COMITE VALMY

Accueil du site > - EURO DICTATURE OCCIDENTALISTE et OTAN : En sortir pour s’en (...) > Alors que Trump s’emmêle les pinceaux, le maître d’échecs Poutine va au Caire (...)

Alors que Trump s’emmêle les pinceaux,
le maître d’échecs Poutine va au Caire
Par M K Bhadrakumar

mardi 26 décembre 2017, par Comité Valmy


Alors que Trump s’emmêle les pinceaux,
le maître d’échecs Poutine va au Caire

L’Occident s’inquiète que Poutine ne la lui joue échec et mat en Libye, comme il l’a fait en Syrie. Il se peut que Washington soit mieux placé en Libye avec ses alliés de l’OTAN parties prenantes, mais tous les paris sont à revoir quand Poutine s’installe au centre du jeu.

L’objectif personnel des États-Unis concernant Jérusalem ouvre une fenêtre pour que la Russie renforce son statut d’acteur le plus créatif et le plus positif dans la politique au Moyen-Orient. Quatre jours après l’annonce du président Trump sur Jérusalem, le président Vladimir Poutine entreprend des « visites de travail » imprévues en Égypte et en Turquie.

Jeudi, le ministère russe des Affaires étrangères a publié une longue déclaration critiquant la décision américaine sur Jérusalem en affirmant :

«  Nous pensons qu’une solution juste et durable à l’interminable conflit israélo-palestinien devrait être fondée sur le droit international, y compris les résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale qui règlent tous les aspects du statut final des territoires palestiniens, y compris la question extrêmement délicate de Jérusalem, par des négociations directes israélo-palestiniennes. La nouvelle position des États-Unis sur Jérusalem peut compliquer davantage les relations israélo-palestiniennes et la situation dans la région (…) La Russie considère Jérusalem-Est comme la capitale du futur État palestinien et Jérusalem-Ouest comme la capitale de l’État d’Israël. »

La Russie s’est positionnée de manière appropriée avec la rue arabe. Mais la question de Jérusalem n’est pas ce qui amène Poutine au Caire. L’analyse du Kremlin signalait la nécessité d’« établir la stabilité et la sécurité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ». Ce qui signifie la Libye, le Sinaï et la Syrie et, dans une certaine mesure, le Yémen – dans cet ordre, peut-être.

Le fait est que le dossier libyen a été rouvert. L’État islamiste s’installe en Libye après sa défaite écrasante en Irak et en Syrie. La Russie et l’Égypte ressentent le besoin impératif de se mobiliser rapidement et de confronter les groupes extrémistes en Libye. Tous deux soutiennent le commandant de l’armée nationale libyenne, Khalifa Haftar, qui est installé à Benghazi, et qu’ils considèrent (à juste titre) comme un rempart contre l’extrémisme violent en Libye.

Le vide du pouvoir en Libye et l’insécurité croissante dans l’ouest de l’Égypte menacent la stabilité de celle-ci et le prestige du président Sisi est en jeu. D’un autre côté, l’implication égyptienne en Libye affecte l’équilibre des forces au Moyen-Orient. Fait intéressant, les monarchies du Golfe sont également impliquées dans la crise libyenne.

Trump entre en scène. Le Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj a visité la Maison Blanche le 1er décembre et Trump a discuté avec lui des « opportunités pour de futurs partenariats » tout en soulignant « l’engagement continu de l’Amérique à vaincre ISIS et d’autres terroristes djihadistes en Libye… et à travailler ensemble pour faire avancer la stabilité et l’unité libyennes ».

Parallèlement, le président français Emmanuel Macron avait également accueilli Sarraj à Paris. (Sarraj a une réputation bien établie en tant que Ashraf Ghani du Maghreb – un politicien imposé en Afghanistan par les puissances occidentales). Garder la Russie hors de la Libye est un élément majeur de la stratégie occidentale – comme c’est le cas en Afghanistan.

Mais la Russie et l’Égypte ont aussi des intérêts spécifiques. La Libye était un allié soviétique et elle dispose d’un emplacement stratégique en Méditerranée face au sud de l’OTAN. Quant à l’Égypte, l’instabilité en Libye déborde, d’ores et déjà, sur la péninsule du Sinaï. L’ambition de Sisi pourrait être de créer une sorte de protectorat égyptien en Cyrénaïque contre les groupes extrémistes. Sans aucun doute, avec 1 200 kilomètres de frontière partagée avec la Libye, les préoccupations de sécurité de l’Égypte sont légitimes.

L’Égypte est également un importateur net d’énergie. Haftar [commandant en chef de l’Armée nationale libyenne] contrôle le soi-disant croissant pétrolier en Libye et le géant pétrolier russe Rosneft est de retour en Libye. Clairement, la plate-forme énergétique fournit une coopération à trois potentiellement lucrative pour la Russie, Haftar et l’Égypte – bien que secondaire par rapport aux dimensions militaires et de sécurité.

À première vue, Moscou se tourne vers l’ONU pour les questions clés et engage également le gouvernement de Sarraj à Tripoli. Ce qui suggère que Moscou pourrait se positionner en tant que courtier entre les partenaires rivaux de la Libye – Sarraj et Haftar, principalement – et finalement se rattraper pour compenser les pertes financières subies en 2011, suite au changement de régime, pertes estimées à plus de $10 milliards dans les contrats ferroviaires, les projets de construction, les contrats d’énergie et les ventes d’armes.

Mais l’Occident se méfiera pour que Poutine ne lui refasse pas le coup de la Syrie. La situation en Libye a ses spécificités mais la rivalité entre grandes puissances s’accélère. Washington peut sembler être mieux placé en Libye, puisque les alliés de l’OTAN aux États-Unis sont des parties prenantes. Mais tous les paris sont à revoir quand Poutine entre sur la scène centrale.

Pour jouer un rôle efficace dans la sphère militaire et sécuritaire, afin de stabiliser la Libye, Moscou a besoin d’un partenaire régional. Poutine jouit d’un excellent rapport avec Sissi. Washington suivra de près leurs discussions au Caire lundi.

M.K. Bhadrakumar via Indian Punchline
Le 12 décembre 2017

Traduction le Saker Francophone

– Source Russia Insider


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette
<>