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Peggy Sastre : « Le féminisme policier
refuse la contradiction »
Par Eugénie Bastié

samedi 13 janvier 2018, par Comité Valmy


Le phénomène #MeToo a déchaîné sur Twitter les accusations de harcèlement sexuel. BERTRAND GUAY/AFP

Peggy Sastre : « Le féminisme policier
refuse la contradiction »

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Avec une centaine d’autres femmes, Peggy Sastre a signé mercredi dans Le Monde une tribune contre un « féminisme puritain », dont la chasse aux « porcs » peine à dissimuler une « haine des hommes ». Elle s’explique suite à la vague d’indignations qu’a suscitée cette prise de position.


Journaliste et écrivaine, Peggy Sastre a écrit plusieurs ouvrages et articles sur le féminisme. Elle est l’une des cent femmes signataires de la tribune parue mercredi pour défendre une « liberté d’importuner » contre un certain féminisme qui rabaisse les femmes au rang de victimes perpétuelles.

FIGAROVOX.- Vous êtes à l’initiative de la tribune parue dans Le Monde « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle ». Pourquoi avez-vous voulu prendre la parole sur ce sujet ?

Peggy SASTRE.- Nous avons eu l’idée après en avoir discuté avec les écrivaines françaises Sarah Chiche, Catherine Millet et Abnousse Shalmani, écrivaine iranienne auteure de Kohomeiny, Sade et moi . Nous nous sommes rendu compte que beaucoup de femmes pensaient comme nous, que le mouvement #MeToo, pour libérateur qu’il puisse être, comportait aussi des défauts et des dérives. Qu’une légitime prise de conscience des violences sexuelles pouvait déboucher sur des délations qui bafouent les droits de la défense. Or, si l’on ne prévient pas les dérives d’un mouvement dès le début, il est trop tard ensuite pour faire machine arrière. Il faut commencer quand il y a deux ou trois torches, et trois ou quatre fourches, pas quand la guillotine fonctionne à plein régime ! Rappelons qu’en Angleterre Carl Sargeant, ex-ministre régional du Pays-de Galles accusé de harcèlement et qui avait dû démissionner, s’est suicidé le 7 novembre dernier.

Certaines féministes vous accusent de justifier les agresseurs et de culpabiliser les femmes. Que leur répondez-vous ?

Par cette tribune, nous voulions simplement donner
un autre point de vue, libérer une autre parole.

Face à l’outrance des réactions, j’hésite entre le malentendu ou la mauvaise foi. On vient sonder les âmes, les intentions secrètes ou inconscientes des personnes. C’est digne des plus grands procès d’Inquisition de l’Histoire. Le Monde a par ailleurs modifié le titre de notre tribune qui était au départ « 100 femmes pour une autre parole », en mettant en avant la « liberté d’importuner » qui n’est pas le cœur du sujet. Par cette tribune, nous voulions simplement donner un autre point de vue, libérer une autre parole. Ce n’est pas une parole « contre » mais une parole « en plus ». Je suis quand même sidérée que les mêmes qui se félicitent d’une libération de la parole nous demandent de nous taire ! Elles nous disent que notre point de vue est « indécent », qu’il ne fallait pas en parler maintenant, nous accusent d’être de vielles bourges blanches. La libération de la parole est donc à sens unique.

Certaines femmes à qui nous avons proposé de signer nous ont répondu : « Je suis d’accord avec vous à 300%, je n’en peux plus, mais j’ai peur de signer, on va me tomber dessus dans mon travail. » La peur a en effet changé de camp, comme le réclament les féministes. Faut-il vraiment s’en féliciter ?

Assiste-t-on réellement, comme vous le suggérez dans cette tribune, à un retour du puritanisme ?

Oui, c’est indubitable. Caroline de Haas nous accuse d’être des « récidivistes en matière de défense de pédocriminels ou d’apologie du viol ». Ce féminisme policier fondé sur le chantage affectif et la manipulation des statistiques ne supporte même plus la contradiction. Ce mouvement est antilibéral, au sens politique du terme : il refuse le pluralisme et la coexistence de sensibilités différentes au sein du débat public, qui est, il me semble, l’un des acquis les plus précieux des sociétés occidentales. Elles sont persuadées d’avoir le vent de l’histoire dans le dos... ça me fait bien rire ! Lorsqu’on regarde les grandes enquêtes d’opinion internationales, on s’aperçoit que de moins en moins de femmes se disent féministes, surtout chez les plus jeunes générations. Pourtant l’écrasante majorité des gens se disent favorables à l’égalité entre hommes et femmes. Leur discours militant a tendance à radicaliser leurs opposants. Une étude a d’ailleurs récemment montré que les discours extrémistes réduisaient l’adhésion populaire à un mouvement social. Ainsi on voit bien que l’élection de Trump a pu avoir pour ressort un antiféminisme exacerbé par les outrances du politiquement correct.

Eugénie Bastié
10 janvier 2018


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