COMITE VALMY

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Point de vue

L’industrie sous Emmanuel Macron :
la liquidation continue
Par Bruno Alomar

lundi 27 novembre 2017, par Comité Valmy


Emmanuel Macron en visite dans une usine de l’équipementier aéronautique Daher, près de Nantes. JEAN-SEBASTIEN EVRARD/AFP

L’industrie sous Emmanuel Macron :
la liquidation continue

FIGAROVOX/TRIBUNE - Philippe Varin, ancien Président de PSA vient d’être nommé vice-président du Conseil national de l’industrie.
Le groupe de réflexion Les Avernes dénonce la politique industrielle de Macron et propose des solutions pour mettre fin au processus de désindustrialisation de la France
.


Les Avernes est un groupe de réflexion composé de hauts fonctionnaires, professeurs, essayistes et entrepreneurs.

Philippe Varin, ancien Président de PSA à la carrière de liquidateur industriel bien connue, vient d’être nommé vice-président du Conseil national de l’industrie, dont la présidence revient traditionnellement au Premier ministre. En prenant la tête opérationnelle de cet organisme, qui, autour de l’Etat réunit le patronat et les syndicats, il devient, de fait, un interlocuteur-clé pour les pouvoirs publics en matière industrielle.

Mettre fin au processus de désindustrialisation
de la France est une nécessité impérieuse,
pour notre économie, pour nos territoires,
et, plus largement, pour notre souveraineté.

Disons-le tout net : mettre fin au processus de désindustrialisation de la France est une nécessité impérieuse, pour notre économie, pour nos territoires, et, plus largement, pour notre souveraineté. Dans ce cadre, il faut, en première analyse, se féliciter des initiatives que les pouvoirs publics prennent en ce sens.

Hélas, ces considérations posées, il faut bien reconnaître qu’en fait de relance de notre industrie, Emmanuel Macron s’inscrit dans la continuité des faiblesses et erreurs du passé. Qu’on en juge.

D’abord, pour paraphraser Boileau et son célèbre hémistiche « Enfin Malherbe vint », l’on voit mal en quoi Monsieur Varin pourrait jouer vis-à-vis de l’industrie française le rôle éminent qui fut celui du poète pour rationaliser la langue française. Car, en fait de pedigree, celui de Monsieur Varin plaide peu pour lui-même, plus habitué qu’il fut à vendre à la découpe les entreprises où il est passé sous prétexte de redressement. Mais là n’est pas l’important. Emmanuel Macron, moderne entre les modernes, sacrifie une fois de plus aux exercices convenus qui consistent à aller rechercher de vieilles gloires industrielles, dans le sérail rassurant du corps des Mines, alter ego scientifique à l’inspection générale des finances.

Ensuite, d’un point de vue institutionnel, le pouvoir en place sacrifie une nouvelle fois aux gadgets médiatiques. En lieu et place d’un Ministre de l’industrie en titre, aux responsabilités claires, fortes, à la feuille de route définie, l’on préfère nommer une personne qui, par construction, ne pourra pas trouver de positionnement institutionnel satisfaisant, ballotté entre les intérêts des uns et des autres et, surtout, prisonnier du carcan de Bercy sur lequel il n’aura aucune prise. Il est vrai qu’en la matière Emmanuel Macron n’a rien inventé. Que l’on songe ici au rôle de Monsieur Gallois, ou même s’il avait rang de ministre, au ridicule achevé qu’avait constitué la nomination sous Nicolas Sarkozy d’un « Ministre de la relance », sans même mentionner le très médiatique - et très inefficace - Ministre du Redressement productif de François Hollande.

Surtout, si l’on veut bien s’extraire de la communication et des services rendus entre seigneurs de la noblesse d’Etat, force est de constater que rien, depuis l’accession d’Emmanuel Macron ne marque de changement tangible visant à traiter les problèmes fondamentaux de l’industrie française. Qu’il soit permis de s’arrêter sur trois points.

Premièrement, la baisse des charges pour les entreprises industrielles, seule capable de restaurer partiellement la compétitive-prix de quantités de nos industries, incapables depuis trop longtemps, contrairement à l’Allemagne, d’accroître à suffisance leur compétitivité hors-prix. En la matière, il n’y a pas de miracle à attendre. Impôts et taxes ne baisseront que quand la dépense publique, à laquelle la France est droguée, sera significativement réduite. La Commission européenne, pourtant bien peu suspecte d’anti-macronisme primaire, avec les pudibonderies qui sont les siennes, tel le canari de la mine, vient d’adresser une mise en garde à la France concernant son budget 2018, qui dévoile ce secret de Polichinelle : Emmanuel Macron, dans les pas de François Hollande, ne réforme nullement la France à hauteur des problèmes, il escamote temporairement les problèmes ! Charge à ses successeurs de traiter le fond ; en cela rien que très habituel sous la Ve république.

Il est urgent de cesser d’affaiblir nos industries de défense
si nous souhaitons conserver une industrie
digne de ce nom, à la pointe de la technologie.

Deuxièmement, à défaut d’esprit classique, familier du « ni oui, ni non, bien au contraire », Emmanuel Macron ne craint pas de plaider pour l’industrie, tout en la fragilisant avec méthode. A ce titre, comment ne pas s’étonner que le pouvoir en place n’ait toujours pas compris le rôle central des industries de défense, qui irradient l’ensemble de notre système technologique et économique ? C’est la triste conclusion à laquelle il faut se rendre quand l’on considère, exemple parmi d’autres, l’annulation insensée de 850 millions d’euros de crédits budgétaires sur le PLF 2017, qui a débouché par ailleurs sur une crise inédite aux séquelles profondes entre l’armée et le pouvoir politique. Nous ne craignons pas de le dire : il est urgent de cesser d’affaiblir nos industries de défense si nous souhaitons conserver une industrie digne de ce nom, à la pointe de la technologie. De même, que dire de la valse-hésitation sur l’avenir de la filière nucléaire française, entre annonces de transition vers les renouvelables à marche forcée et contrition publique du Ministre de la Transition écologique et solidaire, si ce n’est qu’elle marque bien l’inconstance et le manque de vision de l’équipe élyséenne sur le sujet industriel.

Troisièmement, le rapport au reste du monde. L’on pourrait ici rappeler le rôle central joué par Emmanuel Macron dans le dépeçage d’Alstom, entreprise il est vrai dont les difficultés sont bien antérieures, et qui s’expliquent largement par l’entre-soi évoqué supra. Mais au moment où le Président de la République prétend relancer la construction européenne, a-t-on vu le début d’une réflexion des pouvoirs publics sur l’absence totale de politique industrielle européenne ? La réalité est que sur l’ensemble des domaines qui concernent de près ou de loin l’industrie, aucune inflexion majeure ne se profile.

De tout ceci une conclusion émerge : en matière industrielle comme en tant de domaines, plus ça change, moins ça change, et Emmanuel Macron, loin d’être le premier des modernes est bien le dernier des anciens.

Bruno Alomar
24 novembre 2017


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