COMITE VALMY

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La Crimée à l’ONU :
ligne de clivage géopolitique
par Karine Bechet-Golovko

jeudi 21 décembre 2017, par Comité Valmy


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La Crimée à l’ONU : ligne de clivage géopolitique

Après les déclarations des Etats-Unis ne reconnaissant pas le rattachement de la Crimée à la Russie, l’on ne peut pas être surpris du vote de l’Assemblée générale de l’ONU, où 70 Etats du bloc américain décident de condamner la volonté des habitants de Crimée. Il est vrai que cela tombe particulièrement à point alors que le crime d’agression est réactivé auprès de la Cour pénale internationale, dont la Russie n’a heureusement - et tout comme les Etats-Unis - pas ratifié les statuts.

Le 19 décembre, sur proposition notamment de l’Ukraine, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution sur la violation des droits en Crimée et condamnant l’acte du rattachement à la Russie. Celle-ci s’inscrit dans la suite du rapport présenté par le Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme en septembre dernier, dans lequel on trouve le terme "d’occupation" et dont la paternité des violations de droits n’est pas toujours très claire, mais la Russie en est rendue exclusivement responsable.

Le vote de cette résolution hautement politique montre le clivage de la société internationale. D’une part, le bloc atlantiste qui a voté pour (70 voix) et constitué autour des Etats-Unis, avec les pays de l’UE, ainsi que la Géorgie, Israël, la Nouvelle Zélande ou encore le Japon par exemple. 26 pays se sont prononcés contre : la Russie, la Chine, l’Inde, des pays comme la Bolivie, le Zimbabwe, le Soudan, le Vénézuéla et des pays de l’espace postsoviétique. Un troisième bloc de 76 pays s’est abstenu, essentiellement de l’Amérique latine (où l’influence des Etats Unis est forte, mais qui restent proches de la Russie), d’Afrique et du Moyen Orient.

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Pour leur part, les députés de Crimée invitent leurs collègues étrangers à venir sur place discuter avec la population et se faire une idée par eux-même de ces "violations systématiques" des droits de l’homme. Il serait intéressant de savoir combien ont pris le risque de confronter leurs préjugés à la réalité ...

L’on retrouve ainsi autour du clivage de la Crimée la carte géopolitique contemporaine. D’une part les tenants d’un monde unipolaire atlantiste, protégeant les intérêts américains. Ceux-ci conduisant ici à refuser la reconnaissance du droit à l’autodétermination des habitants de Crimée malgré l’effondrement de l’Etat ukrainien lors du Maïdan, car cela reviendrait à reconnaître l’échec de cette soi-disant révolution, dont le but était simplement de retirer l’Ukraine de la zone d’influence russe et de créer une arme pour tenir la Russie revenant sur la scène internationale. Sans oublier la question énergétique, très importante. D’autre part, l’on trouve les Etats qui ont voté contre, sont engagés dans un combat par forcément contre la globalisation en tant que telle, la Russie, la Chine et l’Inde sont totalement intégrées dans ces processus globaux, mais contre la domination exclusive américaine. Dans quelle mesure il est possible de distinguer l’atlantisme du globalisme, c’est une autre question. Le troisième groupe de pays représente ceux qui n’ont pas de prétentions géopolitiques et tentent de se faire une place entre ces deux pôles.

D’une manière stratégique, l’adoption de cette résolution doit être replacée dans le cadre de l’élargissement des fondements pour la saisine de la Cour pénale internationale au crime d’agression, qui a été adopté non sans difficultés il y a quelques jours :


"Nous avons activé par consensus le crime d’agression", ont indiqué deux diplomates. Créée en 1998 par un traité signé à Rome et entré en vigueur en 2002, la CPI ne jugeait jusqu’à présent que les crimes contre l’humanité, les génocides et les crimes de guerre. Ce quatrième chef d’inculpation revient à reconnaître l’attaque de la souveraineté d’un pays par un autre et désigner des coupables présumés parmi ses dirigeants.


"Le sujet est sensible", avait souligné un spécialiste du dossier sous couvert d’anonymat au début de l’assemblée. Il trouve un écho dans de nombreux pays, en Russie (Georgie, Crimée), en Libye (guerre franco-britannico-américaine contre Kadhafi), en République démocratique du Congo (interférences rwandaise, ougandaise) ou en Syrie où plusieurs acteurs internationaux sont en guerre depuis 2011.

Parmi les exemples cités, celui qui reste le plus d’actualité, en dehors de la Syrie, est bien évidemment la Russie, puisqu’elle est dès lors explicitement qualifiée de pays agresseur. Le fait qu’elle ne reconnaisse pas la juridiction de la CPI ne va pas empêcher qu’une pression importante ne soit exercée contre elle sur ce plan par le bloc atlantiste.

Karine Bechet-Golovko
mercredi 20 décembre 2017

Russie politics


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