COMITE VALMY

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Au fil des jours et des lectures... n°70, 20.10.2010

La Rue et le Parlement - Comaguer

jeudi 21 octobre 2010, par Comité Valmy


A force de répéter à satiété, à l’occasion de la bataille de la retraite, que le vote du Parlement s’imposera comme source de la légitimité, l’équipe dirigeante révèle la fragilité de la république bourgeoise.

Si la loi est votée, elle portera le sceau de la légalité républicaine, rien de plus. Pour autant elle sera perçue par la très grande majorité de la population comme un viol du peuple pourtant proclamé « souverain » dans la Constitution.

Ce viol délibéré du Peuple, qui fait suite à l’effacement de l’Histoire, à la négation du référendum de 2005 sur le Traité Constitutionnel européen, montre que les limites de la République bourgeoise sont atteintes.

Ecroulement du concept d’EGALITE

Comment peut-on soutenir que le jeune sans travail habitant une cité où sévit le chômage de masse est l’égal de Madame WOERTH gestionnaire de la fortune Bettencourt ?

Cette égalité citoyenne ne vaut que dans une circonstance exceptionnelle : le jour du vote et encore le seul jour de vote où la représentation n’est pas déformée par un découpage électoral, un système majoritaire ou quelqu’autre subterfuge technique, c’est à dire soit pour la présidentielle soit pour un référendum. Tous les autres jours, dans la vie de tous les jours, c’est l’inégalité qui règne.

Ecroulement du concept de LIBERTE

La liberté d’aller et de venir demeure mais Madame Woerth ne subira jamais de contrôle d’identité au faciès, les libertés de choisir un logement, une formation, un métier sont très fortement déterminées par la position de classe et par le niveau du revenu et elles sont donc extraordinairement plus limitées dans le cas de notre jeune sans travail.

Ecroulement du concept de FRATERNITE

Une évidence : dans notre République de riches, gouve rnée par les riches et pour les riches tout démontre, selon les circonstances, l’indifférence, le mépris voire à l’occasion la haine de ceux d’en haut pour ceux d’en bas.

Cette opposition entre le citoyen, celui qui jouit théoriquement de la LIBERTE de l’EGALITE et de la FRATERNITE et l’homme/femme concret est parvenue à un point où elle devient insupportable et apparait comme une mystification. Ainsi se traduit-elle, entre autres manifestations, par un désintérêt croissant des couches populaires pour les élections.

Elle a été relevée par MARX dans un article qu’il publie en 1844 sur « LA QUESTION JUIVE ».

A l’époque MARX vit en Allemagne, dans l’Europe réactionnaire du Congrès de Vienne et dans un pays qui n’a pas fait comme la France sa révolution bourgeoisie et dans sa réflexion il aborde la question pour lui centrale et qui le restera toute sa vie celle de « l’émancipation ». Il va alors distinguer l’émancipation politique, c’est-à-dire l’accession à la citoyenneté, au droit de vote et donc à l’instauration de la République bourgeoisie et l’émancipation humaine qui devra intervenir dans une autre étape de l’Histoire. A l’époque et dans ce bref article il ne nomme pas cette nouvelle étape mais il souligne bien que la république bourgeoisie met face à face un Etat et des individus atomisés dotés de DROITS mais pas de POUVOIR.*

«  L’homme n’a pas été libéré de la religion, il a obtenu la liberté religieuse. Il n’a pas été libéré de la propriété, il a obtenu la liberté de la propriété, il n’a pas été libéré de l’égoïsme de l’activité professionnelle, il a obtenu la liberté de l’activité professionnelle. ».

Un peu plus loin Marx insiste sur le caractère abstrait et artificiel du CITOYEN

« La révolution politique a dissous la vie civile en ses composants sans révolutionner ces composants eux-mêmes ni les soumettre à la critique. Elle se comporte à l’égard de la société civile, du monde des besoins, du travail, des intérêts privés, du droit privé, comme à l’égard du fondement de son maintien, comme à l’égard d’un présupposé qui ne nécessite aucune justification supplémentaire, par conséquent comme à l’égard de sa base naturelle. Enfin l’homme tel qu’il est comme membre de la société civile est considéré comme l’homme proprement dit, comme l’homme différent du citoyen, parce qu’il est l’homme dans son existence sensible individuelle, immédiate, tandis que l’homme politique n’est que l’homme abstrait, artificiel, l’homme comme personne allégorique, morale. L’homme réel n’est reconnu que sous la figure de l’individu égoïste, l’homme vrai que sous la figure du citoyen abstrait. « 

Et il conclut

« Toute émancipation consiste à rapporter le monde humain, le monde des rapports à l’homme lui-même. L’émancipation politique est la réduction de l’homme, d’une part à sa qualité de membre de la société civile, à l’individu égoïste, indépendant, d’autre part au citoyen, à la personne morale.

C’est seulement lorsque l’homme individuel réel réintégrera en lui le citoyen abstrait et sera devenu comme homme individuel dans la vie empirique, dans son travail individuel, dans ses rapports individuels, un être appartenant à l’espèce, que l’homme aura reconnu et organisé ses forces propres comme forces sociales et ne séparera donc plus de lui la force sociale sous la forme de la force politique. C’est alors seulement que l’émancipation humaine sera accomplie. »

Aujourd’hui en France un être humain appartenant à l’espèce se préoccupe de la condition matérielle présente et future des retraités, des actifs, des jeunes, de l’ensemble de ses semblables et l’oligarchie au pouvoir lui oppose le citoyen abstrait contraint à l’égoïsme du calcul individuel et dépossédé de tout pouvoir par un Parlement soumis.


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