unis. »

Lorsqu’un site est trop pollué, le Pentagone décide tout simplement de le fermer et de le refiler à une autre agence fédérale. Au cours des trois dernières décennies, le Pentagone a transféré plus de 6,5 millions d’hectares, souvent peu ou pas assainis, à d’autres agences. Les anciens sites de bombardement ont été transformés en refuges pour la faune, en parcs municipaux et fédéraux, en terrains de golf, en sites d’enfouissement, en aéroports et en centres commerciaux.

La contamination sérieuse des cours d’eau, des sols et des eaux souterraines, est un problème sur presque tous les terrains d’entraînement militaires. Les sites sont souvent saturés de métaux lourds et d’autres polluants ainsi que d’armes non explosées. La liste du Government Accountability Office(2) des types de munitions non explosées abandonnées dans de nombreux sites d’entraînement serait le catalogue idéal pour les combattants au Moyen-Orient : « grenades à main, fusées, missiles guidés, projectiles, mortiers, grenades à fusil et bombes ».

Mais le gouvernement s’est donné beaucoup de mal pour dissimuler son leg meurtrier. En 2002, le Pentagone, ses sous-traitants et les fabricants de perchlorates ont persuadé le rédacteur en chef d’un journal prestigieux de réécrire un article sur les effets de ce produit chimique sur la santé, derrière le dos de son principal auteur. Ensuite, en 2005, la Maison Blanche a ajouté plusieurs consultants rémunérés par les fabricants de carburant de fusées à un panel de l’Académie nationale des sciences qui avait été mis en place pour évaluer les risques du perchlorate sur la santé, panel qui a, finalement et de façon surprenante, recommandé des niveaux d’exposition bien plus élevés que les doses plus faibles recommandées par de nombreuses études indépendantes.

« Le perchlorate fournit un exemple parfait de système de protection de la santé complètement corrompu, dans lequel les pollueurs, le Pentagone, la Maison-Blanche et l’EPA ont conspiré pour empêcher que la santé soit protégée, afin de ne pas grever leurs budgets, de gagner des avantages politiques et d’augmenter les profits des entreprises », a déclaré Richard Richards, le directeur exécutif du Groupe de travail sur l’environnement, au Comité sénatorial pour l’environnement et les travaux publics, le 7 mai, lors d’une audience organisée par la présidente du comité, Barbara Boxer (Démocrate - Californie) qui aimerait voir s’appliquer les normes de sécurité nationale au perchlorate dans l’eau potable.

« Toutes les preuves qui rendent nécessaire la mise en place d’une protection décisive de la santé sont réunies » a déclaré Wiles. « C’est un cauchemar sans nom pour le ministère de la Défense et ses sous-traitants, et plutôt que de l’affronter, ils viennent de consacrer 50 ans et des millions de dollars à le fuir. »

Joshua Frank,
25 août 2017

JOSHUA FRANK est rédacteur en chef de CounterPunch. Son dernier livre est Hopeless : Barack Obama et The Politics of Illusion, co-édité avec Jeffrey St. Clair et publié par AK Press. On peut le contacter à joshua@counterpunch.org. Vous pouvez le suivre sur Twitter @joshua__frank.

Notes :
1
- Le CERCLA a prévu un « Superfund » fédéral destiné à la dépollution des sites pollués abandonnés ainsi qu’au financement de mesures d’urgence en cas d’accidents ou de rejets imprévus
- Le Superfund est géré par l’Environmental Protection Agency (EPA) - Office of Superfund Remediation and Technology Innovation (OSRTI)
- L’EPA a le pouvoir de rechercher les responsables des pollutions et les faire participer aux opérations de réhabilitation
- A défaut de pouvoir identifier les responsables, ou en cas d’abstention de leur part, l’EPA procède à la dépollution des sites http://www.upds.org/images/stories/UPDS_CDAE/3_MARTINET_LABROUSSE.pdf

2. Le Government Accountability Office (GAO) est l’organisme d’audit, d’évaluation et d’investigation du Congrès des États-Unis chargé du contrôle des comptes publics du budget fédéral des États-Unis. Il fait partie de la branche législative du gouvernement fédéral des États-Unis.
Il est dirigé par le Contrôleur général des États-Unis (Comptroller General of the United States), un poste professionnel et non partisan dans le gouvernement américain.
Il est l’équivalent de la Cour des comptes en France et dans certains autres pays.

The Pentagon is Poisoning Your Drinking Water

The nation’s biggest polluter isn’t a corporation. It’s the Pentagon. The Department of Defense, under a 1980 EP...


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