COMITE VALMY

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L’ennemi commun des peuples

Les États-Unis de l’hystérie préfabriquée
Par CJ Hopkins

jeudi 7 septembre 2017, par Comité Valmy


Les États-Unis de l’hystérie préfabriquée

Heureusement, les nazis de Charlottesville étaient là ! Pendant un bref moment, il a semblé que nous allions avoir quelques jours pour souffler et réfléchir à l’état de l’Amérique sans être soumis au tir de barrage d’une nouvelle hystérie fabriquée de toutes pièces. Sérieusement, il y a seulement quelques semaines, alors que les lamentables tentatives des ploutocrates des classes dirigeantes pour faire passer Donald Trump pour une espèce d’agent dormant russe semblaient finalement tourner court, un nombre significatif de gauchistes commençaient à se demander si, peut-être, seulement peut-être, le fait que les États-Unis soient contrôlés par une ploutocratie mondialiste qui n’a d’allégeance envers aucune nation, aucun peuple, ou à quoi que ce soit d’autre qu’elle-même, et qui est en train de diaboliser, et potentiellement de destituer un président élu… que peut-être, cela peut être quelque chose dont il faudrait se préoccuper, non pas exclusivement, surtout pas, mais à côté d’autres questions d’importance vitale comme la défense des droits des pilotes de drones transgenres, ou l’élimination des pronoms sexistes des programmes scolaires.

Heureusement, grâce aux nazis de Charlottesville, ce dangereux moment de doute a été dépassé. Si vous écoutiez attentivement le 11 août, vous avez pu entendre le soupir de soulagement collectif, dans les quartiers généraux de la Résistance, quand ils ont vu quelque chose comme une centaine de suprémacistes blancs marchant dans la ville avec des torches hawaïennes, aboyant des slogans du N.S.D.A.P. et se rendant généralement ridicules. Les apparatchiks des médias, les mandarins de la gauche d’Internet, les naziologistes professionnels ou amateurs et autres experts du nazisme sont immédiatement passés en mode DEFCON 1, qui signale une invasion imminente de nazis. Des photos de nazis porteurs de torches, yeux exorbités, bouches tordues dans un cri de haine nazie, veines du cou nazi saillantes, ont été publiées et abondamment diffusées. Des millions de gauchistes hésitants (dont bon nombre se sentaient mal à l’aise dans leur collaboration avec les efforts de la ploutocratie au pouvoir pour délégitimer Trump, et tous ses électeurs jusqu’au dernier), après avoir vu les gros plans sur papier glacé de ces nazis, ont répondu comme tout bon Américain a été conditionné à répondre depuis la prime enfance. Ils ont immédiatement éteint leur esprit critique et ont rejoué la Seconde Guerre mondiale… ou plutôt, la version mythique qu’en entretiennent les USA, celle où l’Amérique a vaincu les nazis.

Entendons-nous bien, je ne minimise en aucun cas Charlottesville. Nous parlons de vrais néo-nazis, avec des vrais drapeaux nazis et des têtes tondues ras, hurlant de vrais slogans nazis, et du Ku Klux Klan, et de milices lourdement armées, et de tout-venant raciste… tout ce qui fait partie du paysage des USA depuis des décennies, et plus encore, mais ce n’est pas le moment de réfléchir à l’histoire ou de replacer les choses dans leur contexte. De plus, l’un de ces débiles nazis a lancé sa voiture contre une foule, tuant une femme et blessant beaucoup d’autres contre-manifestants, ce qui rend suspecte de sympathie avec le nazisme toute tentative de pensée critique sur la vraie taille de la menace nazie (qui reste ridiculement réduite) ou sur les raisons de l’exagération outrancière de la menace par les médias grand public, et j’ai bien assez de problèmes comme ça.

De plus, Charlottesville n’était que le début… une sorte d’offensive du Têt nazie. Une semaine tout juste plus tard, le 19 août, littéralement quarante à cinquante nazis (habilement déguisés en partisans de Trump, en libertariens et autres hurluberlus de droite) ont occupé un gazebo public à Boston, et s’apprêtaient à exprimer de virulentes conceptions nazies aux flics qui les entouraient. Par chance, au dernier moment, un contingent d’approximativement quarante mille membres de la Résistance antifasciste est arrivé sur les lieux pour leur refuser une plateforme, et chasser tous les porteurs de casquettes MAGA, et les insulter.

Vous penseriez que les nazis auraient compris le message… mais non. Dimanche dernier, le 27 août, dix ou onze nazis (dont la plupart se faisaient passer pour des partisans de Trump, comme si cela n’en faisait pas de toutes façons des nazis, et quelques-uns allaient jusqu’à tenter de faire croire qu’ils étaient « Latinos ») ont audacieusement tenté de s’assembler à Berkeley. La Résistance, cette fois, n’a pas fait de quartier. Des milliers de contre-manifestants pacifiques ont rapidement fait fuir les nazis, puis des escouades d’antifas masqués ont pourchassé tous ceux qui étaient restés en arrière et qui avaient une allure suspecte de nazi, les partisans apparents de l’alt-droite, et les photographes trop curieux, et les ont passés à tabac. Cela a alarmé la Résistance plus centriste-libérale, qui s’est mise en devoir d’étiqueter « terroristes intérieurs » les antifas qui avaient passé à tabac ceux que les centristes-libéraux avaient étiqueté « nazis ».

Ailleurs aux États-Unis, les membres de la Résistance a Href="https://www.theguardian.com/us-news/2017/aug/15/confederate-statue-toppled-in-north-carolina-during-anti-racism-rally"> détruisaient frénétiquement des monuments confédérés soudainement devenus intolérablement offensants, et fouillaient les annuaires d’entreprises en ligne pour y dénicher tous les gens qui portent le nom Lee, ou tous les chevaux qui s’appellent comme le cheval de Lee, ou les chevaux d’autres nazis racistes. Cela, et en plus l’organisation hâtive de la Marche Pour Affronter Le Suprémacisme Blanc à venir (et qui sera probablement une caricature de la Marche sur Washington de 1963), sans oublier la diligente écriture de longues dissertations sur les maux du racisme, du suprémacisme blanc et de toutes les autres formes de nazisme associées à Donald Trump… et le déchaînement d’une frénésie anti-nazie chez les foules.

Cela étant, il faut bien admettre une chose à propos de la fausse Résistance… cette hystérie nazie est bonne pour tout le monde. Non seulement elle est plus facile à vendre que les inepties sur les hackeurs russes (parce que Trump est réellement raciste, bien sûr), mais de plus, c’est quelque chose qui peut convenir à la gauche au sens large, puisqu’elle se combine très bien à la politique communautaire/identitaire, qui est, grosso modo, tout ce qui nous reste aujourd’hui.

Voyez-vous, jusqu’à aujourd’hui, le dilemme auquel nous faisions face (ou plutôt, auquel certains d’entre nous faisaient face) tenait à notre réponse à la campagne de changement de régime contre Trump des élites au pouvoir. D’un côté, Trump incarne tout ce que la gauche combat. De l’autre côté, poursuivre Trump de notre vindicte revient à porter les valises de la fausse Résistance, c’est-à-dire de la ploutocratie mondialiste (ce qui, au fait, ne veut pas dire « les juifs ». Je la ressers d’autant plus volontiers, celle-là, que j’aime bien embêter mes lecteurs antisémites). Cela a été un peu compliqué pour certains d’entre nous ; nous avons dû nous retenir d’attaquer Trump (au moins sur les points mis en avant par la Résistance) parce que si nous l’avions fait, nous nous serions alignés sur les tentatives des élites ploutocratiques pour diaboliser, et en fin de compte destituer un président américain qui ne coopère pas assez avec eux à leur goût. Nous nous opposons aux changements de régime à l’étranger. Ne devons-nous pas nous y opposer dans notre pays aussi ? Ou est-ce que nous devons cautionner ce que font les les classes dirigeantes, juste pour cette fois, parce que Trump est un monstre exceptionnel ? Mais attendez… Saddam était bien un monstre, n’est-ce pas ? Et Kadhafi aussi ? Et tous les autres « Hitler » qui ne coopèrent pas avec les ploutocrates mondialistes ? Et Assad ? Encore un monstre de plus ?

Vous voyez à quel point cela devient compliqué… Quand vous tentez de comprendre comment vous opposer à la fois à la ploutocratie supranationale qui est en voie de supplanter les nations souveraines et se poser en puissance hégémonique, et à la réaction néo-nationaliste qu’elle a suscité, et à laquelle la ploutocratie s’oppose aussi… en espérant de toutes ses forces que vous l’aiderez en avalant tout rond ses fadaises hystériques sur les Russes, ou les nazis, ou un quelconque autre croquemitaine qu’elle agitera devant votre visage. Au bout d’un moment, vous frôlez la migraine, et vous souhaitez que quelqu’un simplifie les choses pour vous.

Et les nazis de Charlottesville arrivent à la rescousse ! Comment les choses pourraient-elles devenir encore plus simples ? La ploutocratie ? Quelle ploutocratie ? Nous avons des putains de nazis qui sortent au grand jour ! Des nazis racistes ! Des nazis confédérés ! Des apologistes du nazisme ! Des sympathisants du nazisme ! Nous n’avons pas le temps de nous pencher sur l’identité de ceux qui tirent les ficelles politiques, ou sur la façon dont ils fabriquent une hystérie artificielle, et dont généralement, ils manipulent les gens (pas vous, bien sûr… d’autres gens). Non, ce que nous devons faire aujourd’hui est censurer Internet, et d’autres plate-formes de haine nazie, et trouver tous ces nazis racistes et les soumettre à des thérapies anti-nazies, ou à des programmes d’empathie anti-racistes, ou juste les traquer en meute et les passer à tabac.

Ok, cela peut sembler extrême, ou tyrannique, ou juste sinistre, mais gardez bien à l’esprit que Trump N’est Pas Normal ! Et que le racisme et le nazisme, c’est très, très mauvais. Et que l’Amour Est Toujours Vainqueur De La Haine ! Et que Vous Le Valez Bien ! Et nous n’avons jamais prétendu que Trump était un véritable agent russe ou quoi que ce soit de cet ordre. Oubliez les trucs sur la Russie. Trump est Hitler. Trump a toujours été Hitler. L’Amérique a toujours été en guerre contre Hitler. L’Amérique sera toujours en guerre contre Hitler. (1)

Ah oui, et j’oubliais, l’édition d’aujourd’hui des deux minutes de la haine (2) commenceront dans approximativement quinze minutes. Rassemblez-vous dans votre lieu habituel. Merci de votre collaboration.

CJ Hopkins
Paru sur Counterpunch et Consent Factory sous le titre The United

Traduction Entelekheia

Notes de la traduction :

1.Allusion à 1984, de George Orwell

2.Idem.


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