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Sobtchak et l’opposition radicale russe :
une piqûre de rappel pré-électorale
par Karine Bechet-Golovko

mercredi 6 décembre 2017, par Comité Valmy


Sobtchak et l’opposition radicale russe :
une piqûre de rappel pré-électorale

La journée d’hier était manifestement marquée en Russie du sceau de l’opposition. L’opposition radicale, "non systémique". Présente sur les ondes, jusqu’à la nausée, comme elle le voulait tant. Le résultat fut celui d’une bonne dose de vaccin. Entre populisme, russophobie primaire et déconnexion de la réalité, elle ne peut trouver qu’en elle-même les raisons de ses défaites électorales dans un système ouvert. Donc elle cherche à changer les règles.

Deux évènements pour l’opposition politique radicale en Russie ont eut lieu hier, deux évènements médiatiques, où elle a pu s’exprimer à loisir. Trop.

Tout d’abord, les spectateurs, ébahis, ont eu droit à la visite de K. Sobtchak, de retour de sa tournée pré-électorale anglo-saxonne, où à Londres elle a notamment rencontré le légendaire - en son genre - Mikhail Khodorkovsky et obtenu son adoubement. Cette apparition fut organisée en grande pompe, non pas sur les plateaux oubliés de Dojd, à domicile presque, non, mais en première partie de l’émission 60 minutes sur Rossiya 1.

Pour les russophones, vraiment à écouter, l’on appréciera la performance particulièrement bonne des deux journalistes Olga Skabeeva et Evguény Popov, qui n’ont eu de cesse de rappeler les dires à la réalité, tout en faisant apparaître la face cachée de la candidate à la candidature :

L’on retrouve toute l’incompétence, tant vantée en Occident aujourd’hui, drapée dans la dignité de son inconsistance . Aucune recette pour améliorer le niveau de vie, sauf baisser le budget de l’armée dont des chiffres fantaisistes sont avancés, démonter cette armée qui provoque, elle, un danger soi-disant inexistant dans la réalité et la proposition de devenir "ami" avec tout le monde, sans entrer dans les détails de la recette.

La fille de son père, en plus caricatural, car la fille et non le père, une pale copie, reflet de son époque. Peu importe la mémoire et les monuments des soldats morts pour la Seconde Guerre Mondiale, ouvertement elle s’en fou. Le passé est mort, vive le vide à la place de l’avenir. Incapable de répondre aux questions précises, elle botte entouche. L’individu au-dessus de l’Etat, cette mentalité de petit commerçant égoïste très à la mode, oubliant que c’est l’Etat qui garantit leur petite vie tranquille. Se sauver dès que l’on entend parler de géopolitique, elle n’existe pas, elle n’est là que pour justifier l’intérêt de l’Etat. Qui existe donc contre l’homme.

En ce qui concerne la vie réelle, elle vit dans un autre monde, où elle trouve du pain à ... 120 roubles. On ne doit pas l’acheter au même endroit ... Comme ces candidats en France qui ne connaissent pas le prix d’un ticket de métro.

Sur le plan systémique, rien que les slogans usés. "Le système judiciaire en Russie n’existe pas" parce que les "artistes" n’ont plus le droit de détourner de l’argent. Et horreur, pendant le temps de son procès le génie adulé n’est pas incarcéré, mais à domicile. Mais comme en Russie "il n’y a pas de justice", pas besoin de démontrer, pas de besoin de preuves. République parlementaire, élection des juges et elle se réfère à Elena Loukianova, professeur de droit constitutionnel, communiste, comme son papa, qui elle a viré dans l’opposition radicale avec une passion toute freudienne pour Khodorkovsky qu’elle soutient becs et ongles.

Ce qui nous amène au deuxième élément, celui de la réunion des opposants de Vilnius , où participait justement E. Loukianova, la référence, la caution morale et professionnelle de K. Sobtchak, rappelons-le, adoubée par Khodorkovsky lui-même. Pour les russophones, voici une des sessions phares de ce grand moment de démocratie appelé Forum de la Russie libre, avec de gauche à droite, E. Loukianova (à la très néolibérale Ecole supérieure d’économie de Moscou depuis 2013), Vladimir Achourkov (soutien de Navalny parti en Grande-Bretagne), Ilya Ponomarev (ancien député russe, condamné pour détournement de fonds publics à Skolkovo pour des conférences grassement payées et non effectuées, réfugiés aux Etats-Unis longtemps et depuis peu reconverti en Ukraine) et Ivan Tioutrine (parti de lui-même dans les pays baltes en 2012 après l’échec du mouvement Bolotnaya , est l’un des organisateurs de ce Forum).

L’on y apprend que l’opposition ne peut pas remporter les élections en Russie, puisque, évidemment, les élections sont truquées. Et dans le contexte largement répété de la guerre d’information, le combat doit être mené sur ce terrain. Il existe d’ailleurs des méthodes éprouvées et des gens compétents pour cela. A la surprise générale, E. Loukianova, professeur de droit comme elle-même le dit, s’explique très calmement à ce sujet :


"Je connais et je sais le faire. Puisque j’enseigne très largement le droit électoral, je sais utiliser les technologies sales et je sais me battre contre elles. Et comment encore peut-on se battre contre elles sans les utiliser ? Je sais le faire, je connais tout sur les élections :" Je n’ose pas imaginer ce qu’entendent les étudiants ... quelle formation ils reçoivent.

Est-ce à cela que faisait référence Ksénia Sobtchak ?

D’une manière générale, ce 4e Forum ne fait que répéter les précédents. On y retrouve les mêmes têtes, à quelques défections près, et les mêmes idées. Kasparov arrivé des Etats-Unis, les différents émigrés venus de France comme Anastasia Kirilenko (où elle réside depuis 2014), de Grande-Bretagne, d’Ukraine, des pays baltes et d’ailleurs. On appréciera aussi la présence de l’avocat de l’Ukrainienne Savtchenko Mark Feyguine. Très faible médiatisation accompagnée d’un blocage par les organisateurs de la presse russe, dite de "propagande", suivant en cela docilement l’air du temps.

Le constat de faiblesse de l’opposition radicale en Russie est réel, et tant mieux. En revanche, l’incapacité de ces individus de se remettre en cause et leur seul remède, celui d’une liste de nouvelles sanctions contre ceux qui leur déplaisent est puérile. Mais comme ils l’affirment tous en coeur :

- Le monde civilisé doit prendre des sanctions.

- La Russie ne fait pas partie du monde civilisé ?

- Non.

Le seul constat réaliste est celui de leur incapacité à se fédérer et à avoir un électorat. Donc les élections sont truquées et le peuple stupide. Les conclusions qui en sont tirées sont simples, simplistes et confortables :
1) Démontage du "régime" et grandes purges parmi les dirigeants ; - mais pour cela il faut arriver au pouvoir et avec une grande imagination reproduire le scénario ukrainien ;
2) Boycott des élections ; - Ce qui tout d’abord permet de ne pas arriver au pouvoir et donc de ne pas réaliser le premier point. Cette mesure est de ce fait même beaucoup plus réaliste, d’autant plus qu’ils n’obtiendront jamais les signatures nécessaires pour présenter leurs candidatures avec la concurrence de K. Sobtchak, qui leur a mangé le gâteau sous le nez. Le but recherché ici est la délégitimation des élections. Mais avec leur 2% à tous cumulés, ils oublient que pour délégitimer un processus électoral, encore faut-il représenter une quelconque force politique - à l’intérieur du pays. 3) Préparer une nouvelle liste de personnes à sanctionner, la Liste des "amis de Poutine", comprenant 12 catégories de politiciens, hommes d’affaires, journalistes et autres ; toute personne qui ne leur convient pas. Certains vont même jusqu’à vouloir sanctionner les compagnies étrangères qui achètent des espaces publicitaires sur les chaînes publiques russes. Cela ressemble plus à la Liste de tous les désespoirs.

Dans l’ensemble, ils sont un peu défaits. L’Occident ne soutient pas les mesures radicales proposées par Kasparov, comme lui-même l’affirme, les sanctions ne servent à rien, les perspectives politiques sont bouchées.

Mais ce qui a pu les surprendre encore plus, c’est de se retrouver avec leurs discours caricaturaux sur les écrans des chaînes fédérales russes en prime time, alors qu’ils avaient bien pris la précaution de bloquer les journalistes russes. Visages et discours en grand écran. Sortie vers cet électorat que soi-disant le pouvoir leur empêche d’atteindre. Et tous ces discours intimistes, cet "entre-soi" où l’on débat sans envergure de ces "médias de merdes", "politiciens de merde", où l’on vide son sac et sa rancoeur, où l’on appelle à utiliser et l’on revendique de savoir le faire et de le faire des technologies sales pour les élections, où l’on appelle au boycott et aux purges. Où finalement l’on ne propose rien de positif. Où l’on ne peut opposer que des slogans en guise de solutions aux véritables problèmes.

Cette médiatisation inattendue les prend au dépourvu. ils n’ont pas de discours, car ils n’ont pas d’idées. Cette opposition tant vantée en Occident mise face à son vide sidéral. Une excellente piqûre de rappel en vue des élections.

Karine Bechet-Golovko
mardi 5 décembre 2017

Russie politics


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