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COLLOQUE DU 5 DECEMBRE : LUTTE CONTRE LE FINANCEMENT DU TERRORISME : NOUVEAUX ENJEUX !
par Richard Labévière

mardi 28 novembre 2017, par Comité Valmy


COLLOQUE DU 5 DECEMBRE :
LUTTE CONTRE LE FINANCEMENT DU TERRORISME : NOUVEAUX ENJEUX !

La rédaction de prochetmoyen-orient.ch coorganise avec le CF2R (Centre français de recherche sur le renseignement) un colloque sur le financement du terrorisme. Le président de la République a fait de ce dossier une priorité. Le 28 août dernier, lors de la Conférence des ambassadeurs, il a annoncé la tenue à Paris d’une conférence internationale dédiée à cette question. Depuis les résolutions 1373 (2001) et 1624 (2005) du Conseil de sécurité des Nations unies, les techniques de financement du terrorisme n’ont cessé de se reconfigurer et la création du Comité contre le terrorisme de l’ONU n’a pu atteindre les objectifs escomptés. Par manque de volonté et de moyens, les multiples initiatives nationales, régionales et multilatérales ont souvent cantonné leurs actions à des campagnes de communication sans lendemain. Pourquoi une telle impuissance ? Les questions liées au financement du terrorisme sont souvent mal posées ! Le financement du passage à l’acte terroriste lui-même n’est pas le plus onéreux. Les attentats du 11 septembre 2001 ont coûté moins de 500 000 dollars ; ceux de Madrid, Londres, Manchester, Bruxelles, Stockholm ou Paris, quelques milliers d’euros ! Ne parlons pas des attaques à la hache, au couteau et à la voiture bélier ! Les financements – en amont – pour recruter et former les acteurs sont nettement plus importants, de même que les financements – en aval – lorsqu’il s’agit de prendre en charge les familles des kamikazes ou de payer les opérations de chirurgie plastique des survivants qui doivent changer d’identité et de vie. En tenant compte de ces trois dynamiques, il semble plus pertinent de parler du financement des idéologies radicales. Dans cette perspective, trois autres dynamiques – en superposition et interaction – doivent être examinées : 1) le rôle des pays du Golfe, au premier rang desquels l’Arabie saoudite, le Qatar et le Koweït notamment, qui favorisent l’expansion de l’Islam radical depuis plus de trente ans ; 2) le rôle des paradis et autres places off-shore dont on s’étonne de découvrir l’existence à travers les derniers scoops des Paradise Papers ; 3) enfin, l’interface organique entre les petite et moyenne délinquances et l’émergence d’un terrorisme low-cost en expansion. Mardi 5 décembre, de 14 heures à 18 h 30 – ESCE, Campus Eiffel, 10 rue Sextius Michel, 75015 PARIS. Bulletin d’inscription à télécharger ici : bulletin-inscription.pdf à retourner à l’adresse :info@cf2r.org

UN CERTAIN RETOUR DE LA FRANCE
AU PROCHE-ORIENT : UNE PIECE EN CINQ ACTES…

« Il est certainement prématuré et exagéré de parler d’un plein retour de la France au Proche-Orient, sinon d’une nouvelle politique arabe de la France », explique l’un des hauts fonctionnaires du Quai d’Orsay en ajoutant : « peu de temps après son accession à l’Elysée, Emmanuel Macron a qualifié la politique étrangère de ses prédécesseurs – Nicolas Sarkozy et François Hollande – de mots très durs, concluant en substance que leur bilan diplomatique était totalement nul, tout particulièrement aux Proche et Moyen-Orient où la France avait quasiment disparu (…). Une chose est sûre : on assiste à un changement de posture. Toute la question est de savoir si ce changement va se confirmer et se concrétiser de manière suivie, durable et rééquilibrée entre Riyad et Téhéran ». Une pièce en cinq actes…

ACTE I

Par conséquent l’Acte I, de ce que d’autres diplomates français qualifient de « certain retour de la France », réside bien dans le jugement sévère d’une diplomatie « trop longtemps abandonnée aux idéologues du Quai, inspirés par une conception venue de l’étranger », selon les propres termes du nouveau président de la République française.

A posteriori, ce constat lucide confirme les propos du ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem, qui nous déclarait en juillet 2012 : « la France est sortie de nos écrans… » En mars 2012, soit un an après le début de la révolte syrienne à Deraa, Alain Juppé, alors ministre des Affaires étrangères prenait la responsabilité de fermer l’Ambassade de France à Damas en décidant aussi d’engager l’Union européenne (UE) à durcir ses sanctions contre la Syrie. Cette orientation sera accentuée par Laurent Fabius, nouveau ministre des Affaires étrangères après l’élection de François Hollande en avril 2012 : c’était l’invention de « la (soi disant) nouvelle diplomatie économique », qui consistait à multiplier la signature de contrats mirifiques avec une Arabie saoudite en froid avec les Etats-Unis de Barack Obama, celui-ci cherchant à finaliser un accord international sur le dossier nucléaire iranien.

ACTE II

L’Acte II fondateur de la nouvelle posture française, c’est la défaite de l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch) en Irak, puis en Syrie. De fait, l’opération Chammal – nom donné à la participation des forces armées françaises à la Coalition internationale anti-Dae’ch à partir du 20 septembre 2014 – va s’interrompre prochainement. Cette fin d’Opex (opération extérieure) va se concrétiser par le retrait de l’Armée de l’air française de Jordanie, l’allègement du dispositif de la base d’Al-Dhafra aux Emirats arabes unis et d’un redéploiement maritime en Méditerranée occidentale et orientale. De fait, ce retrait militaire opérationnel accentue encore la quasi-disparition de la diplomatie française dans la région.

ACTE III

L’Acte III survient lors de la dernière conférence des ambassadeurs à Paris et le premier discours général de politique étrangère d’Emmanuel Macron où s’exprime différentes inflexions. Le président indique clairement qu’il s’agit d’éviter un « éclatement territorial et politique de la Syrie », en comparant les situations survenues en Irak et en Libye. Par ailleurs, Emmanuel Macron laisse entendre à plusieurs reprises qu’il ne faut plus « individualiser » le dossier et que « la question personnelle du sort de Bachar al-Assad » n’est justement pas la question !

Tous les « révolutionnaires sur Seine », au premier rang desquels l’historien Jean-Pierre Filiu, hurlent aussitôt au scandale et écrivent une longue diatribe dans le quotidien Libération pour s’indigner de voir ainsi épargné « le boucher de Damas ». Cette séquence marque une baisse d’influence des « compagnons de route de la révolution syrienne » à l’Elysée, voire au Quai d’Orsay.

ACTE IV

L’Acte IV survient avec l’annonce surprise de la démission du Premier ministre libanais Saad Hariri depuis Riyad. Même s’il a lu « les livres de Georges Corm sur le Proche-Orient éclaté et le Liban contemporain », dit-il en privé, Emmanuel Macron n’est pas un grand connaisseur du monde arabe, « mais ça l’intéresse et l’intrigue intellectuellement », commente l’un des conseillers de l’Elysée qui ajoute : « il sait intuitivement que ce qui se passe au Liban ne peut laisser indifférent un président français ». Donc, dès l’annonce de Saad Hariri, c’est le branlebas de combat : toutes les administrations et appareils d’Etat de France et de Navarre sont saisis afin de produire de la note et des idées pour « trouver une solution permettant de garantir la stabilité du Pays du Cèdre… »

ACTE V

L’Acte V voit l’engagement personnel du président français lui-même. Il profite de son déplacement aux Emirats arabes unis (EAU) où il inaugure le Louvre local pour faire quelques annonces en faveur des pays du Golfe. C’est surtout en visitant la base française d’Al-Dhafra , à trente kilomètres au sud d’Abu Dhabi, à deux cents kilomètres des côtes iraniennes, qu’il déclare être préoccupé par le programme de missiles balistiques iraniens. Ce faisant, il cherche à rééquilibrer la balance en faveur de l’Arabie saoudite. Emmanuel Macron sait que Riyad tient rigueur à une France qui favorise un retour précipité de ses investisseurs en Iran : un voyage présidentiel est prévu à Téhéran pour le début 2018.

A Riyad, on n’a pas apprécié le retrait de l’ambassadeur Bertrand Besancenot, qui est pourtant resté en poste dans la monarchie plus de neuf années consécutives. « Il était devenu l’un des familiers du Palais et n’émettait jamais aucune critique à l’encontre du régime wahhabite, pourtant l’un des plus débiles de la terre… Alors que son successeur – François Gouyette – arrivant de Tunis, était considéré avec méfiance, ayant la réputation d’être une grande gueule… », explique un analyste de la direction ANMO du Quai d’Orsay (Afrique du Nord – Moyen-Orient).

Donc, la fin de l’Acte V se joue lorsque l’Elysée demande expressément au nouvel ambassadeur de France à Riyad – François Gouyette – d’organiser une rencontre avec le prince héritier Mohamed ben Salman (MBS) sur le chemin du retour. Persuadé de son intelligence supérieure, Emmanuel Macron est assuré de pouvoir séduire le jeune prince héritier. « C’est à peu près ce qui se passe… mais le charme opère des deux côtés et les Saoudiens sont persuadés que l’exfiltration de Saad par Paris est un bon compromis », ajoute un conseiller de l’Elysée.

LES AMBASSADEURS ET LES SERVICES

L’ambassadeur de France à Riyad a préparé le terrain en privé avec Saad Hariri. A Paris, le président français n’a eu de cesse que de convaincre son interlocuteur d’« aménager » sa démission afin « d’éviter au Liban une nouvelle crise qui pourrait s’avérer plus dangereuse que les précédentes, sinon plus meurtrière. En dépits des bruits de guerre des pays voisins, on craint une nouvelle vague d’attentats terroristes », commente le même conseiller de l’Elysée.

Pendant ce temps-là à Beyrouth, le nouvel ambassadeur de France Bruno Foucher – dont le poste précédent était Téhéran – fait le tour des popottes de toute la classe politique libanaise pour relayer la bonne parole du président Michel Aoun : refus de la démission, appel au calme et sang-froid, pas de décision précipitée avant le retour de Saad Hariri sur le sol libanais.

Dans un cas comme dans l’autre – Gouyette et Foucher -, nous avons affaire à deux bons connaisseurs de la zone, « qui ne ménagent pas leur peine et Macron le sait », dit-on au Quai d’Orsay. Contrairement à Sarkozy, qui méprisait profondément les ambassadeurs et à Hollande qui s’en méfiait, Emmanuel Macron les adore et « les place en responsabilité et en situation de faire leur boulot. De plus, il écoute leurs analyses et respecte leurs expertises », ajoute une autre source du cabinet de l’Elysée.

Les deux autres têtes d’affiche de la distribution sont : le conseiller diplomatique personnel du président français – Philippe Etienne – un fort en maths, gaulliste pragmatique et Maurice Gourdault-Montagne. Même si ce dernier a été l’un des maîtres d’œuvre de la résolution 1559 du Conseil de sécurité1 – qui fût désastreuse pour la région -, « il l’a fait plus par servilité de carrière, plus que par conviction idéologique : lui non plus n’est pas néo-con », affirme un autre ambassadeur de France.

Parallèlement à l’engagement et à l’expertise de ces Excellences, l’Elysée actionne aussi Bernard Emié – ancien ambassadeur en Turquie, au Liban et en Algérie -, le nouveau patron des services extérieurs (DGSE). « Lui, c’est un dingue de boulot qui dort avec ses dossiers. En plus, il est hyper-gaulliste et se ferait arracher un bras pour la sauvegarde des intérêts de la France éternelle », commente l’un des anciens directeurs de la DGSE.

Par conséquent, les cinq actes de ce « certain retour » de la France au Proche-Orient ont bénéficié de l’engagement réel d’ambassadeurs reconnus, appuyés par leur hiérarchie, et dont certains ont un profil plutôt gaullo-souverainiste. Avec les services français de renseignement, ils ont pu jouer leur partition, aussi parce que « les Etats-Unis ont laissé la France sous-traiter le dossier libanais qui, à part la question du Hezbollah, les intéresse peu… », ajoute un autre ambassadeur en concluant que « tout reste à faire… »

LES VISITEURS DU SOIR ONT LA GRIPPE

En effet, « tout reste à faire ! Le retour de la France aux Proche et Moyen-Orient n’est pas acquis. Pour l’instant, il ne repose pas sur une diplomatie construite, durable et différenciée des pesanteurs américaines et otaniennes, mais sur un bon coup qui peut se retourner contre ses initiateurs », estime l’un des plus hauts fonctionnaires du Quai.

Toujours obsédés par la « chute du régime de Bachar al-Assad », les experts de la Direction ANMO (Afrique du Nord/Moyen-Orient) n’ont visiblement pas joué un rôle majeur. Mais à ANMO, comme dans les autres directions du Quai, la « meute des néo-cons » n’a pas dit son dernier mot et conforte toujours le ministre Jean-Yves Le Drian pour « durcir » la relation avec l’Iran.

Ils ont bien failli réussir lorsque le ministre des Affaires étrangères s’est dernièrement rendu à Riyad, multipliant les commentaires désagréables à l’encontre de Téhéran et de son programme de missiles balistiques en reprenant les arguments de Washington et Tel-Aviv. « Le Drian est un rad-soc, entendez un radical-socialiste qui dit à chacun ce qu’il veut entendre… En plus, c’est un rad-soc breton, autant dire qu’il pourrait vendre des choux-fleurs aux Touaregs », nous dit l’un des anciens proches collaborateurs du ministère de la Défense, « il n’a pas les capacités personnelles d’analyse géopolitique pour être un visiteur du soir et influencer Emmanuel Macron ».

Un autre visiteur du soir, à qui l’on prête beaucoup d’influence, a en ce moment la grippe… Hubert Védrine n’inspire pas non plus le président français, comme on le dit et le lit trop souvent. « Désormais Hubert est un consultant international qui pense que le client a toujours raison et il ne se risque plus à produire des analyses indépendantes qui ne correspondrait pas à ses intérêts immédiats », estime un chercheur de l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) pourtant très proche de l’ancien ministre des Affaires étrangères.

En définitive, c’est moins à d’improbables visiteurs du soir, qu’à un usage intelligent et circonstancié de ses diplomates par Emmanuel Macron, qu’il faut attribuer un « certain retour de la France » aux Proche et Moyen-Orient. Cela dit, et comme l’ont souligné plusieurs de nos interlocuteurs, il est encore trop tôt pour parler d’une « nouvelle politique arabe de la France ». Et c’est à l’un des grands ambassadeurs de France, toujours actuellement en poste, que nous laissons la parole pour ne pas conclure : « pour jouer un vrai rôle de médiation entre Riyad et Téhéran, notre diplomatie devra surtout s’affranchir du poids et de l’influence des milieux pro-israéliens sur les centres de décision… Et cette bataille intérieure est loin d’être gagnée… »

Richard Labévière
27 novembre 2017

Version arabe : http://www.al-akhbar.com/node/286913

1 Richard Labévière : Le Grand retournement : Bagdad-Beyrouth. Edition du Seuil, novembre 2006.

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